COVID-19: les médecins craignent que la grippe ne brouille les pistes

Si une personne fait de la fièvre et tousse, il sera donc très difficile de savoir si ces symptômes sont imputables à une grippe, à la COVID-19, ou même à un rhume, car le rhume entraîne aussi des symptômes comparables à ceux de la grippe et de la COVID-19, dont la fièvre, contrairement à ce que plusieurs croient.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Si une personne fait de la fièvre et tousse, il sera donc très difficile de savoir si ces symptômes sont imputables à une grippe, à la COVID-19, ou même à un rhume, car le rhume entraîne aussi des symptômes comparables à ceux de la grippe et de la COVID-19, dont la fièvre, contrairement à ce que plusieurs croient.

La communauté médicale appréhende le retour du froid et des virus respiratoires, ceux du rhume et de la grippe surtout. Comme ceux-ci entraînent des symptômes similaires à ceux de la COVID-19, il faudra se soumettre à un test de dépistage du nouveau coronavirus pour savoir de quelle infection on souffre exactement. Sachant que les cliniques de dépistage de Montréal sont actuellement près de la saturation, on craint que cet afflux de demandes de dépistage ne vienne submerger à nouveau le système.

« Les symptômes de la grippe et ceux de la COVID-19 sont très semblables, sinon identiques. Il y a des différences entre les deux, mais, en clinique, c’est impossible de faire la distinction, et les personnes malades seront encore moins capables de la faire. Quand la saison de la grippe va commencer, cette similarité risque de causer de la confusion dans la gestion des cas », affirme le Dr Donald Vinh, microbiologiste et infectiologue au Centre universitaire de santé McGill.

Si une personne fait de la fièvre et tousse, il sera donc très difficile de savoir si ces symptômes sont imputables à une grippe, à la COVID-19, ou même à un rhume, car le rhume entraîne aussi des symptômes comparables à ceux de la grippe et de la COVID-19, dont la fièvre, contrairement à ce que plusieurs croient.

Or, le seul moyen qui permettra de faire la distinction entre ces trois infections respiratoires consistera à passer un test de dépistage de la COVID-19. « Si vous développez des symptômes, comme de la fièvre, qui peuvent être causés par le rhume, la grippe ou la COVID-19, il faudra passer un test de dépistage, parce que si vous avez la grippe, on pourra vous prescrire des traitements qui sont spécifiques pour la grippe, comme des inhibiteurs de la neuraminidase, tels que l’oseltamivir, ou Tamiflu, qui ne fonctionneront toutefois pas pour la COVID-19 et le rhume. Et vice-versa : si vous avez la COVID-19, il y a un traitement qui devient disponible, soit le remdésivir, un antiviral qui semble se révéler efficace, du moins pour les formes modérées de la maladie, mais qui ne l’est pas pour la grippe », précise le Dr Vinh.

« Mais pour passer un test de dépistage, il faut avoir un corridor de services. Les tests, notamment les réactifs, doivent être offerts. Les laboratoires doivent être en mesure de faire ces tests. La santé publique doit pouvoir communiquer les résultats rapidement. Or, nous craignons que notre système soit bouleversé quand deux virus séviront en même temps, comme on peut le prévoir durant la saison de la grippe qui s’en vient », confie le Dr Vinh.

Et il a probablement raison de redouter un tel chamboulement, car les cliniques du Centre intégré universitaire de santé et services sociaux (CIUSSS) du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal ont été très achalandées ces derniers jours. Elles ont atteint environ 90 % de leur capacité.

En raison d’une augmentation de la demande de dépistage au cours des derniers jours, les centres de dépistage du CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal fonctionnaient, quant à eux, à environ 70 % de leur capacité maximale.

Et depuis la semaine dernière, le CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal a observé une augmentation d’environ 50 % des dépistages sur son territoire. Il n’a pas « atteint sa capacité maximale, mais on suit de près la situation ».

Avec la possibilité d’une seconde vague de COVID-19 en même temps que la saison des virus respiratoires, les mesures de santé publique que sont la distanciation sociale, le port du masque et le lavage des mains sont plus importantes que jamais, souligne le Dr Vinh. « Ces mesures vont aider à prévenir non seulement la COVID-19, mais aussi les infections causées par les autres virus respiratoires. Si on continue à les respecter, on pourra réduire l’intensité de la saison grippale qui s’en vient. À preuve, c’est ce qui est arrivé dans l’hémisphère Sud, qui a connu moins d’infections respiratoires, autres que la COVID-19, que précédemment. Les gens sont peut-être fatigués de ces mesures, mais il ne faut surtout pas relâcher leur application », fait remarquer le médecin.

Autre arme pour mieux affronter la saison froide : le vaccin contre la grippe. Le Dr Vinh encourage tout le monde, et plus particulièrement les personnes susceptibles d’attraper une forme sévère de grippe ou de COVID-19, à se faire vacciner. Ce vaccin réduit non seulement nos chances de contracter la grippe, mais de devenir malades si on l’attrape. « Historiquement, le vaccin contre la grippe est efficace dans 50 % des cas. Ce qui veut dire que, si on reçoit le vaccin, on a 50 % de chances de ne pas être infectés, et, si on le devient, on a 50 % de chances de ne pas devenir malades. Le vaccin contre la grippe présente définitivement des bénéfices », indique-t-il.

Et si on contracte la grippe, sera-t-on plus vulnérable à la COVID-19 ? « On n’en a aucune idée. On sait seulement qu’on peut être infecté par les deux virus en même temps : des cas chez lesquels on a retrouvé à la fois le virus SRAS-CoV-2 et celui de la grippe dans les sécrétions respiratoires ont été documentés en Chine, mais on ne sait pas s’ils étaient plus gravement malades », précise le Dr Vinh, qui appréhende de plus en plus la saison de la grippe quand il voit le relâchement du public à l’égard des mesures de santé publique.

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