Des résultats prometteurs pour deux vaccins mis à l’essai

Adrian Hill, directeur de l’Institut Jenner, dirige les recherches pour trouver un vaccin contre la COVID-19 à l’Université d’Oxford.
Photo: John Cairns University of Oxford via Associated Press Adrian Hill, directeur de l’Institut Jenner, dirige les recherches pour trouver un vaccin contre la COVID-19 à l’Université d’Oxford.

Le monde se rapproche-t-il d’un vaccin contre la COVID-19 ? Deux candidats, l'un chinois et l'autre britannique, ont offert des résultats encourageants après avoir été testés sur des patients. Mais dans les deux cas, la phase cruciale des essais cliniques reste à faire avant d’envisager une commercialisation à grande échelle.

Ces résultats, très attendus au sein de la communauté scientifique, ont été publiés coup sur coup dans la prestigieuse revue scientifique The Lancet, lundi.

Le vaccin développé au Royaume-Uni est le fruit d’un partenariat entre l’Université d’Oxford et la pharmaceutique AstraZeneca. Au terme d’une étude clinique réalisée sur plus de 1000 patients, il a entraîné deux réponses immunitaires distinctes : des anticorps, mais aussi des lymphocytes T. Il s’agit de globules blancs qui combattent les organismes agresseurs — comme le SRAS-CoV-2 — et gardent en mémoire leurs caractéristiques en cas de nouvelle infection.

Cette double réponse immunitaire a aussi été observée chez la vaste majorité des patients ayant reçu le vaccin chinois, qui est présentement développé à Wuhan et financé par le géant de la biotechnologie CanSino. Environ 500 personnes ont participé à l’essai clinique.

Les deux vaccins sont basés sur un adénovirus, de chimpanzé dans le cas d’Oxford et d’humain pour CanSino. Cette famille de virus, très courants, cause des maladies respiratoires telle la grippe saisonnière. Ils ont toutefois été génétiquement modifiés pour produire la protéine virale du nouveau coronavirus et éviter une réplication dans l’organisme.

Près d’un mois après l’injection (28 jours), plus de 90 % des participants de l’essai britannique présentaient des anticorps neutralisants dans le sang, et environ 85 % dans l’essai chinois. Autre bonne nouvelle : aucun effet secondaire grave n’a été signalé après les tests. Les effets de la vaccination se sont essentiellement limités à des maux de tête, de la fièvre, de la fatigue ou une douleur au point d’injection.

« C’est un résultat positif, mais il reste encore un long chemin à parcourir », a commenté le directeur des situations d’urgences sanitaires de l’Organisation mondiale de la santé, Michael Ryan. C’est « un pas dans la bonne direction », mais « d’autres essais sont encore nécessaires », a de son côté réagi le premier ministre britannique, Boris Johnson.

Alain Lamarre, professeur en immunologie et en virologie à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS), est du même avis. Les deux vaccins, non dangereux, ont déclenché « une réponse immunitaire semblable à celle développée naturellement chez les personnes infectées », dit-il en entrevue. Mais les essais cliniques restent préliminaires.

C’est un résultat positif, mais il reste encore un long chemin à parcourir

 

« On parle de quelques centaines de personnes testées. C’est relativement petit pour pouvoir extrapoler à la population en général », illustre le spécialiste. Sans compter que les patients impliqués sont « des volontaires d’âge adulte en bonne santé ».

Ultime phase

Seul l’essai chinois regroupait des patients ayant plus de 55 ans. Ceux-ci avaient d’ailleurs des taux moins élevés d’anticorps. « Il est possible qu’une dose supplémentaire [de vaccin] soit nécessaire pour entraîner une réponse immunitaire plus forte dans la population âgée », a jugé l’un des auteurs de l’étude, Wei Chen, de l’Institut de biotechnologie de Pékin.

Pour éclaircir cette zone grise, entre autres, les deux vaccins candidats doivent encore franchir la troisième et ultime phase de leur développement, reprend Alain Lamarre de l’INRS.

Pendant cette étape « cruciale », on évalue l’efficacité du vaccin pour protéger de la maladie infectieuse en l’administrant à des milliers de personnes. Des personnes âgées ou des enfants, par exemple, ou encore des citoyens qui souffrent de maladies chroniques, donc plus à risque de complications.

Aussi, cette phase se déroule dans le contexte « naturel » de la maladie, nécessitant des personnes contaminées dans un vrai contexte. « On est un peu à la merci du hasard et de l’évolution de la pandémie au niveau local », résume M. Lamarre.

Peut-on tout de même espérer un vaccin d’ici la fin de l’année ? Avec une prudence toute scientifique, le professeur estime le calendrier plausible, mais penche plutôt pour début 2021. « Mais ça peut changer rapidement », lance-t-il. Il n’est pas rare que des projets de vaccins échouent à la troisième phase, faute de patients.

Autrement dit, la course que se livrent chercheurs et laboratoires à travers le monde — dont au Canada — n’est pas près de se terminer. Près de 200 projets de vaccins sont sur les rangs, et 23 sont actuellement testés sur des humains.

Avec l’Agence France-Presse

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