Pas de vaccination universelle contre la grippe

Québec n’offrira pas la vaccination universelle contre l’influenza pour protéger les hôpitaux en prévision d’une deuxième vague de COVID-19 et concentrera plutôt son tir sur les clientèles à risque.

C’est pour l’instant la conclusion à laquelle en est arrivé le Comité d’immunisation du Québec (CIQ), qui conseille le gouvernement sur les orientations à prendre en matière de vaccination. Depuis plusieurs semaines, ce comité jonglait avec la possibilité de devancer le calendrier de vaccination de l’influenza et de l’élargir à plusieurs pans de la population pour s’assurer qu’une épidémie d’influenza n’altère pas la capacité des hôpitaux à faire face à la recrudescence possible des cas de COVID-19 au cours des prochains mois.

Or, selon le Dr Gaston De Serres, membre du CIQ et épidémiologiste à l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), à la lumière des informations actuelles, le Comité conclut que vacciner les populations vulnérables, notamment les jeunes enfants, les aînés et les adultes atteints de maladies chroniques, sera suffisant pour prévenir une hausse des hospitalisations.

« Notre but, c’est d’augmenter la couverture des gens à risque, pas des gens en bonne santé dont les risques de complications et d’hospitalisations sont très faibles », affirme le Dr De Serres.

Dans le contexte de la pandémie de COVID-19, le problème n’est pas que plusieurs personnes contractent l’influenza, ajoute-t-il, mais que certains développent des complications (dont la pneumonie) qui exerceraient une pression supplémentaire sur les hospitalisations ou les unités de soins intensifs.

Certains organismes, notamment la Coalition priorité cancer au Québec, ont réclamé que la vaccination soit devancée et élargie pour éviter notamment que les soins aux patients atteints de cancer soient perturbés par un nouveau délestage d’activités pour contrer une surcharge dans les hôpitaux.

Notre but, c’est d’augmenter la couverture des gens à risque, pas des gens en bonne santé dont les risques de complications et d’hospitalisations sont très faibles

 

Mais selon le Dr De Serres, rien n’indique, à l’heure actuelle, que l’épidémie d’influenza se corsera au cours des prochains mois et ajoutera au fardeau déjà généré par la COVID-19. « Si on regarde ce qui se passe dans l’hémisphère sud, notamment en Australie où la saison de la grippe est déjà commencée, les indicateurs sont à leur plus bas niveau », dit-il.

Pour l’instant, les épidémiologistes font l’hypothèse que les mois de confinement et les mesures de prévention contre la COVID-19, dont le port du masque et la distanciation physique, ont eu un effet direct sur la circulation du virus de l’influenza, par ailleurs moins contagieux que le SRAS-CoV-2. « Il est fort possible que la prochaine saison de la grippe soit très tranquille. Tout va dépendre du comportement des gens », affirme le Dr De Serres.

« La seule bonne nouvelle, c’est que tout ce qu’on fait pour la COVID nous aide à contenir l’influenza, ainsi que tous les autres virus respiratoires qui entraînent des symptômes d’allure grippale », ajoute cet expert.

Par ailleurs, la hausse importante de la demande de vaccins contre l’influenza, partout dans le monde, rend pratiquement impossible le devancement du calendrier de vaccination. Québec a commandé deux millions de doses, soit 25 % de plus que l’année dernière. « Les vaccins sont donnés en octobre à cause des délais de fabrication. Une vaccination précoce ne dépend pas de nous, mais de la disponibilité des stocks », explique ce membre du CIQ.

Cibler les plus fragiles

Pour cette raison, Québec centrera sa prochaine campagne de sensibilisation contre la grippe sur les personnes atteintes de maladies chroniques, dont seulement 39 % ont été vaccinées lors de la saison 2017-2018, et moins du quart chez les moins de 65 ans. Un ratio qui est loin d’être optimal, selon le Dr De Serres.

La protection vaccinale a plafonné à 48 % chez les 65 ans à 74 ans en 2017-2018 et à 65 % chez les plus de 75 ans. Toutefois, elle ne dépassait pas 38 % chez les travailleurs de la santé, identifiés comme des vecteurs de contagion importants auprès des patients hospitalisés, notamment au plus fort de la pandémie de COVID-19.

« On va insister auprès des travailleurs de la santé pour qu’ils se fassent vacciner. Contrairement à la COVID, la grippe n’est contagieuse que lorsque les gens sont malades. Donc, les éléments qui ont nui dans le cas de la COVID dans notre réseau, notamment la présence de porteurs asymptomatiques, ne sont pas les mêmes. Mais il est clair que, quel que soit le virus, la recommandation de ne pas aller travailler quand on est malade va être mise en avant encore plus étroitement cette année », ajoute le Dr De Serres.

Vaccination scolaire en péril ?

Le confinement du printemps dernier a entraîné un ralentissement marqué de la vaccination des jeunes enfants contre la rubéole, la rougeole et les oreillons (vaccin RRO), affirme l’épidémiologiste. Il presse que cette vaccination redevienne « une grande priorité ». Toutefois, il craint le contexte incertain lié à la rentrée scolaire et se demande « si la situation de la pandémie rendra possible la vaccination cet automne », compte tenu de la main-d’œuvre nécessaire. « Si on maîtrise bien la situation [de la COVID], ça va pouvoir continuer. Sinon, il faudra évaluer les risques engendrés par le report de ces vaccins. »

Au secondaire, le sort des programmes de vaccination prévus en milieu scolaire dépendra aussi de la capacité à mobiliser les équipes de vaccination et des modalités de la prochaine rentrée.

La vaccination des élèves contre les hépatites A et B et contre le virus du papillome humain (VPH) réalisée en 4e secondaire et celle contre le méningocoque C, la diphtérie et le tétanos en 3e secondaire ont aussi été interrompues par la pandémie. Mais, selon le Dr De Serres, le report d’une année de ces vaccins serait sans grande conséquence.

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