Un futur hôpital mieux adapté à la prochaine pandémie

Des changements ont été faits aux plans d'aménagement du futur hôpital pour éviter qu'une clientèle contaminée entre en contact avec la clientèle d'une zone froide.
Photo: Chris Young La Presse canadienne Des changements ont été faits aux plans d'aménagement du futur hôpital pour éviter qu'une clientèle contaminée entre en contact avec la clientèle d'une zone froide.

Construire un avion en plein vol. Comparaison consacrée, illustrant les défis et les périls de la pandémie de COVID-19 pour le système de santé. En Montérégie-Ouest, c’est encore les deux pieds sur terre qu’une équipe travaille à la construction d’un nouvel aéronef, capable d’affronter toutes les turbulences : l’hôpital Vaudreuil-Soulanges.

Vincent Veilleux est le directeur de ce projet de 1,5 milliard de dollars au CISSS de la Montérégie-Ouest. Son équipe est formée de 25 professionnels, dont 6 infirmières.

« La grande majorité [de celles-ci] sont allées prêter main-forte sur le terrain pendant la pandémie, dit-il. Elles ont donné des soins à des patients qui avaient la COVID-19. On a pu se nourrir de l’expérience de ces gens-là, qui reviennent graduellement dans leurs fonctions habituelles [au sein de l’équipe de projet]. »

Depuis la crise, tout a été repensé. Le futur hôpital, qui comptera 400 lits de courte durée et dont l’ouverture est prévue en 2026, est encore sur la planche à dessin.

« On s’est mis en mode pandémie pour les 56 unités fonctionnelles [ex. : urgence], explique Vincent Veilleux. On a vraiment simulé les trajectoires : où passeraient les patients contaminés et le personnel qui s’en occupe, et où passeraient les patients et le personnel non contaminés. »

Des changements ont été faits aux plans d’aménagement. « On a ajouté, par exemple, une porte qui donne accès à l’extérieur pour pouvoir faire entrer une clientèle contaminée afin qu’elle ne rentre pas par une unité qui serait réservée à de la clientèle négative. »

On s’est mis en mode pandémie pour les 56 unités fonctionnelles

Des retombées de plafond sont aussi maintenant prévues. « À ces endroits-là, on pourrait facilement ajouter des portes pour venir segmenter certains secteurs », dit Vincent Veilleux.

Segmenter, isoler : c’est le nerf de la guerre lors d’une éclosion. Et ce fut le talon d’Achille de certains établissements durant la pandémie.

L’équipe a réfléchi à la question. « Comment arrive-t-on à segmenter les secteurs qui contiennent des patients positifs et d’autres qui contiennent des patients négatifs ? demande Vincent Veilleux. Nos aménagements permettent-ils de faire cette ségrégation, sans faire des travaux complexes ? De réussir à créer facilement deux hôpitaux dans un seul ? »

Pour y arriver, le futur hôpital comportera des unités de soins en forme de « T », faites de trois branches identiques. « Cette configuration-là permet vraiment d’isoler facilement certains secteurs des unités de soins, plutôt que d’avoir une grande unité continue, où il est très difficile de segmenter en plusieurs portions », explique Vincent Veilleux.

Comment arrive-t-on à segmenter les secteurs qui contiennent des patients positifs et d’autres qui contiennent des patients négatifs?

 

Avec la pandémie, le nombre de chambres à pression négative a été augmenté à l’unité des soins intensifs. « On serait capables de mettre en pression négative près de 200 des 404 chambres, ajoute Vincent Veilleux. Ce sont des éléments qu’on avait mis sur la table avant la pandémie et qui, dans le fond, avec ce qui est arrivé, nous ont confirmé qu’effectivement, ce n’était pas une option. »

Dans le futur hôpital, pas de chambres à deux ni de rideaux à tirer entre les civières aux urgences. Chaque patient aura ses quartiers, dans des pièces fermées. Moins de risque de contamination.

Et les corridors ? Ils seront assez larges pour permettre la distanciation de deux mètres, assure Vincent Veilleux. Et la circulation sera définie de telle sorte que des patients hospitalisés ne croiseront « jamais M. et Mme Tout-le-Monde », précise-t-il

Des ascenseurs seront réservés aux patients hospitalisés et au personnel, d’autres aux visiteurs et aux usagers non hospitalisés. « De petits robots auront aussi leurs ascenseurs », dit Vincent Veilleux. Ils achemineront, aux différents étages, du matériel, comme des seringues ou des chariots alimentaires. « Mais ce ne sont pas eux qui serviront les repas ! »

 

Controverse autour du projet d’hôpital

L’arrivée d’un nouvel hôpital à Vaudreuil-Dorion suscite l’inquiétude dans la région de Salaberry-de-Valleyfield, où se trouve l’Hôpital régional du Suroît.

 

Le CISSS de la Montérégie-Ouest (CISSSMO) a annoncé son intention de transférer les services d’accouchement et de pédiatrie du centre hospitalier de Valleyfield vers l’hôpital Vaudreuil-Soulanges lors de son ouverture, prévue en 2026.

 

Un regroupement d’organismes communautaires et de municipalités de la région (Salaberry-de-Valleyfield, Beauharnois, Huntingdon, entre autres) dénonce la fermeture du centre mère-enfant de l’Hôpital régional du Suroît.

 

« On n’est pas contre le projet de Vaudreuil, précise d’emblée Édith Gariépy, directrice générale de la Corporation de développement communautaire Beauharnois-Salaberry. Mais on ne veut pas que ça se fasse au détriment de la population de Valleyfield et du Haut-Saint-Laurent [Huntingdon, Saint-Chrysostome, etc.]. Il ne faut pas déshabiller Pierre pour habiller Paul. »

 

Les futures mères, vivant près de la frontière américaine, seront forcées de faire un plus long trajet pour accoucher à Vaudreuil-Dorion, souligne Miguel Lemieux, maire de Salaberry-de-Valleyfield. « Les femmes enceintes, dans le coin de Dundee et de Saint-Anicet, sont déjà à 40-45 minutes de Valleyfield, précise-t-il. Ne rajoutez pas encore 25 minutes [pour se rendre à Vaudreuil-Dorion] ! »

 

Le CISSSMO souligne que le centre mère-enfant du futur hôpital pourra accueillir des bébés prématurés nés à partir de la 32e semaine de gestation, un nouveau service dans la région.

 

Selon le CISSSMO, sur les 1000 femmes qui accouchent à l’Hôpital du Suroît chaque année, 55 % habitent le territoire de Vaudreuil-Soulanges. Moins de 50 % de la population du Haut-Saint-Laurent accouche à l’Hôpital du Suroît, ajoute-t-il.

 

Des chantiers de travail sont en cours pour « maintenir les suivis de grossesse, les échographies à proximité afin que, dans la majorité des cas, seul l’accouchement se déroule à l’hôpital Vaudreuil-Soulanges », écrit le CISSSMO, dans un courriel.

 

Miguel Lemieux déplore le manque de vision du CISSSMO. Sa ville est en pleine expansion et attire de plus en plus de jeunes familles. « On est en train de vivre la plus grande vague de croissance de notre histoire, dit-il. Il s’agit bien du pire moment pour nous enlever des services. »


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