Le karaoké bientôt interdit dans les bars

La Santé publique a identifié 72 cas de COVID-19 dans la région de Québec liés à une seule soirée karaoké tenue au bar Kirouac tenue le 23 août dernier.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne La Santé publique a identifié 72 cas de COVID-19 dans la région de Québec liés à une seule soirée karaoké tenue au bar Kirouac tenue le 23 août dernier.

L’équipe de François Legault n’était pas d’humeur à faire la fête jeudi. Devant une tendance à la hausse du nombre de nouveaux cas de COVID-19, elle s’apprête à mettre le holà aux soirées karaoké, à obliger les bars à tenir un registre de leurs clients et à sanctionner par une amende salée les personnes refusant de porter un masque dans les lieux publics fermés.

Elle réfléchit aussi à l’idée de reporter le coup d’envoi des programmes Sport-études et Arts-études dans les régions comptant le plus de personnes déclarées positives à la COVID-19.

Le gouvernement n’est pas dans une escalade de mesures qu’il égrènera patiemment au cours des prochains jours, indique-t-on dans l’entourage du premier ministre.

Le ministère de la Santé permet aux bars, brasseries et tavernes — où des dizaines de personnes auraient été infectées à la COVID-19 au fil des dernières semaines — de demeurer ouverts, mais non sans conditions.

Il enjoindra aux établissements de suspendre la tenue des activités de karaoké et de tenir un registre de tous leurs clients.

Le porte-parole de la CPBBT, Renaud Poulin, s’est dit « déçu » de la « décision unilatérale » du gouvernement québécois de mettre fin aux activités durant lesquelles des clients s’échangent un micro. Il redoute une baisse de l’achalandage et des recettes des établissements organisant des soirées karaoké.

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La Santé publique a dénombré 72 cas de COVID-19 dans la région de Québec liés à une seule soirée karaoké tenue au bar Kirouac le 23 août. Le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Capitale-Nationale (CIUSSS) a détecté plusieurs « cas secondaires », dont quatre en milieu scolaire. Ces derniers ont mené à l’isolement de quatre classes.

À l’instar de la Nouvelle Association des bars du Québec (NABQ), la CPBBT approuve l’idée de tenir un registre comprenant le nom, le numéro de téléphone ou l’adresse électronique de leurs clients. « Si les gens collaborent, ça va bien aller », a dit M. Poulin.

Amendes

Par ailleurs, le porte-parole de la CPBBT a applaudi la décision du gouvernement québécois d’imposer, à compter de samedi, une amende de 400 $ à 6000 $ aux individus refusant de porter un masque dans les lieux publics fermés. « Ça va nous aider énormément », a dit M. Poulin à l’autre bout du fil.

Malgré les efforts de « persuasion » déployés par l’État, « malheureusement, il y a une petite minorité de gens irresponsables qui ne suivent pas les consignes » de la Santé publique, s’est désolé le premier ministre, François Legault, dans un point de presse jeudi. « Certaines de ces personnes pensent encore qu’Elvis est vivant », a-t-il laissé tomber plus tard en anglais.

Les autorités policières distribueront des amendes de 400 $ à 6000 $ aux personnes ne portant pas de couvre-visage dans les lieux publics fermés y compris les transports en commun partout Québec, mais elles se « concentrer[ont] dans les zones jaunes », qui sont Laval, l’Estrie, l’Outaouais et Québec, a-t-il précisé. Les agents de la paix seront davantage visibles dans les endroits où le port du masque est requis depuis la mi-juillet.

Le gouvernement n’a pas l’intention d’ajouter d’effectifs pour l’instant. Il compte toutefois sur la vigilance des citoyens pour faire appliquer les directives. « On demande aussi à la population, quand [elle voit] quelque chose qui n’a pas de bon sens, de le dire, d’appeler le 911 », a-t-il affirmé. Les centres d’urgence 911 ont presque immédiatement reçu des signalements.

La Fédération des policiers et policières municipaux du Québec redoute une « pression » supplémentaire sur les épaules de ses membres, qui seront malgré tout « en mesure de faire appliquer le nouveau règlement ». « Évidemment, nous aurions préféré que le gouvernement n’en vienne pas à augmenter les mesures coercitives, mais ça ne nous empêchera pas de bien faire notre travail comme nous le faisons depuis le début de la pandémie », a déclaré le président de la FPMQ, François Lemay, avant de « rappeler à la population » que les policiers ne « décident [pas] des règles ». « Notre travail est de les faire appliquer. Avec la collaboration de tous, nous serons en mesure d’éviter les affrontements », a-t-il souligné.

Auparavant, les commerçants étaient responsables de faire appliquer les directives dans leurs établissements. Ils ont reçu en tout 3636 constats d’infraction à la Loi sur la santé publique au 1er septembre, selon le ministère de la Justice. Le montant total des amendes s’élève à 5,3 millions de dollars.

Le gouvernement s’inquiète de l’augmentation du nombre de personnes déclarées positives à la COVID-19 au Québec. « Je pense qu’on est encore dans une situation qui est sous contrôle, mais il y a une tendance qu’on n’aime pas, a indiqué M. Legault.  

Encore plus de tests par jour

Le gouvernement ajoute deux centres de dépistage de la COVID-19 à Québec et deux autres à Laval, où les gens ont dû faire la file durant des heures au cours des derniers jours pour pouvoir subir leur test. Certains sont parfois repartis bredouilles. Un délai d’attente « inacceptable », selon le premier ministre, François Legault.

 

« On s’attendait à ce qu’il y ait une augmentation de l’achalandage, mais peut-être pas à ce niveau-là », a reconnu le ministre de la Santé, Christian Dubé, en conférence de presse jeudi. L’annonce des nouvelles zones jaunes mardi — Capitale-Nationale, Estrie, Outaouais, Laval — a incité davantage de gens à se présenter aux centres de dépistage. « Je pense qu’en communiquant mieux qu’il y a des zones qui sont plus à risque que d’autres, donc les zones jaunes, ça a beaucoup sensibilisé la population que le virus n’était pas juste ailleurs, mais qu’il était chez eux », a-t-il expliqué.

 

Selon les dernières données de la Santé publique, près de 18 000 prélèvements ont été réalisés au Québec pour la seule journée de mardi. M. Dubé compte revenir à du dépistage sur rendez-vous au cours des prochaines semaines, comme c’était le cas au printemps dernier, pour éviter que les gens attendent à l’extérieur au froid. Le ministre veut également dévoiler le nombre de tests de dépistage par région d’ici quelques jours.