Une piste pour repérer les patients à risque d’avoir une forme grave de la COVID-19

Une unité de soins intensifs à l'hôpital Sharda, dans la ville de Greater Noida, près de New Dehli, en Inde
Photo: Xavier Galiana Agence France-Presse Une unité de soins intensifs à l'hôpital Sharda, dans la ville de Greater Noida, près de New Dehli, en Inde

Une étude de chercheurs français montre que le déficit dans le sang d’une protéine normalement produite par le système immunitaire « pourrait être la marque des formes graves de COVID-19 », un résultat qui pourrait aider à repérer les patients à risque.

« Le déficit en interférons de type 1 dans le sang pourrait être une signature des formes sévères de COVID-19 », conclut cette étude parue cette semaine dans la revue américaine Science.

Les interférons sont des protéines de la famille des cytokines produites notamment par les cellules du système immunitaire en réponse à la présence d’une infection.

Environ 5 % des personnes atteintes de la COVID-19 évoluent vers une forme grave ou critique, avec une pneumonie sévère se transformant en syndrome de détresse respiratoire aiguë, qui survient souvent 9 à 12 jours après l’apparition de premiers symptômes légers à modérés.

Les chercheurs estiment que cette aggravation est provoquée par une forte augmentation des cytokines, qui provoque un emballement de la « réponse inflammatoire » de l’organisme. Mais les médecins ne savent pas dire précisément quels patients vont développer cette forme grave de la maladie, au-delà des facteurs de risque observés (diabète, obésité, âge avancé, etc.)

Or, il s’agit d’« une question essentielle […] pour améliorer la prise en charge individuelle et le pronostic de ces patients », observent jeudi dans un communiqué l’Inserm, l’Université de Paris, l’Institut Imagine, l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris et l’Institut Pasteur.

Les auteurs de l’étude, issus de ces organismes, ont pratiqué des analyses sur 50 patients atteints de la COVID-19, avec des degrés de gravité différents.

Il en ressort que chez les patients gravement malades, « la production et l’activité des interférons de type 1 sont fortement diminuées ». Ils présentent également « une charge virale sanguine persistante, témoignant du mauvais contrôle de la réplication virale par le système immunitaire des patients et conduisant à l’emballement d’une réponse inflammatoire inefficace et pathologique ».

L’étude révèle par ailleurs que « de faibles taux d’interférons de type 1 dans le plasma précèdent l’aggravation clinique des patients et leur transfert en soins intensifs ». Par conséquent, la déficience en interférons de type 1 « pourrait être une signature des formes graves de la COVID-19 et pourrait permettre d’identifier une population à haut risque ».

De plus, ces résultats « soulignent l’intérêt d’approches thérapeutiques associant l’administration précoce d’interférons avec une thérapie anti-inflammatoire adaptée […] chez les patients en prévention d’une forme sévère », concluent les auteurs.