Mauvaise nouvelle sur le front du vaccin

Cette pause dans les essais pourrait retarder l’un des projets occidentaux de vaccin parmi les plus avancés, avec ceux des sociétés américaines Maoderna et Pfizer.
Photo: Chandan Khanna Archives Agence France-Presse Cette pause dans les essais pourrait retarder l’un des projets occidentaux de vaccin parmi les plus avancés, avec ceux des sociétés américaines Maoderna et Pfizer.

Le monde entier attend et espère un vaccin contre le coronavirus, les fabricants de seringues augmentent leurs productions, mais de Londres est tombée mercredi une mauvaise nouvelle : l’arrêt de l’un des essais cliniques les plus avancés.

Le groupe pharmaceutique anglo-suédois AstraZeneca, partenaire industriel de la prestigieuse université britannique Oxford, a détecté un éventuel effet indésirable grave chez un participant aux essais cliniques de son vaccin expérimental.

Il s’agit de l’apparition d’une maladie non expliquée chez un volontaire. « Dans le cadre des essais cliniques randomisés mondiaux du vaccin contre le coronavirus de l’université d’Oxford, notre processus d’évaluation normal a été déclenché et nous avons volontairement fait une pause dans les vaccinations pour permettre une évaluation de sécurité par un comité indépendant », a déclaré la société.

Selon le site spécialisé STAT News, les essais ont été interrompus en raison « d’une suspicion d’un effet indésirable grave chez un participant au Royaume-Uni ».

Pour David Lo, professeur à l’Université de California Riverside, « d’autres effets indésirables » ont déjà été signalés, « comme de la fièvre et des douleurs […], donc cela pourrait être quelque chose de plus grave », a-t-il affirmé à l’AFP.

« Les essais sont souvent suspendus temporairement lorsqu’un effet indésirable se manifeste chez un patient, pour que les chercheurs puissent informer [les autres sites où sont menés les tests] », a-t-il souligné.

Des retards à prévoir

Cette pause dans les essais pourrait retarder l’un des projets occidentaux parmi les plus avancés, avec ceux des sociétés américaines Moderna et Pfizer, chacun étant en train de recruter des dizaines de milliers de volontaires afin de vérifier que les doses sont sûres, et empêchent les personnes vaccinées de tomber malades de la COVID-19.

Les trois sociétés disaient jusqu’à présent espérer des résultats avant la fin de l’année ou le début de 2021, et ont commencé à fabriquer des millions de doses en avance au cas où ils seraient probants.

AstraZeneca a prévendu des centaines de millions de doses à de multiples pays dans le monde, plus qu’aucun de ses concurrents.

En Russie, les autorités de Moscou ont annoncé avoir commencé à tester le vaccin russe sur 40 000 habitants de la capitale, dernière étape des essais de ce vaccin annoncé en grande pompe en août. « Les premiers participants se sont fait vacciner aujourd’hui dans les établissements médicaux de la capitale », s’est félicitée l’adjointe au maire de Moscou, Anastasia Rakova.

La Russie a annoncé début août avoir développé le « premier » vaccin contre la COVID-19, baptisé Spoutnik V, mis au point par le centre de recherches Nikolaï-Gamaleïa. Il a toutefois été accueilli avec scepticisme dans le monde, notamment à cause notamment de l’absence de phase finale des essais au moment de son annonce.

Casse-tête logistique

Dans la perspective de vaccinations massives dans le monde, que toutes les autorités espèrent voir débuter le plus vite possible, il faut, en plus d’un vaccin efficace et sûr, le moyen de l’administrer.

Pour cela, le principal producteur de seringues indien, Hindustan Syringes, l’un des grands producteurs mondiaux de dispositifs d’injection, se prépare et augmente sa production. Il fabrique déjà chaque année 700 millions de seringues autobloquantes — pour prévenir toute réutilisation — et table sur un milliard d’ici 2021. « Même si 60 % de la population mondiale est vaccinée, cela signifie qu’il faudra quatre à cinq milliards de seringues », explique à l’AFP le directeur général d’Hindustan Syringes, Rajiv Nath.

Prashant Yadav, spécialiste de l’approvisionnement en matière de santé à la Harvard Medical School, assure à l’AFP que le monde devrait « avoir une capacité suffisante pour la première vague de vaccinations qui concernera des groupes prioritaires ». Mais « lorsque nous parviendrons à une vaccination à grande échelle à la fin 2021 ou en 2022 et que les estimations pour la demande de doses dépasseront les 10 milliards, l’approvisionnement en seringues deviendra une contrainte », ajoute-t-il.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) ne s’attend pas à une vaccination généralisée avant mi-2021.

Le cap des 900 000 morts presque franchi

Le coronavirus a fait, selon le dernier bilan établi par l’AFP à partir de sources officielles, près de 900 000 morts dans le monde.

Plus de 27 631 550 cas d’infection ont été officiellement diagnostiqués depuis le début de l’épidémie, dont au moins 18 332 900 sont aujourd’hui considérés comme guéris.

Les États-Unis sont le pays le plus touché tant en nombre de morts que de cas, avec 189 698 décès pour 6 328 054 cas recensés, selon le comptage de l’Université Johns Hopkins. Suivent ensuite le Brésil avec 127 464 morts (4 162 073 cas), l’Inde avec 73 890 morts (4 370 128 cas) et le Mexique avec 68 484 morts (642 860 cas).

Au Royaume-Uni, qui avec 41 586 morts et 352 560 cas connaît une inquiétante résurgence de la pandémie, le premier ministre Boris Johnson a annoncé des « mesures décisives », dont l’interdiction des rassemblements de plus de six personnes, contre 30 jusqu’à présent.