Le plasma, traitement prometteur?

La FDA a fondé sa décision sur des données indiquant que l’administration de plasma doté d’un haut taux d’anticorps contre le SRAS-CoV-2 dans les trois jours suivant un diagnostic de COVID-19 diminue la mortalité de 35%.
Photo: Raul Arboleda Agence France-Presse La FDA a fondé sa décision sur des données indiquant que l’administration de plasma doté d’un haut taux d’anticorps contre le SRAS-CoV-2 dans les trois jours suivant un diagnostic de COVID-19 diminue la mortalité de 35%.

La Food and Drug Administration (FDA) des États-Unis a autorisé dimanche l’utilisation d’urgence du plasma de convalescents de la COVID-19 pour traiter tous les patients sévèrement atteints, et ce, malgré l’absence de résultats probants obtenus dans le cadre d’études randomisées et menées en bonne et due forme.

Le président Trump, quant à lui, jubilait alors que cette nouvelle survient à la veille de la convention républicaine nationale. Il a présenté le plasma riche en anticorps comme un « puissant traitement » qui a été rendu possible grâce à la « forte mobilisation du gouvernement fédéral ».

La décision de la FDA survient peu de temps après que le président eut fait pression sur l’agence pour qu’elle accélère l’approbation de traitements et de vaccins en raison de l’urgence sanitaire qui secoue le pays, et déclaré injustement, dans un tweet samedi, que la FDA retardait délibérément sa décision jusqu’à ce que les élections du 3 novembre aient eu lieu.

La FDA avait en effet reporté son autorisation d’une semaine après que le Dr Francis Collins, directeur des National Institutes of Health, et le Dr Anthony Fauci, directeur du National Institute of Allergy and Infectious Diseases, eurent indiqué que les données étaient insuffisantes à ce stade-ci pour donner une telle autorisation.

La décision de la FDA apparaît aussi « un peu prématurée » au Dr Jean-Pierre Routy, hématologue au Centre universitaire de santé McGill, qui l’explique comme une réponse à « la pression politique et au désespoir des gens », ainsi qu’aux multiples rapports positifs qui ont émané de l’utilisation du plasma de convalescents jusqu’à maintenant. « Il peut bien sûr y avoir un biais, dans le sens où les résultats négatifs n’ont pas été publiés, mais toutes les études chez l’animal ont montré l’efficacité des anticorps. Il y a une logique qui est là », dit-il.

La FDA a fondé sa décision sur des données indiquant que l’administration de plasma doté d’un haut taux d’anticorps contre le SRAS-CoV-2 dans les trois jours suivant un diagnostic de COVID-19 diminue la mortalité de 35 %. Dans sa conclusion, la FDA spécifie que les bénéfices potentiels de ce traitement semblent passablement élevés, alors que les risques sont relativement faibles. « Au début, on a craint que le plasma puisse empirer la maladie. Finalement, ça ne semble pas augmenter l’inflammation. Une transfusion n’est pas à prendre à la légère ; il peut survenir des transmissions de virus qui nous auraient échappé, des réactions immunitaires, de l’insuffisance cardiaque ou rénale en raison d’une surcharge de volume. Mais chez un patient gravement atteint, le risque associé à ce traitement est relativement faible », précise le Dr Philippe Bégin, allergologue-immunologue au CHUM et au CHU Sainte-Justine.

Données incomplètes

« Ces données sont encourageantes, mais elles ne sont pas complètes. Il nous faut mieux comprendre comment fonctionnent ces anticorps », croit le Dr Routy, qui participe à l’étude canadienne randomisée — CONCOR-1, qui vise à éprouver l’efficacité de l’administration de plasma de convalescents à des patients hospitalisés. Cette étude sera randomisée dans le sens où le traitement par plasma sera administré aux patients de manière aléatoire et comparé à un contrôle.

