Une protection additionnelle associée au port du masque?

Une employée de la Grande Bibliothèque portait un masque lors de la réouverture de l’établissement, début juillet. Selon une nouvelle étude, le couvre-visage ne ferait pas que réduire la propagation de la COVID-19.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Une employée de la Grande Bibliothèque portait un masque lors de la réouverture de l’établissement, début juillet. Selon une nouvelle étude, le couvre-visage ne ferait pas que réduire la propagation de la COVID-19.

Depuis le début de la pandémie, on a insisté sur le fait que le port du masque vise avant tout à réduire la propagation de la COVID-19 par des personnes infectées. Mais il apparaît de plus en plus évident que le couvre-visage protégerait également les personnes saines en diminuant leur risque de contracter le virus, et peut-être même en réduisant la sévérité de l’infection si jamais elles développaient la maladie.

Le 3 avril dernier, les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) recommandaient le port du masque, notamment en tissu, dans le but de freiner la dissémination de l’infection par les personnes contaminées. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) leur emboîtait le pas le 5 juin, quand il est devenu clair que les personnes présymptomatiques et asymptomatiques pouvaient aussi transmettre le virus.

Selon plusieurs études et observations, le port du masque par tous les membres d’une population s’avère de toute évidence une des interventions les plus efficaces pour contrôler l’épidémie de COVID-19, et permettre du coup un confinement moins draconien.

« Le masque sert avant tout à empêcher la personne infectée de transmettre le virus. Il permet qu’elle le transmette moins efficacement parce qu’il retient la majorité des sécrétions respiratoires et empêche qu’elles soient projetées dans l’environnement. C’est le but principal du masque, que l’on fait valoir depuis le tout début de la pandémie », rappelle le Dr Donald Vinh, microbiologiste infectiologue au Centre universitaire de santé McGill (CUSM).

« On a appris au cours des derniers mois que ce ne sont pas que les personnes symptomatiques qui sont susceptibles de transmettre la maladie, celles qui sont asymptomatiques le peuvent aussi », poursuit-il. D’où l’importance que tous se couvrent le visage, car plusieurs personnes peuvent être porteuses du virus à leur insu.

Sévérité amoindrie

Depuis quelque temps, certains scientifiques cherchent à savoir si le fait de porter un masque protège aussi les personnes qui ne sont pas porteuses du virus en diminuant la dose de virus à laquelle elles sont exposées.

« C’est possible, mais cela dépend de la qualité du masque. Les masques chirurgicaux, les N95 et les masques composés de plusieurs couches de tissu peuvent retenir les sécrétions respiratoires et filtrer la majorité des particules virales, mais à condition de les porter adéquatement en couvrant la bouche et le nez. Le fardeau viral étant bien moindre dans la communauté que dans les hôpitaux, le port de la visière n’y est peut-être pas nécessaire, alors qu’elle l’est pour le personnel de la santé qui s’occupe de personnes infectées », affirme le Dr Vinh. Ce dernier fait remarquer que les mesures de protection, dont le port du masque, semblent bien protéger les travailleurs de la santé qui sont exposés à de fortes doses de virus puisqu’ils soignent des personnes gravement atteintes de la COVID-19.

Le masque constituant une barrière, bien que pas complètement étanche, il fait en sorte que la personne saine est exposée à moins de virus. Or, en général, plus la dose de virus à laquelle on est exposé est petite, moins il est probable que l’on devienne infecté, souligne le Dr Vinh.

La spécialiste en maladies infectieuses de l’University of California à San Francisco, Monica Gandhi, avance pour sa part que le fait d’être exposé à des doses moindres de virus grâce au port du masque diminuerait la sévérité d’une éventuelle infection. Les personnes se couvrant le visage qui contracteraient néanmoins la COVID-19 souffriraient d’une forme plus légère de la maladie, voire demeureraient asymptomatiques.

À l’appui de son hypothèse, Mme Gandhi cite une étude chinoise qui montre que des hamsters ayant été placés derrière une cloison composée d’un masque chirurgical avant d’être exposés au SRAS-CoV-2 ont été moins nombreux à contracter la COVID-19 que les animaux qui n’étaient pas protégés par une cloison et que ceux qui l’ont néanmoins développée présentaient des symptômes plus légers que ceux ayant été exposés au virus sans aucune protection.

La chercheuse met également en évidence le fait que le taux de personnes asymptomatiques semble plus élevé au sein des populations portant le masque. Elle fait ainsi remarquer que, sur un bateau de croisière argentin, où des masques chirurgicaux ont été distribués à tous les passagers tandis que l’équipage portait des masques N95, 81 % des passagers déclarés positifs étaient asymptomatiques, alors que sur le Diamond Princess, où de telles mesures de protection n’ont pas été prises, ce taux ne s’élevait qu’à 18 %.

La même observation a été faite dans une usine de préparation de fruits de mer en Oregon et dans une usine de poulet en Arkansas, où 95 % des employés — auxquels on fournissait un masque chaque jour — qui ont été infectés étaient asymptomatiques.

Mme Gandhi souligne aussi les faibles taux de mortalité et d’infections graves dans les pays ayant adopté le port du masque dès le début de l’épidémie, tels que la Corée du Sud, Taïwan, le Vietnam, le Japon, Hong Kong, la Thaïlande et Singapour, voire même la République tchèque, qui a suivi ce mouvement.

« Des études effectuées sur d’autres microbes ont montré que [la dose virale] d’exposition influence la probabilité d’être infecté. Par contre, il n’est pas clair si la dose virale a un impact sur la sévérité de la maladie, car cela dépend plutôt du système immunitaire de l’hôte qui est différent d’une personne à l’autre », affirme pour sa part le Dr Vinh.

Des réponses différentes

Affirmer qu’il est plus facile pour le système immunitaire de combattre et de surmonter une exposition à une faible dose de virus « est un peu simpliste, et ce n’est pas clair que ce soit vraiment le cas, explique le Dr Vinh. En fait, la dose de virus qui bouleversera le système immunitaire et dépassera sa capacité à le maîtriser n’est pas standardisée. Chaque personne répond à des quantités de microbes différentes. Si vous m’exposez moi, qui suis en bonne santé, à 100 particules de virus, je devrais bien m’en tirer, mais si vous exposez une personne âgée à autant de virus, peut-être que son système immunitaire sera bouleversé. Ce n’est pas que la charge virale qui est importante, la force du système immunitaire de chaque personne est également cruciale ».

« Bien des données nous manquent encore pour bien évaluer ce qui fonctionne bien et moins bien dans le port du masque. Ceux qui se sont contaminés en portant le masque l’ont été en raison d’une efficacité insuffisante du masque, ou en l’enlevant et le remettant, comme on l’a vu chez des travailleurs de la santé qui se contaminaient entre collègues en enlevant leur masque pour manger ensemble », ajoute le Dr Marc Dionne, médecin-conseil à l’Institut national de santé publique du Québec.

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