100 000 Québécois de plus sur la liste d’attente pour un médecin de famille

Pendant le confinement, les médecins ne pouvaient pas rencontrer de nouveaux patients, en plus de prendre du retard dans les rendez-vous avec ceux qu’ils suivaient déjà.
Photo: Fred Tanneau Agence France-Presse Pendant le confinement, les médecins ne pouvaient pas rencontrer de nouveaux patients, en plus de prendre du retard dans les rendez-vous avec ceux qu’ils suivaient déjà.

Le nombre de personnes en attente d’un médecin de famille a explosé au Québec, tant et si bien qu’elles sont près de 100 000 à s’être ajoutées à la liste depuis plus d’un an.

Les gens qui attendent depuis plus de 12 mois sont passés de 220 955 à 319 948 entre février 2019 et mars 2020, selon les données du ministère de la Santé, soit une hausse de 98 993 personnes. Si l’on ajoute à cette liste ceux qui attendent depuis moins longtemps, il y a au total 629 440 personnes en attente d’un médecin de famille, alors qu’il y en avait 522 603 un an plus tôt.
 

 

Cela a pour effet d’augmenter les délais moyens d’attente, qui peuvent dépasser deux ans dans les régions comme Montréal et Laval.

Pour les gens qui ont une cote de priorité « urgente » ou « pressante » (A ou B), les données sont stables, mais toujours très loin des cibles. Ainsi, chez les patients atteints d’un cancer, de problèmes graves de santé mentale ou encore chez les femmes enceintes (priorité urgente de type A), le délai moyen oscille entre deux mois et 192 jours, selon la région où ils se trouvent.

Du côté des cas dits « pressants » (hospitalisation récente, problème aigu nécessitant un suivi rapide, etc.), il faut compter entre 150 et plus de 300 jours. Mais là encore, la situation ne s’est pas trop aggravée depuis l’an dernier.

Par contre, les délais sont en forte augmentation pour les personnes ayant une cote dite « prioritaire », comme les bébés et les personnes de plus de 70 ans (C). Dans la Capitale-Nationale, par exemple, les délais moyens de prise en charge pour ces personnes sont passés de 262 jours à 407 jours en un an.

Quant à ceux qui figurent dans les priorités D et E (« importante » et « demandée »), ce sont ceux pour qui les délais augmentent le plus, soit jusqu’à deux ans dans le pire des cas. Comment expliquer une telle hausse ? La COVID-19 a certes joué un rôle, selon le président de la Fédération des omnipraticiens du Québec (FMOQ), Louis Godin. « À partir du moment où la COVID-19 est arrivée, il n’y a eu à peu près aucune progression des inscriptions comme telle » [NDLR : l’inscription signifie que la personne est jumelée à un médecin].

Effet COVID

Pendant le confinement, les médecins ne pouvaient pas rencontrer de nouveaux patients, en plus de prendre du retard dans les rendez-vous avec ceux qu’ils suivaient déjà. Ainsi, en six mois, on a recensé l’équivalent de deux mois d’inscriptions, selon la FMOQ.

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Son président estime en outre que, dans les circonstances, les résultats ne sont pas si mauvais, puisque 21 000 nouvelles personnes ont été prises en charge entre janvier et juillet.

À l’heure actuelle, 6 604 000 Québécois sont suivis par un médecin de famille. C’est l’équivalent de 81,2 % de la population, juste au-dessous de l’objectif de 82 % que s’est donné le gouvernement Legault depuis son arrivée (le gouvernement libéral visait 85 %).

Or, d’une région à l’autre, ce taux varie énormément. Ainsi, il dépasse les 90 % au Saguenay–Lac-Saint-Jean et en Gaspésie, mais demeure sous la barre des 70 % dans la région de Montréal.

Par ailleurs, la croissance de la liste d’attente a débuté bien avant la COVID-19. En effet, entre le printemps 2018 et le printemps 2019, le nombre de patients en attente était passé de 427 702 à 522 603.

