Montréal imposera le masque

Une «période d’adaptation et de grâce [sera accordée] afin que tout le monde soit prêt», a dit Valérie Plante.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Une «période d’adaptation et de grâce [sera accordée] afin que tout le monde soit prêt», a dit Valérie Plante.

La Ville de Montréal a décidé lundi de faire un pas que le gouvernement Legault hésite toujours à franchir : elle rendra obligatoire le port du masque dans tous les lieux publics fermés de son territoire à compter du 27 juillet. Une décision qui a été reçue froidement à Québec.

« Nous avons pris connaissance de l’annonce de la Ville de Montréal en fin de journée, a indiqué au Devoir le cabinet de François Legault. Il reste beaucoup de questions sans réponses. Nous aurons des discussions avec la Ville de Montréal. »

Or, la mairesse Valérie Plante estime qu’il n’y a plus de raison d’attendre.

« Au cours des derniers jours, nous avons été témoins de l’émergence de certains foyers d’éclosion en banlieue de la métropole, qui pourrait venir miner les efforts que nous faisons depuis le début de cette pandémie », a-t-elle indiqué sur sa page Facebook.

« Nous devons tout mettre en œuvre pour nous protéger, a soutenu Mme Plante. Un retour en arrière serait un désastre pour des vies humaines et pour notre économie. »

La Ville travaille donc sur un « règlement rendant obligatoire le port du couvre-visage dans les lieux publics fermés ». La mairesse a indiqué que Montréal se basera sur les expériences d’autres villes canadiennes pour bien encadrer la mesure.

Montréal souhaite que son règlement entre en vigueur en même temps que l’obligation de porter un couvre-visage dans les transports en commun — une mesure dévoilée la semaine dernière par le premier ministre Legault.

Nous devons tout mettre en oeuvre pour nous protéger. Un retour en arrière serait un désastre pour des vies humaines et pour notre économie.

Pour le moment, Québec n’entend pas aller plus loin que ça. Lundi, le nouveau ministre de la Santé, Christian Dubé, a réitéré que Québec « se fie à l’intelligence des gens » pour suivre les recommandations de la Santé publique. « Nous avons dit que, si les tendances dans les données nous montraient qu’il y a un danger, nous allons modifier notre politique », a-t-il répondu lorsqu’il a été interrogé sur le port obligatoire du masque.

On recensait lundi 74 nouveaux cas au Québec, pour un total de 55 937 personnes infectées. Le nombre d’hospitalisations était en hausse de six, à 377. Une personne de moins se trouvait aux soins intensifs, soit 25. Seulement huit infections s’étaient ajoutées dans la région de Montréal par rapport à dimanche, pour un total de 27 425.

À détailler

 

Outre de dire que le masque sera obligatoire dans les lieux publics fermés, Valérie Plante n’a pas donné davantage de détails sur les établissements touchés par le règlement à venir.

À Toronto, par exemple, le masque sera exigé à compter de mardi dans tous les commerces de détail, les épiceries, les lieux de culte, les centres communautaires, les musées et les théâtres. Le règlement s’applique aussi aux bars, aux restaurants et aux gymnases, mais permet un retrait temporaire du couvre-visage lors des repas ou de la séance d’entraînement. Quelques exceptions s’appliquent.

Une « période d’adaptation et de grâce [sera accordée] afin que tout le monde soit prêt », a dit Valérie Plante. « À terme », Montréal « n’hésitera pas à sévir à l’endroit des contrevenants afin de faire respecter l’application du règlement », a-t-elle prévenu. Mais il s’agit surtout « d’une façon d’aider les commerçants à faire respecter plus facilement les règles auprès de leurs clients, et de cibler une minorité d’établissements délinquants ».

Les bars

 

Plus tôt dans la journée, Québec avait lui aussi durci le ton par rapport à certains récalcitrants — dans le cas présent, des propriétaires de bars, principalement.

