Une PrEP plus populaire, mais moins chère

La PrEP — diminutif de «prophylaxie pré-exposition» — offre une protection contre le VIH aux personnes séronégatives.
Photo: Getty Images / iStockphoto La PrEP — diminutif de «prophylaxie pré-exposition» — offre une protection contre le VIH aux personnes séronégatives.

C’est un médicament destiné à la communauté gaie qui ne fait pas l’unanimité. Parce qu’il coûte cher, sa couverture par le régime public a été critiquée dans certains médias. Et parce qu’il est considéré comme un moyen de faire la fête sans protection, certains médecins refusent encore de le prescrire. Malgré tout, la PrEP est plus populaire que jamais au Québec, la communauté médicale y voyant un outil efficace pour contrer la propagation du VIH.

La PrEP — diminutif de « prophylaxie pré-exposition » — offre une protection contre le VIH aux personnes séronégatives. Cela consiste à prendre de manière préventive deux des trois molécules de la trithérapie afin d’empêcher le virus avec lequel on pourrait entrer en contact de se multiplier. La PrEP diminue les risques de contamination de 95 % à 99 %. Elle peut être prise quotidiennement, ou juste avant une relation sexuelle, lorsqu’on peut prévoir ses rapports. Beaucoup de médecins dans le milieu du VIH préconisent son usage.

Traitement préventif

La PrEP peut causer des effets secondaires, comme de la nausée, des problèmes digestifs et peut-être des troubles rénaux à long terme, selon le Dr Réjean Thomas. Mais le jeu en vaut largement la chandelle, selon lui, car la PrEP évite presque assurément à des personnes ayant de toute manière des comportements sexuels à risque de prendre un autre médicament pour le restant de leur vie… lui aussi aux frais des contribuables. « C’est bon pour les personnes qui ont des comportements à risque. À un moment donné, ces personnes vont passer ce stade et, au lieu de prendre la trithérapie pendant 40 ans, elles auront pris la PrEP pendant seulement deux ou trois ans. »

Les personnes prenant la PrEP doivent être suivies tous les trois mois par un médecin, qui effectue alors un dépistage du VIH et des autres infections transmissibles sexuellement (ITS).

C’est bon pour les personnes qui ont des comportements à risque

La Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ) indique qu’en 2019, 4055 personnes au Québec se faisaient rembourser la PrEP par le régime public d’assurance-médicaments. Il s’agit d’une hausse de 22 % par rapport aux 3319 personnes de 2015. Mais le coût total du programme a quand même fondu. Car la PrEP, qui pouvait coûter jusqu’à 1000 $ par mois par personne au départ, ne coûte plus qu’environ 300 $. Aussi la RAMQ a-t-elle déboursé 5 millions de dollars en 2019 contre 20 millions cinq ans plus tôt.

Mais la prise de la PrEP a-t-elle contribué à la hausse des ITS à laquelle on assiste ? Les gens ont-ils cessé de se protéger, sachant qu’ils ne contracteraient pas le virus qui fait le plus peur ? Le Dr Thomas n’en est pas certain, notant que les ITS sont en hausse aussi chez les hétérosexuels. Il rappelle que, chaque fois qu’une avancée sur le VIH-sida a été réalisée (découverte de traitements, capacité de diminuer la charge virale d’une personne infectée, accès au traitement post-exposition), « les ITS ont augmenté ».

Charles*, lui, le croit. Ce Montréalais critique une certaine culture du nightlife insouciant dans la communauté gaie, que la PrEP encourage, à son avis. « Quand on repousse les limites, ce sont toujours les plus faibles qui écopent. » Selon lui, le fait de généraliser la PreP a rendu un peu ringard le port du condom et rend difficile pour certains gais le fait de l’exiger. En définitive, pense-t-il, ce sont les prostitués et les jeunes défavorisés, qui n’ont pas nécessairement accès à la PreP, qui feront les frais de cette libéralisation.

*pseudonyme

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