Des états généraux pour les CHSLD, et vite!

Marie-Hélène Alarie Collaboration spéciale
Selon la CSD, le Québec doit réfléchir au seuil minimum de qualité de vie qu’il veut offrir aux personnes aînées et vulnérables. 
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Selon la CSD, le Québec doit réfléchir au seuil minimum de qualité de vie qu’il veut offrir aux personnes aînées et vulnérables. 

Ce texte fait partie du cahier spécial Syndicalisme

Après la débâcle dans les CHSLD causée par la pandémie, Luc Vachon, le président de la Centrale des syndicats démocratiques (CSD), croit qu’il est grandement temps que tous les acteurs du milieu s’assoient ensemble pour une réflexion grand-angle sur l’hébergement des personnes âgées et les plus vulnérables. Les membres de la CSD ont beaucoup donné durant la crise et souhaitent aujourd’hui avoir leur mot à dire pour la suite des choses.

« Le gouvernement mise beaucoup sur les maisons des aînés, on n’est pas contre, mais on a beau tourner ça de tous les côtés, ça ne peut pas répondre à tous les besoins, tant sur le plan du nombre de places disponibles que sur les aspirations des gens », explique le président. C’est pourquoi Luc Vachon souhaite réfléchir plus largement à la situation et pas seulement considérer la solution des maisons des aînés : « Qu’on se le dise, on n’est pas contre l’idée, mais sans une réflexion de fond, on pourrait retrouver des aberrations même dans les maisons des aînés. »

Il faut se rappeler qu’avant la COVID, on parlait déjà de la fréquence inacceptable des bains en CHSLD, de la piètre qualité de la nourriture et du manque de climatisation. « On doit d’abord réfléchir au seuil minimum de qualité de vie qu’on veut offrir aux personnes aînées et vulnérables, affirme Luc Vachon. Après, on se mettra en action pour répondre à ça. Actuellement, on fait l’inverse. »

Chien de garde

Quand il parle de réflexion à 360 degrés, Luc Vachon parle d’états généraux qui réuniraient les associations syndicales et les spécialistes, mais aussi les comités de défense des personnes âgées et les regroupements de retraités ainsi que les employeurs, qu’ils soient du secteur public ou du privé : « On propose même un comité de vigie. Parce qu’une fois qu’on a fait les réflexions, il faut s’assurer de leur mise en place et de leur continuité, et ce, sans égard au gouvernement en place. On ne veut plus que ça change d’un ministre de la Santé à l’autre, il faut s’assurer de la constance, de l’égalité et du maintien des mesures, que ce soit dans le secteur privé ou public. Ça prend un chien de garde », ajoute le président.

Dans ce scénario, le rôle des associations syndicales sera de répondre aux questions de main-d’œuvre et d’organisation du travail. « Aujourd’hui, on se rend compte que tousces gens qui travaillent avec l’humain sont essentiels… C’est inacceptable qu’on en prenne conscience seulement maintenant, et c’est aussi l’occasion de constater la disparité de leurs conditions », déplore-t-il.

Pour l’instant, la CSD n’a pas vraiment reçu de réponse de la part du gouvernement. Ce dernier affirme consulter. « La vérité, c’est que de la consultation, il n’y en a pas ou très peu », croit le président, qui ajoute que son syndicat ne souhaite pas « une commission d’enquête ou un forum qui va durer trois ans et qui va accoucher d’un rapport de 860 pages qui va aller prendre la poussière sur une étagère ! »

Luc Vachon ne comprend pas pourquoi « un gouvernement s’entêterait à mener seul la réflexion sur les transformations des réseaux alors qu’il pourrait s’associer aux différents intervenants pour que ce soit la société civile qui nourrisse avec lui cette réflexion ». Il en est convaincu : politiquement, quand la société civile appuie des modifications et les porte collectivement, c’est beaucoup plus porteur.

On l’aura compris, la CSD ne veut pas laisser passer l’occasion de réinventer le monde du travail : « On est à la croisée des chemins, la pandémie a bousculé des choses et a devancé de plusieurs années certaines formes d’organisation du travail, on n’a qu’à penser au télétravail », souligne-t-il. Mais en cette fête du Travail, il insiste : « Il faut privilégier la dimension humaine dans tout ça et faire en sorte que toutes les lois du travail soient adaptées à cette nouvelle situation. »