« Ce que j’ai vu au cours des derniers jours n’est pas acceptable », a soutenu en point de presse Christian Dubé. « Je veux être clair : les fautifs devront être sanctionnés, et nous n’hésiterons pas à fermer des établissements. »

La fin de semaine qui vient de s’écouler a en effet été marquée par diverses transgressions dans différents établissements : pistes de danse bondées, distanciation physique non respectée : le « party » a levé ici et là, et Québec entend bien le casser. « Le virus circule », a rappelé le directeur national de santé publique, Horacio Arruda.

À terme, [Montréal] n’hésitera pas à sévir à l’endroit des contrevenants afin de faire respecter l’application du règlement

 

Des amendes, des établissements fermés, des permis suspendus, voire un reconfinement complet du secteur des bars : le gouvernement Legault étudie maintenant toutes les options pour s’assurer que les « incidents » de la fin de semaine dernière ne se reproduiront pas.

M. Arruda a indiqué ne pas vouloir « punir tout le monde. Mais si les bars deviennent des milieux de transmission, c’est clair qu’on va les arrêter ».

« Ce n’est pas ce qu’on souhaite faire [confiner le secteur], mais on peut juste regarder ce qui se passe dans certains États américains » pour comprendre les effets collatéraux de ce genre de comportements, a fait valoir Christian Dubé. « Il n’est pas question qu’une minorité de délinquants mettent à risque la santé ou la relance du Québec. »

M. Dubé a donc demandé à sa sous-ministre de lui soumettre d’ici jeudi une liste de recommandations pour « voir ce qui doit être fait, ou modifié », dans les directives déjà en place, dont l’application serait « difficile ».

Plusieurs interlocuteurs sont mis à contribution pour étudier différentes options : comment suspendre les permis d’exploitation en cas de non-respect des règles ; quelles amendes imposer aux propriétaires et aux clients ; à partir de quel point envisager « de reconfiner les bars ».

M. Dubé a promis des « mesures très claires » pour la suite des choses.

Malaise

 

La directrice générale de l’Association des sociétés de développement commercial (SDC) de Montréal, Caroline Tessier, estime que la décision de la Ville facilitera la vie des commerçants. Ces derniers ont implanté des mesures de protection, mais un certain malaise pouvait être ressenti chez les clients entre eux, selon elle.

« C’est sûr que ce n’est pas tout le monde qui respecte les règlements, mais quand il y a des conséquences, ça devient un levier pour les commerçants. »

Stéphane Drouin, directeur général du Conseil québécois du commerce de détail, affirme qu’environ 50 % des clients portaient déjà un masque dans les établissements. Il craint toutefois qu’un règlement ait pour effet d’empêcher les résidents de l’extérieur de la métropole de venir magasiner à Montréal.

L’application de ce règlement serait possible dans les bars quand les gens se déplacent à l’intérieur des établissements, croit quant à lui Pierre Thibault, président de la Nouvelle association des bars du Québec (NABQ). « Ça sécuriserait beaucoup de gens. On sent qu’il y a un certain laisser-aller. Le port du masque ramènerait un civisme sanitaire », souligne-t-il.

Fermer à minuit ?

M. Thibault a par ailleurs bien accueilli la décision du gouvernement de resserrer les règles qui encadrent le secteur des bars — dans la mesure où il s’agit de soutenir les bons élèves et de sévir auprès des récalcitrants.

Selon lui, les tenanciers devraient fermer boutique à minuit pour éviter au maximum les dérapages. « C’est souvent dans les trois dernières heures que ça devient difficile de contrôler tout le monde », note-t-il. Pierre Thibault croit également que la police devrait patrouiller davantage autour des bars et des restaurants de la province.

Cela dit, le message lancé lundi par Québec n’a pas eu le même effet partout. Philippe Haman, copropriétaire de quatre établissements La Distillerie à Montréal, appréhende déjà le pire. « Soit on veut nous faire peur, soit la décision de tout fermer est prise, et ça s’en vient », laisse-t-il tomber.

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