Le dépistage ne fait pas l’unanimité parmi les travailleurs de la santé

Bien que marginales, des poches de résistance au dépistage existent parmi les travailleurs de la santé du Québec.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Bien que marginales, des poches de résistance au dépistage existent parmi les travailleurs de la santé du Québec.

Des travailleurs de la santé refusent de se soumettre aux tests de dépistage de la COVID-19 ; un mouvement marginal qui laisse toutefois présager l’existence de poches de résistance à une éventuelle campagne de vaccination contre le coronavirus au sein même du réseau de la santé.

Le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) n’a pas donné suite à notre demande visant à savoir combien de travailleurs du réseau de la santé ont refusé de se faire tester. Des organisations syndicales nous ont toutefois confirmé que quelques cas sont survenus dans les dernières semaines.

Le blogueur Xavier Camus a mis au jour la semaine dernière le cas d’une infirmière auxiliaire qui travaille dans un hôpital et qui refuse d’être testée. Sur sa page Facebook, elle mentionne notamment qu’« une quarantaine de 14 jours est plus sûre qu’un test de COVID-19 négatif qui peut s’avérer [sic] faux ». Cette infirmière auxiliaire relaie également sur sa page des vidéos remettant en question le bien-fondé
du confinement et faisant écho aux théories du complot.

Invoquant son code de déontologie, l’avocat Guy Bertrand n’a pas voulu nous confirmer s’il représente cette infirmière auxiliaire ou d’autres travailleurs de la santé ayant voulu exercer un droit de refus. Me Bertrand a déposé le 8 juin en Cour supérieure un pourvoi en contrôle judiciaire visant à forcer le gouvernement québécois à rendre des comptes sur sa gestion — jugée exagérée — de la pandémie. « C’est dans le même esprit [que les travailleurs refusent de se faire tester]. Une bonne partie de la population — probablement une faible majorité — est contre tout ce qui a été imposé par l’État [durant la pandémie] », explique-t-il en entrevue.

Le gouvernement aurait les leviers nécessaires pour imposer aux travailleurs de la santé de se faire tester, estime Me Bertrand. Actuellement, le MSSS affirme plutôt que le dépistage est effectué sur une base volontaire, même pour les employés ayant des symptômes compatibles avec la COVID-19. Les cas de refus sont gérés au cas par cas par les établissements.

Certains CISSS et CIUSSS nous ont tout de même indiqué que le dépistage est obligatoire dans certaines circonstances. Au CISSS de la Montérégie-Est, lors d’une éclosion de COVID-19 dans une unité ou lorsqu’un employé est symptomatique, le test de dépistage perd son caractère optionnel.

Au CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal, un travailleur récalcitrant sera retourné chez lui sans solde si un dépistage est jugé requis, puisque « nous devons prendre toutes les mesures pour assurer la sécurité de nos résidents ». Au CHUM, tout comme dans cinq CISSS et CIUSSS qui ont accepté de répondre à nos questions, il n’y a eu soit aucun refus à se faire tester soit de « très rares refus ». Plusieurs CISSS et CIUSSS, de même que le CUSM, n’ont pas répondu à nos questions.

Tant l’Ordre des infirmières et des infirmiers du Québec (OIIQ) que l’Ordre des infirmières et des infirmiers auxiliaires du Québec (OIIAQ) disent encourager leurs membres à se faire tester ; l’OIIQ mentionnant qu’il s’agit là d’« un facteur de succès non négligeable dans la lutte contre la propagation [de la COVID-19] ».

Rappelons que plusieurs travailleurs asymptomatiques sont soupçonnés d’avoir propagé la COVID-19, particulièrement dans les résidences pour aînés, au cours des premières semaines de la pandémie.

Et pour la vaccination ?

Si le refus de se faire tester soulève certaines préoccupations, la question de la vaccination en soulève encore plus. Ces travailleurs, ou d’autres, pourraient-ils résister à une campagne de vaccination qui viserait prioritairement les travailleurs en première ligne ?

Difficile à prédire, mentionne Jeff Begley, président de la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS-CSN). « J’ose espérer [qu’ils se feront vacciner]. Mais on est sur un terrain nouveau… » Une recommandation de la FSSS de se faire vacciner dépendra de l’efficacité du vaccin contre la COVID-19 et de ses effets secondaires, explique-t-il.

