Québec renonce pour le moment à une application de recherche de contacts

Le ministre québécois de la Santé, Christian Dubé
Photo: Ryan Remiorz Archives La Presse canadienne Le ministre québécois de la Santé, Christian Dubé

Le Québec se dotera-t-il d’une application de suivi des contacts pour lutter contre la COVID-19 ? Pas maintenant, tranche le gouvernement Legault, qui en veut une néanmoins prête à l’emploi si une flambée des cas survient. Une position qui s’est attiré son lot de critiques.

Jugeant la pandémie « sous contrôle », Québec ne souhaite pas aller de l’avant avec un tel outil, a fait savoir mardi le ministre délégué à la Transformation numérique gouvernementale, Éric Caire. Le travail de la Santé publique pour rechercher les contacts manuellement suffit pour l’heure à « étouffer » les éclosions.

« On ne sort pas les avions-citernes pour lutter contre un feu de bosquet. Par contre, si ça devenait un feu de forêt, vous comprenez que ces avions devront être prêts à décoller et à intervenir très, très rapidement », a illustré M. Caire.

Actuellement, la province recense une moyenne quotidienne de 10 cas d’infection par million d’habitants, a indiqué le ministre de la Santé, Christian Dubé, lui aussi présent mardi. L’objectif est de ne pas dépasser 20. Autrement, les enquêteurs de la Santé publique pourraient être vite débordés.

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« J'aimerais mieux qu'on n'ait pas besoin » de déployer une telle technologie, a spécifié M. Dubé, mais « le premier ministre a demandé d'être prêt au cas où ». Éric Caire a ainsi été chargé de « préparer le terrain » pour lancer une application de notification du virus si la menace d’une deuxième vague se concrétise.

Le gouvernement est toujours à la recherche d'une application idéale. « COVID Shield », qui a été retenue par le fédéral pour devenir « Alerte COVID », sera testée par le centre de cyberdéfense du Québec, a précisé M. Caire. « Nous allons aussi voir à l’échelle québécoise si des applications seraient offertes », a-t-il ajouté, à condition qu’elles n’utilisent pas la géolocalisation, la biométrie ou le stockage de renseignements personnels.

Cette décision a causé la surprise à Ottawa, où on juge « décevant » que le Québec boude l’application Alerte COVID qu’on veut étendre d’un océan à l’autre. « C’est un outil qui peut aider à faire une différence alors qu’on se prépare à une possible augmentation des cas à l’automne », indique-t-on au cabinet de la ministre de la Santé, Patty Hajdu.

Le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, a lui aussi condamné la décision de son voisin, inquiet d’en payer le prix alors que les déplacements interprovinciaux s’accélèrent. Selon lui, les Québécois comme les Canadiens devraient télécharger l’application fédérale. « C'est important ! Faites-le, tout simplement. Cela protège chacun d'entre nous », a soutenu celui qui compte rencontrer François Legault à ce sujet.

L’Ontario est la seule province à utiliser Alerte COVID, lancée le 31 juillet. Quelque 2,2 millions de personnes l’ont téléchargé jusqu’ici. La Colombie-Britannique, l’Alberta, Terre-Neuve et le Nouveau-Brunswick comptent y adhérer. Le Manitoba, la Saskatchewan et la Nouvelle-Écosse sont encore en réflexion. L’Île-du-Prince-Édouard n’a pas répondu aux questions répétées du Devoir.

Enjeux soulevés

Québec a récemment sondé, lors d’une consultation publique, l’adhésion du public à une application de recherche de contacts. Résultat : une majorité des 16 456 répondants (77 %) croient à l’utilité d’un tel outil, et 70 % d’entre eux ont confiance en son efficacité, selon la firme SOM engagée pour analyser les résultats.

Un portrait qui tranche avec le rapport de la commission parlementaire menée en parallèle. Les élus — dont quatre de la CAQ — ont conclu que les lois québécoises ne protègent pas suffisamment les données et renseignements personnels des citoyens, rendant périlleux le recours à ce genre d’application.

« La quasi-totalité des experts rencontrés en commission ont émis des réserves importantes sur l’efficacité et la fiabilité de ces technologies et sont d’avis que la technologie Bluetooth souffre de vulnérabilités qui représentent des risques réels d’attaques informatiques », ont-ils écrit.

Un constat sans équivoque que des élus de l’opposition à Québec ont rappelé mardi. Le gouvernement caquiste doit se «doter d’un cadre juridique plus robuste dans la protection de la vie privée et des renseignements personnels», a fait valoir la députée libérale Marwah Rizqy.

Un avis partagé par son collègue du Parti québécois, Martin Ouellet. Sans oublier que l’utilité de ce genre d’application déjà testée partout dans le monde doit encore être démontré, souligne-t-il.

« J’espère que d’ici la deuxième vague, le gouvernement va écouter la science et le gros bon sens. C’est une fausse solution qui va nuire aux efforts de la Santé publique et mettre en danger la vie privée des Québécois », a réagi quant à lui le porte-parole de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois.

Avec Hélène Buzzetti et La Presse canadienne

Québec vise une entente avec les CHSLD privés

Québec renoncera à se doter de nouveaux « moyens législatifs » pour intervenir dans certains milieux d’hébergement « s’il parvient à s’entendre avec les CHSLD privés pour avoir une meilleure collaboration », a fait savoir mardi le ministre de la Santé, Christian Dubé. Dans son plan d’action pour une deuxième vague de COVID-19, Québec dit vouloir acquérir de nouveaux pouvoirs législatifs afin d’intervenir de manière « exceptionnelle » dans des milieux privés « en cas de mise en danger d’une personne dans un milieu de vie ». Or ces nouveaux leviers législatifs ne seront pas utilisés si les négociations avec le secteur public avancent dans la direction souhaitée par le ministre.

Le Devoir

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