Le CHSLD Aux Trois Pignons pris en charge par le CIUSSS

La résidence pour aînés en question est aux prises avec une éclosion de COVID-19 depuis le 11 juillet.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir La résidence pour aînés en question est aux prises avec une éclosion de COVID-19 depuis le 11 juillet.

Équipement adapté manquant, mesures de prévention contre la COVID-19 déficientes et distribution de nourriture sans tenir compte des besoins alimentaires des patients… Un employé du CIUSSS de la Capitale-Nationale dépêché à l’Auberge aux Trois Pignons la semaine dernière a rapidement constaté des lacunes à son arrivée. Cette résidence privée pour aînés de la région de Québec a été prise en charge par le CIUSSS mardi et fera l’objet d’une enquête indépendante.

« Ce qui m’a choqué, c’est que ça fait plus de quatre mois qu’on est en pandémie et j’aurais pensé qu’ils auraient été plus prêts que ça », a affirmé cet employé sous le couvert de l’anonymat. Le Devoir a accepté de ne pas révéler son identité puisqu’il n’était pas autorisé à parler publiquement.

L’Auberge aux Trois Pignons est aux prises avec une éclosion de COVID-19 depuis le 11 juillet. Un dépistage massif, après la détection du premier cas, en a révélé 20 autres chez les usagers et les employés. Le nombre a grimpé à 28 depuis, la majorité parmi les résidents. Trois personnes ont succombé à la maladie.

« Ça a créé beaucoup de problèmes parce que jeudi dernier, le cuisinier a été testé positif COVID et tout le staff de la cuisine est parti la journée même, donc ça a été le branle-bas de combat pour pouvoir alimenter les résidents, a raconté l’employé. Ils ont finalement commandé du poulet Benny pour 120 personnes à peu près et, là, il fallait désosser le poulet. Les résidents ont mangé à 20 h. »

Certains de ces résidents souffrent de dysphagie, mais cette information n’était pas indiquée pour la distribution des repas. Les patients atteints de dysphagie ont de la difficulté à avaler des aliments. Deux médecins qui ont tiré la sonnette d’alarme en début de semaine ont rapporté, entre autres, avoir vu des cas d’étouffement. Depuis la semaine dernière, les patients dysphagiques sont identifiés par un bracelet jaune.

« On nous dit de mettre les débarbouillettes et les serviettes souillées par terre dans le corridor devant la chambre de la personne et les ramasser plus tard en groupe dans des sacs à poubelle, a indiqué l’employé qui travaille en zone chaude. En CHSLD, c’est quelque chose qui serait proscrit, on n’a pas le droit de faire ça. Il faut se promener avec notre chariot et on doit chaque fois qu’on quitte une chambre, mettre la culotte d’incontinence dans une poubelle à droite et les serviettes toutes souillées dans un autre truc à gauche. Ça évite la propagation du virus, ça évite aussi des chutes parce qu’une personne semi-autonome qui marche pour se rendre à sa chambre pourrait juste s’enfarger là-dedans. »

Il déplore également le manque de fauteuils et de lits adaptés pour les résidents. Il a toutefois tenu à souligner le travail des préposés aux bénéficiaires de la résidence qui sont démoralisés par l’ampleur de la situation. « Ils font du bon travail et ils l’ont vraiment à cœur, a-t-il affirmé. Hier, j’en voyais qui pleuraient pendant leur pause parce qu’ils se disaient “ça n’a pas de bon sens”, ils le prenaient comme si c’était de leur faute. »

Enquête indépendante

La ministre responsable des Aînés, Marguerite Blais, a annoncé en conférence de presse mardi que l’Auberge aux Trois Pignons ferait l’objet d’une enquête indépendante. Plus tard dans la journée, le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de la Capitale-Nationale prenait en charge les soins et les services de la résidence pour stabiliser la situation.

« Ce que je peux vous dire, c’est qu’un propriétaire de résidence pour aînés dans sa certification a l’obligation d’aviser immédiatement le CISSS et le CIUSSS s’il y a des difficultés dans son établissement », a répondu la ministre lorsqu’un journaliste lui a demandé si le propriétaire aurait dû exiger immédiatement une aide d’urgence. « On veut connaître la rapidité avec laquelle ça a été fait, a-t-elle ajouté. Ça a pris combien de temps avant que ça se fasse ? On veut avoir le portrait juste. C’est la raison pour laquelle on demande une enquête indépendante. »

Deux médecins avaient tiré la sonnette d’alarme au cours des derniers jours dans les médias. Elles ont rapporté un manque de personnel qui mettait la sécurité des patients en jeu et l’absence de la direction de l’établissement. Des employés auraient démissionné en bloc après la détection des premiers cas d’infection au coronavirus. Les médecins ont également dénoncé la lenteur du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de la Capitale-Nationale.

« Le CIUSSS de la Capitale-Nationale a réagi rapidement, a affirmé Mme Blais. Il y a entre 40 et 50 personnes qui sont allées prêter main-forte dans cette résidence. Oui, il n’y avait plus personne à un moment donné pour préparer les repas. Les repas venaient de l’extérieur. Pour certaines personnes qui ont des problèmes de dysphagie, c’était impossible, mais là il y a quelqu’un qui est aux cuisines, qui est au four pour être capable de préparer des repas… »

Le propriétaire de l’Auberge aux Trois Pignons, Guy Lemay, devra apporter des améliorations s’il veut conserver la certification de sa résidence. Au moment où ces lignes étaient écrites, Le Devoir n’avait pas réussi à le joindre. « On a convenu avec lui que c’était mieux que, nous, on prenne en charge l’ensemble des opérations qui sont liées à l’activité clientèle et il a accepté », a affirmé le président-directeur général du CIUSSS de la Capitale-Nationale, Guy Thibodeau, en entrevue.

La ministre Blais a indiqué que l’enquête serait menée le plus rapidement possible. Aucun nouveau cas de COVID-19 n’a été rapporté dans l’établissement depuis cinq jours, selon le CIUSSS de la Capitale-Nationale.

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