Linda Lapointe, vice-présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé (FIQ), estime tout de même que la grande majorité des travailleurs voudront se faire vacciner. Celle-ci convient toutefois qu’il existe une certaine réticence chez des travailleurs de la santé à se faire vacciner contre la grippe saisonnière. « Ce n’est pas toujours les mêmes souches qui sont prévues [pour l’influenza] que celles qui sont actives, tempère-t-elle. Mais pour la COVID-19, je ne crois pas que ce sera dur de les convaincre de se faire vacciner. »

En 2018, le taux de vaccination contre l’influenza chez les travailleurs de la santé était de 40,8 %, selon les données colligées par l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ). Pour la grippe H1N1 en 2009-2010, la couverture vaccinale chez les travailleurs de la santé âgés de 18 à 59 ans a atteint 85,3 %, toujours selon l’INSPQ.

Actuellement, aucune vaccination n’est obligatoire au Québec. Mais « un établissement de soins de santé peut exiger comme condition d’embauche ou pour l’accès à certains postes qu’une personne reçoive des vaccins, ou fournisse une preuve de vaccination, si ces vaccins sont des mesures de prophylaxie ou des normes déterminées par le directeur de santé publique », indique Robert Maranda, porte-parole du MSSS.

L’article 123 de la Loi sur la santé publique prévoit qu’au cours de l’état d’urgence sanitaire, le gouvernement peut « ordonner la vaccination obligatoire de toute la population ou d’une certaine partie de celle-ci contre la variole ou contre une autre maladie contagieuse menaçant gravement la santé de la population ».

Une éventualité qui, si elle venait à se matérialiser, déboucherait fort probablement sur une lutte judiciaire.

À voir en vidéo

13 commentaires
  • Serge Lamarche - Abonné 29 juin 2020 05 h 07

    Le Québec a gagné

    On voit comment le Québec a gagné la course au covid.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 29 juin 2020 13 h 18

      C'est sûr c'est sûr avec tous ces génies on ne peut pas autre chose que grand vainqueur:
      « une quarantaine de 14 jours est plus sûre qu’un test de COVID-19 négatif qui peut s’avérer [sic] faux »

      Donc une journée de travail (ou alors un seul patient atteint) et 14 jours en retrait préventif c'est bien plus efficace...

      Après on se demande pourquoi le système de santé a perdu 20,000 employés !

      Oui, ce n'est pas 10,000 employés qui se sont absenté mais bien 20,000, comme l'a confirmer par François Legault.

      La question que personne ne se pose quand on fait un compratif du Québec avec le reste du Canada, ou ailleurs:

      Y a t"il un autre endroit ou le personnel a pris la fuite en si grand nombre ?

    • Serge Lamarche - Abonné 29 juin 2020 20 h 15

      Le pays couvrait les salaires des gens qui perdaient leurs emplois à cause de covid à hauteur de $500/semaine. 20000 personnes ont trouvé que le mieux était de rester à la maison avec ce pécule plutôt que de risquer d'être malade au travail.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 30 juin 2020 13 h 15

      Ce 500$ par semaine doit avoir sa part de responsabilité dans cette fuite de personnel, c'est certain.

      Mais le problème est plus systémique et pas juste limité à ce PCU. Le journal de Québec donnait que pour une personne infectée
      "une vingtaine d’infirmières de l’Hôtel-Dieu de Lévis ont été retirées de leur milieu de travail et placées en isolement après avoir été en contact avec un résident du Manoir Liverpool infecté à la COVID-19."
      www.journaldequebec.com/2020/03/29/manque-de-prote

      20 employés du réseaux étaient passé devant cette personne. C'est beaucoup de monde ça qui se présentent tour à tour devant un malade en temps de pandémie... Cela fait partie des cas qui devrait être vu de plus près: comment donc fait-on pour faire passer autant de personnelle devant un seul patient? Comment les gestionnaires en viennent t'ils a laisser partir pour 14 jours 20 employés pour un seul patient testé positif ?

      L'absentéisme était un gros problème de fond dans le réseaux de la santé bien avant la pandémie, et personne ne semble s'y attaquer. La covid a juste amplifier à l'extrême ce problème.

      Les administrations de tous niveaux semblent bien indifférentes à la chose. Comme le cas d'une employé qui se disait victime d'harcèlement de la part de sa supérieur dans un CHSLD.
      Et en arrêt de travail pour cette raison depuis.... 4 ans !

      Un cas de harcèlement cela se solutionne en quelques semaines. Pas en 4 ans.
      On se retrouve donc une administration d'hôpital indifférente, et une CNESST tout aussi indifférente au fait de privé le réseaux d'une employée pendant 4 ans. Et tout aussi indifférentes tous les deux aux coûts associés (près du quart de millions) pour zéro service a la population.