« Les données [sur lesquelles la FDA fonde sa décision] ne sont pas les résultats d’un essai clinique contrôlé et mené en bonne et due forme. Ce sont principalement les données recueillies auprès de 35 000 patients parmi les 75 000 Américains qui ont reçu du plasma de convalescents en vertu du programme d’accès étendu de la FDA qui permettait qu’on utilise le plasma comme traitement de dernier recours pour des patients dans un état critique ou désespéré qui ne participaient pas à un essai clinique. Le médecin traitant devait alors remplir un formulaire en ligne pour chaque patient acceptant de subir ce traitement. Dans de telles circonstances, les données ont été recueillies un peu n’importe comment, sans aucune précision sur l’état de santé initial et actuel des patients, sur le nombre de doses que chacun a reçues, sur le traitement global (avec ou sans autre médicament) des patients », souligne le Dr Bégin, qui est membre du comité organisateur de l’étude CONCOR-1.

Ces données sont encourageantes, mais elles ne sont pas complètes. Il nous faut mieux comprendre comment fonctionnent ces anticorps.

Une analyse rétrospective du dossier de ces 35 000 patients a ainsi révélé que le plasma semblait plus efficace — il réduisait la mortalité de 35 % — quand il était administré dans les trois jours suivant le diagnostic, que si cela était fait plus tard. De plus, un sous-groupe de 500 patients qui avaient reçu une unité de plasma contenant un taux très élevé d’anticorps a semblé en tirer plus de bénéfices — ils avaient 35 % moins de risque de décéder — que les 500 patients d’un autre sous-groupe ayant été transfusés avec un plasma doté d’un faible taux d’anticorps. « Ces dernières observations ne nous précisent toutefois pas le seuil en dessous duquel il serait inutile de donner une dose de plasma à un patient, car les études ne comportaient pas de groupes contrôles », fait remarquer le Dr Bégin.

« Ces données sont bien sûr positives et encourageantes : une diminution de la mortalité de 35 %, c’est énorme pour des patients qui sont gravement atteints et qui ont besoin d’oxygène. Mais il ne faut pas s’emballer comme Trump, qui contribue ainsi à semer la confusion, car nous ne disposons pas de résultats d’une étude contrôlée », affirme le Dr Bégin.

« En autorisant le programme d’accès étendu, la FDA a fait une erreur, elle a manqué une occasion d’exiger dès le début que soit menée une étude clinique sur les 1000 premiers patients, par exemple. Nous aurions ainsi eu rapidement une réponse claire et définitive sur l’effet du plasma, qui nous aurait permis d’investir dans ce traitement s’il s’était avéré prometteur, et de l’offrir à tout le monde. De plus, cette décision risque de compromettre les essais cliniques », déplore le Dr Bégin.

« Notre stratégie au Canada consiste à bien préparer nos équipes et nos sites, à compléter la collecte des doses de plasma de personnes ayant guéri de la COVID-19, ce qui est chose faite au Québec, car Héma-Québec dispose de 1150 unités congelées, pour que, lorsque surviendra la deuxième vague, nous soyons prêts à enrôler les patients dans l’étude randomisée. Et quand nous aurons la réponse sur la véritable efficacité de ce traitement, si le verdict est favorable, on pourra généraliser l’offre, et ce, d’autant plus vu son faible coût par rapport à celui du remdesevir », précise le Dr Bégin. 

68 nouveaux cas au Québec

Québec rapportait lundi 68 nouveaux cas de COVID-19 dans la province, portant le nombre total de personnes infectées à 61 741. Deux décès sont survenus dans les 24 heures précédentes, en plus d’un autre survenu entre le 17 et le 22 août, et un s’étant produit avant le 17 août. Le nombre total de décès s’élève donc maintenant à 5744. Le nombre d’hospitalisations a diminué de deux par rapport à la veille, pour un total de 115. Parmi les personnes hospitalisées, 12 se trouvent aux soins intensifs, une diminution de deux. Dans l’ensemble du Canada, on rapporte 125 069 cas confirmés de COVID-19 depuis le début de la pandémie. Et 9078 décès on été déplorés jusqu’à maintenant.

La Presse canadienne


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