Pour expliquer la hausse du nombre de personnes en attente d’un médecin de famille, le Dr Godin mentionne également que ces médecins ont désormais le droit d’inscrire sur cette liste leurs patients avant de prendre leur retraite, ce qui n’était pas possible auparavant.

De toute façon, la priorité n’est plus de suivre les patients, mais de les voir, explique le Dr Godin.

Depuis le début de la pandémie, les médecins et le gouvernement ont convenu de miser sur le « sans rendez-vous », poursuit-il. Ainsi, de nombreuses cliniques qui l’avaient abandonné ont recommencé à l’offrir. « Que vous ayez un médecin de famille ou pas, on va essayer de vous voir. Bien souvent, le médecin qui va vous voir va vous inscrire, mais on ne vous en donnera pas une garantie absolue. Notre but est de régler les problèmes à court terme. »

Et le suivi ? « Une fois que vous avez été vu, si vous avez vraiment besoin d’un suivi médical, il va être fait », répond le dirigeant de la Fédération. « Et si on ne peut pas faire votre suivi, bien vous aurez toujours la possibilité d’être vu de façon ponctuelle. Est-ce que c’est la solution idéale ? Non. Mais c’est mieux que de ne pas être vu du tout. »

Pénurie de médecins

Une fois la COVID-19 derrière nous, on pourra remettre l’accent sur la prise en charge, dit-il. Mais cela ne réglera pas le problème du manque de médecins de famille, fait-il valoir. « Il manque toujours entre 800 et 1000 médecins de famille au Québec. Ça, la COVID n’a rien changé à ça », affirme le médecin, qui impute le problème, non pas au gouvernement actuel, mais à la réforme de l’ex-ministre libéral Gaétan Barrette.

« Pendant que Gaétan Barrette était là, on a vu une diminution de l’attractivité de la médecine familiale. Même si les postes étaient là, il y avait de moins en moins de candidats en pourcentage qui voulaient les occuper et on paye pour ça pendant des années après. »

Dans le passé, le Dr Barrette a toujours blâmé les médecins pour l’inefficacité du guichet d’accès qu’il a mis en place en 2016.

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8 commentaires
  • Samuel Prévert - Inscrit 11 septembre 2020 07 h 53

    Des solutions ?

    Mon père, qui a quatre-vingt six ans, n'a plus de médecin de famille depuis un an quand celui-ci a pris sa retraite et que la clinique a été fermée par faute de trouver des successeurs aux médecins qui s'en allaient.

    Ma question est la suivante : Que compte faire le gouvernement, qui accueille de nombreux immigrants, pour contrer la pénurie de médecins et la pénurie de logements à Montréal?

  • Patrick Daganaud - Abonné 11 septembre 2020 08 h 02

    DES CHIFFRES ET DES LETTRES...

    DES CHIFFRES...
    100 000 Québécois de plus sur la liste d’attente pour un médecin de famille...
    Les gens qui attendent depuis plus de 12 mois passés de 220 955 à 319 948 en un an,
    Si l’on ajoute les gens qui attendent depuis « moins longtemps », il y a au total 629 440 personnes en attente d’un médecin de famille,

    DES LETTRES...
    Priorité urgente
    Pour les gens qui ont une cote de priorité « urgente », le délai moyen oscille entre deux mois et 192 jours, selon la région où ils se trouvent.

    Priorité pressante
    Du côté des cas dits « pressants », il faut compter entre 150 et plus de 300 jours.

    Priorité prioritaire
    Les délais sont en forte augmentation pour les personnes ayant une cote dite « prioritaire », passés de 262 jours à 407 jours en un an.

    Priorité importante
    Dans les priorités D et E (« importante » et « demandée »), c les délais augmentent jusqu’à deux ans dans le pire des cas.

