À l’école, difficile de lire des lèvres derrière un masque

L’éducatrice Faëlla Marceline dit se buter depuis la rentrée à des difficultés de communication avec les élèves comme elle n’en avait jamais rencontrées en 10 ans de travail à l'école Saint-Enfant-Jésus.
Photo: Adil Boukind Le Devoir L’éducatrice Faëlla Marceline dit se buter depuis la rentrée à des difficultés de communication avec les élèves comme elle n’en avait jamais rencontrées en 10 ans de travail à l'école Saint-Enfant-Jésus.

Difficile de lire sur des lèvres quand un masque les voile. Des enseignants et des éducateurs spécialisés qui œuvrent auprès d’élèves malentendants bénéficient de règles assouplies concernant le port du masque, mais ne disposent pas pour autant de conditions d’enseignement optimales. Québec assure de son côté que des masques chirurgicaux à fenêtre de plastique transparent devraient être offerts bientôt.

La question touche notamment l’école Saint-Enfant-Jésus, à Montréal, qui prodigue des services spécialisés à des élèves ayant un handicap auditif. L’éducatrice Faëlla Marceline se bute depuis la rentrée à des difficultés de communication avec les élèves comme elle n’en avait jamais rencontrées en 10 ans de travail dans l’établissement.

« Quand on intervient auprès des enfants malentendants et qu’on porte un masque chirurgical, eh bien, ils ne comprennent rien ! s’exclame-t-elle. Pourquoi ce n’est pas automatique dans une école à mandat régional en déficience auditive que tout le monde ait des masques avec fenêtre ? »

Sans pour autant blâmer la direction, Mme Marceline — qui est elle-même malentendante — s’explique mal pourquoi chacun des employés de l’école n’a pas reçu un couvre-visage percé d’une petite fenêtre de plastique transparent qui permet de lire sur les lèvres. Dans la cour d’école, par exemple, tous les surveillants n’en ont pas à leur disposition.

En entrevue, la directrice de l’école, Katia Fornara, soulève que d’autres commandes de couvre-visage avec fenêtre ont été faites. « C’est juste une question d’attendre les commandes, dit-elle. On a reçu cette semaine d’autres masques, et on va en recevoir d’autres. »

Selon les directives gouvernementales, le personnel des écoles primaires et secondaires doit obligatoirement porter un couvre-visage lors de ses déplacements en dehors des salles de classe. Toutefois, quand un employé s’approche à moins de deux mètres d’un élève, c’est plutôt le masque chirurgical qui est privilégié. Pour l’instant, l’école Saint-Enfant-Jésus ne dispose pas de masques chirurgicaux dotés d’une fenêtre.

Cependant, la directrice Fornara indique que son établissement a obtenu une dérogation de la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST). « La CNESST dit que les masques chirurgicaux sont plus sécuritaires, mais comprend qu’avec notre clientèle, ça ne fonctionne pas. Donc, on nous a autorisé une exception pour utiliser les couvre-visages avec fenêtre [à moins de deux mètres des enfants] », explique-t-elle.

Dans sa classe, Cassandre Paré, qui enseigne dans la même école à des enfants malentendants de première et de deuxième année, dispose seulement d’un petit espace devant son tableau où au moins deux mètres la séparent de tous ses élèves. Il va sans dire qu’elle se trouve très souvent près d’eux.

« C’est un peu comme de l’orthopédagogie en classe, c’est un accompagnement individuel ou presque, explique-t-elle. Techniquement, pour faire ça, j’aurais besoin de ma visière et de mon masque chirurgical. En ce moment, je porte le couvre-visage avec une fenêtre pour m’approcher d’eux, mais il n’est pas reconnu comme sécuritaire. » Elle espère avoir bientôt accès à des masques chirurgicaux à fenêtre pour disposer de l’équipement le plus approprié possible.

Les élèves de Saint-Enfant-Jésus sont oralistes, c’est-à-dire qu’ils communiquent en parlant le français et en représentant les sons avec leurs mains. Par ailleurs, plusieurs ont des appareils auditifs ou des implants cochléaires. La lecture des lèvres est essentielle à leur compréhension.

Dans les derniers jours, l’Alliance des professeures et professeurs de Montréal — le syndicat des 9500 enseignants du Centre de services scolaire de Montréal —a pris contact avec la CNESST au sujet des masques à fenêtre.

L’organisme gouvernemental lui a confirmé que les masques chirurgicaux à fenêtre se conformant aux normes de l’ASTM (American Society of Testing and Materials) pouvaient être utilisés pour des interventions rapprochées, rapporte la présidente du syndicat, Catherine Beauvais-St-Pierre. « Nous allons nous assurer que ces masques soient fournis », dit-elle en entrevue.

Du côté du gouvernement, le cabinet du ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, assure que des masques chirurgicaux à fenêtre sont en route. « Le Centre d’acquisition gouvernemental est à cibler des fournisseurs pour s’assurer de pouvoir fournir rapidement le réseau scolaire et en quantité suffisante en terme de masque chirurgical avec fenêtre. Ces équipements devraient être disponibles plus largement dans le réseau scolaire sous peu », a fait savoir l’attaché du ministre dans un courriel.

« Les gens les attendent avec impatience », fait remarquer Jeanne Choquette, la présidente-directrice générale d’Audition Québec, qui a eu l’occasion de voir un prototype du masque. Selon les informations dont elle dispose, les masques pourraient être livrés dans le réseau de l’éducation vers la mi-octobre. « Quand il sera prêt, il est certain qu’on va faire des représentations auprès du gouvernement pour qu’il en équipe les écoles. »

Tendance à la hausse

Le nombre de nouvelles infections quotidiennes à la COVID-19 semble poursuivre sa tendance à la hausse : 216 nouveaux cas ont été rapportés lundi par le ministère de la Santé du Québec. La veille, 205 nouveaux cas avaient été signalés dans la province ; c’était la première fois en trois mois que la barre des 200 nouveaux cas quotidiens était franchie. Aucun autre décès attribuable au virus ne s’est ajouté lundi. Toutefois, un décès survenu entre le 31 août et le 5 septembre s’est ajouté au bilan, pour un total de 5770 morts. Le nombre total de personnes infectées depuis le début de la pandémie au Québec s’élève à 63 713.

La Presse canadienne

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2 commentaires
  • Hélène Gervais - Abonnée 8 septembre 2020 09 h 03

    Les professeurs...

    Ont paniqué en mai pour un retour à l'école car ils trouvaient que le gouvernement n'en faisait pas assez pour leur prévention et celle des enfants. Ils ont fait peur aux parents avec leurs récriminations. Maintenant que le gouvernement fait en sorte que les enfants vivront dans une bulle de peur, complètement idiote quant à moi, eh bien ils auront beaucoup d'autres sortes de problèmes. Quand les enfants devront retourner chez eux pour un nez qui coule, que feront-ils?

  • Sylvain Fortin - Abonné 8 septembre 2020 21 h 42

    Dès le début de la pandémie j'étais inquiet pour les élèves du primaire qui ont besoin de lire sur les lèvres pour mieux comprendre les mots et la communication. Du côté du gouvernement de la CAQ qui sait toujours mieux que les autres on y pensait pas rigolant pluôt de leur pouvoir avec un parlement fermé.