Santé Canada donne son feu vert au remdésivir

Même si Santé Canada a homologué le remdésivir, peu de malades atteints de la COVID-19 se le verront prescrire puique le médicament s’adresse à des patients dont l’état de santé est grave et qu’ils doivent répondre à plusieurs critères.
The Associated Press / HO Gilead Science Même si Santé Canada a homologué le remdésivir, peu de malades atteints de la COVID-19 se le verront prescrire puique le médicament s’adresse à des patients dont l’état de santé est grave et qu’ils doivent répondre à plusieurs critères.

Les hôpitaux du pays disposeront d’une nouvelle arme contre la COVID-19, l’antiviral remdésivir, dont l’utilisation auprès de certains patients a reçu le feu vert de Santé Canada mardi. Il s’agit du premier médicament autorisé par l’agence fédérale pour traiter le virus.

« On n’a pas grand-chose pour combattre cette maladie. Plus on en a, mieux c’est », lance d’emblée le président de l’Ordre des pharmaciens du Québec, Bertrand Bolduc. Il souligne toutefois que l’utilisation du produit reste, pour le moment, « plutôt limitée ».

Car ne recevra pas le remdésivir qui veut. D’abord parce qu’il peut seulement être administré par intraveineuse et dans des établissements de soins où les patients peuvent être « suivis de près », précise Santé Canada.

Les patients admissibles doivent quant à eux présenter des « symptômes graves » de la COVID-19. Ils doivent aussi souffrir d’une pneumonie et avoir besoin d’un apport additionnel d’oxygène pour les aider à respirer. Que ce soit via un masque ou, dans les cas plus lourds, un respirateur artificiel.

Les malades doivent également être âgés de plus de 12 ans et peser au moins 40 kilos. L’autorisation conditionnelle émise mardi ne s’applique pas aux femmes enceintes.

Deuxième vague

Ces critères réduisent passablement le bassin de candidats, reprend Bertrand Bolduc. « Le nombre de cas aux soins intensifs est minime », note-t-il. Le Québec en comptait seulement huit mardi, une personne de moins que la veille.

Cela étant, cet « outil » supplémentaire est « une bonne nouvelle », insiste-t-il. « S’il y a une deuxième vague ou que le virus mute et devient plus difficile à combattre, on pourra se servir de ce médicament. »

« C’est un pas dans la bonne direction, mais ce n’est pas la panacée, commente de son côté la Dre Cécile Tremblay, microbiologiste-infectiologue au CHUM. On a encore besoin de développer d’autres médicaments qui vont pouvoir être donnés à d’autres phases de la maladie et qui pourront être encore plus efficaces. »

Sans compter que les stocks mondiaux de remdésivir sont « très faibles », a averti en point de presse la Dre Theresa Tam, administratrice en chef de la santé publique du Canada. L’antiviral sera fabriqué au pays par une filiale du laboratoire américain qui l’a développé, Gilead Sciences.

Pour rappel, le président américain a déjà annoncé qu’il mettait la main sur 92 % de la production du médicament. Cela représente 500 000 traitements sur les 550 000 que doit produire la firme pharmaceutique entre juillet et septembre prochain.

Essai clinique

Le remdésivir — qui portera le nom de marque Veklury — a d’abord été fabriqué pour lutter contre Ebola.

Le « mécanisme d’action » de ce médicament est un analogue de nucléosides, qui vise à empêcher la réplication virale dans les cellules infectées, explique la Dre Tremblay. Puisque « ce mécanisme est assez universel pour plusieurs types de virus », des chercheurs se sont interrogés s’il pouvait agir contre le SRAS-CoV-2. « Ce qui a été démontré », dit-elle, quoique les effets sont jugés modestes.

L’antiviral a en effet passé sous la loupe d’un essai clinique de phase III au mois de février. L’étude a été menée par le National Institute for Allergy and Infectious Diseases des États-Unis auprès de 1063 participants atteints de la COVID-19.

Le remdésivir a réduit la durée d’hospitalisation d’au moins trois jours chez les patients dont les voies respiratoires inférieures étaient infectées, comparativement au placebo. Il n’a toutefois pas eu d’incidence significative sur le taux de mortalité.

Les résultats ont été publiés il y a quelques semaines dans la revue médicale The New England Journal of Medicine.

En s’appuyant sur ces conclusions, plusieurs pays, dont les États-Unis et le Japon, puis la Commission européenne, ont approuvé une utilisation conditionnelle ou d’urgence du médicament dans les hôpitaux. Le Canada leur a ainsi emboîté le pas mardi, après avoir scruté les données disponibles sur le remdésivir.

Au bout de cet examen accéléré de six semaines, « les bienfaits du médicament l’emportent sur ses risques lorsqu’il est utilisé pour les indications autorisées », a tranché Santé Canada.

L’agence fédérale promet de s’assurer de l’innocuité du remdésivir. Des essais cliniques sont aussi en cours pour voir, entre autres, s’il peut être jumelé à d’autres médicaments.


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2 commentaires
  • Robert Beaulieu - Abonné 29 juillet 2020 10 h 47

    Toute l'information?

    Très surprenant que l'on présente un article sur les traitements possibles pour soigner les gens au prise avec le virus vedette sans la moindre mention de l'hydroxychloroquine utilisé avec l'azithromycine et le zinc. Pourtant, l'utilisation de ces produits en combinaison, au bon moment et à un dosage précis, a sauvé bien des vies un peu partout dans le monde et ces cas sont bien documentés. Le plus célèbre à Marseille en France où le Docteur Didier Raoult et une équipe de quelques trois cents médecins, spécialistes et chercheurs ont soignés des milliers de personnes infectées avec succès depuis le début de la crise. Cette équipe a d'ailleurs soumis une étude à grande échelle pour révision par des pairs qui démontre l'efficacité des substances nommées plus haut. Le coût apparemment très bas de ce traitement (hydroxychloroquine) est évidemment un autre facteur à considérer. L'article sur le remdésivir ne fait d'ailleurs aucune mention de son coût qui est je crois très élevé. Ces information sont essentielles à savoir dans le contexte actuel pour que tous aient une bonne compréhension de la situation.

    • André Bastien - Abonné 30 juillet 2020 14 h 53

      Toutes les informations? Vous omettez de dire que plusieurs recherches dans plusieurs pays ont démontré que l'hydroxychloroquine n'a aucun effet positif contre la COVID-19 et augmente les risques de problèmes cardiaques.