    Je suggère d'ajouter « Priorité semi-prioritaire, priorité en voie de priorisation et priorité non prioritaire ».

  • Pierre Rousseau - Abonné 11 septembre 2020 08 h 29

    Allô Médecins sans frontières !

    Le Québec semble être en médecine de brousse et nous aurions besoin de Médecins sans frontières pour stabiliser le système ! Évidemment, malgré la bonne volonté des cliniques sans rendez-vous, cela veut dire que le QC fait moins de prévention et cela va taxer le système hospitalier encore plus car les cas qu'on aurait pu éviter se retrouveront en cas d'hospitalisation sévère. Par exemple, le cancer : dans une autre province il y a une approche agressive au cancer et les gens à risque sont suivis en priorité et on vise en particulier le cancer du côlon avec des coloscopies à interval régulier.

    D'autre part, il y a la question de la médecine à deux vitesses. Si vous voulez vraiment un médecin de famille, vous pouvez aller dans une clinique privée et moyennant paiement avoir tous les services qu'offre la médecine étatique. La Colombie-Britannique interdit cette médecine à deux vitesses mais des médecins ont quand même fait comme au QC avec des cliniques privées. Le dossier s'est retrouvé devant la Cour suprême de CB et la cour a décidé plus tôt cette semaine que la province avait le droit d'interdire cette médecine à deux vitesses.

    Donc, ici au QC on permet cette médecine un peu à l'image des ÉU où les riches peuvent s'offrir un médecin de famille en payant et cela entraîne aussi un désengagement des médecins du système public car il y a plus d'argent à faire dans le privé. Lentement le QC a glissé vers la médecine privée et cela a un impact sur le public, où il y aura de moins en moins de praticiens. Ce n'est pas surprenant quand on pense que le QC a été dirigé par des médecins pendant plusieurs années et leur préoccupation a été loin d'être le patient mais plutôt leur intérêt particulier.

    On devrait considérer renverser la tendance et faire comme la CB et restreindre le rôle des cliniques privées et revenir aux priorités à l'origine de l'assurance-maladie publique.

  • Patrick Dolmaire - Abonné 11 septembre 2020 12 h 03

    Les saigneurs de la santé ...

    Voici quelques statistiques qui datent de 2017-2018 sur le nb de médecins par millier d'habitants:

    Allemagne : 4.25
    Canada : 2,61
    France : 3,27
    Québec : 2,35

    De plus la rémunération de nos très chers médecins est pratiquement le double de celle de ces pays où l'accès aux soins est pourtant réputé bien meilleur qu'au Québec. D'ailleurs notre premier ministre avait promis dans sa campagne électorale de diminuer d'un milliard de dollars l'enveloppe pharaonique des médecins ...
    En temps normal il n'y a pas assez de médecins, pas assez de personnel infirmier, pas assez de préposés aux bénéficiaires ... alors pas la peine d'imaginer ce que peut donner en temps de crise, on le voit très bien depuis le mois de mars ...

    Source:
    https://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMTendanceStatPays?codeTheme=3&codeStat=SH.MED.PHYS.ZS&codePays=CAN&optionsPeriodes=Aucune&codeTheme2=3&codeStat2=SH.MED.PHYS.ZS&codePays2=FRA&optionsDetPeriodes=avecNomP&langue=fr

    https://www.stat.gouv.qc.ca/statistiques/profils/profil14/societe/sante/medecins14.htm

  • Julie Roy - Abonnée 11 septembre 2020 12 h 17

    Deux ans dans le pire des cas?

    Une jolie blague.
    On est rendus à 4 ans pour ma famille en Estrie......
    L'Ordre des Médecins veille, ce qui est rare reste cher.

    • Jacques Émond - Abonné 11 septembre 2020 14 h 21

      Personnellement, cela fait six ans que j'attends...

    • Réal Bouchard - Abonné 11 septembre 2020 21 h 53

      Moi, trois ans.