      Chacun a se dire "ce n'est pas dans ma description de tâche, ce n'est pas mon problème".

  • Simon Grenier - Abonné 29 juin 2020 06 h 53

    C'est tout de même amusant qu'une personne puisse affirmer que la quarantaine est totalement efficace mais que le confinement est inutile.

    Considérant ce métier à caractère scientifique et directement affecté par les absurdités véhiculées par cette travailleuse, il me semble que ce lien d'emploi devrait être revu, sinon rompu. Mais bon, on va laisser ça "à la discrétion des établissements, au cas par cas".

  • Raynald Blais - Abonné 29 juin 2020 07 h 23

    Bravo à l'un et chou à l'autre!

    Même s’il était de bon ton de casser du sucre sur le dos des travailleurs pour leur rappeler qu’ils sont employés pour créer une richesse qui ne leur appartient pas ou pour rendre des services qu’ils ne contrôlent pas, il y a une limite que la direction du journal Le Devoir serait gênés de voir franchir, soit celle de promouvoir la désinformation.
    Sans m’attarder à l’exigence tendancieuse d’une unanimité des travailleurs de la santé en faveur du dépistage, nécessité rendant suffisant un ou quelques cas "récalcitrant" pour porter ombrage à ces "anges gardiens", je voudrais m’inscrire en faux contre une tentative de désinformation à savoir que "plusieurs travailleurs asymptomatiques sont soupçonnés d’avoir propagé la COVID-19". Alors qu’il y avait une réelle pénurie d’articles de protection, de nombreux préposés devaient travailler, semaine après semaine, dans plusieurs CHSLD à la fois. Curieusement, à l’émission de la semaine verte où étaient rediffusés les grands moments de la lutte contre l’épidémie de grippe porcine en 2009, l’une des premières mesures décrétées fut celle d’interdire aux travailleurs de circuler d’une porcherie à l’autre. Bravo au ministère de l’agriculture et chou à celui de la santé!

    • Denis Drapeau - Abonné 29 juin 2020 10 h 07

      "plusieurs travailleurs asymptomatiques sont soupçonnés d’avoir propagé la COVID-19".

      Cette phrase ne dit pas que la propagation fut intentionnelle, elle exprime simplement un fait. Ce n'est pas de la désinformation c'est un fait que des soupçons existent, dû aux causes que vous exprimez ainsi qu'à la transmission communautaire dont n'importe qui pouvait être victime et transmettre le virus sans le vouloir. Peu importe la cause ou même la faute, si la personne se savait porteuse du virus, ce que soulève à juste titre cet article c'est le danger de refuser d'être testé ou, éventuellement, de refuser la vaccination toute en travaillant en première ligne dans le domaine de la santé.

      Mais si je refuse un teste ou un vaccin j'accentue consciemment le risque pour la santé des bénéficiaires et, ce faisant, je commets une faute. Il en est de même si l'employeur ne le suspend pas immédiatement de ces fonctions et sans solde afin d'en dissuader d'autre d'agir ainsi. Le ministère doit émettre des directives claires à ce sujet. Quant au congédiement, c'est une mesure qui ne serait ni nécessaire ni indiquée.

      Le fondement de toutes campagnes de teste ou de vaccination repose sur l'adage suivant: la liberté des uns s'arrête là où commence celle des autres; que l'on attribue à John Stuart Mill. Autrement dit, la liberté de refuser un teste ou un vaccin s'arrête là où commence la liberté de la collectivité de vivre en minimisant les risques de pandémie.

    • Raynald Blais - Abonné 29 juin 2020 11 h 41

      Si vous teniez à isoler ce fait, "le soupçon", pour le traiter théoriquement, il faudrait révéler les intérêts que cet "isolement de fait" sert pour évaluer objectivement votre raisonnement.

    • Raynald Richer - Abonné 29 juin 2020 13 h 22

      @M.Drapeau
      "plusieurs travailleurs asymptomatiques sont soupçonnés d’avoir propagé la COVID-19".

      "Cette phrase ne dit pas que la propagation fut intentionnelle, elle exprime simplement un fait"

      Le seul fait qu'exprime cette phrase est qu'il y a probablement des soupçons. Remaquer d'ailleurs, qu'il n'y a aucune référence sur qui a des soupçons et combien sont-ils. Bref, rien dans cette phrase fait référence a un fait. Ce ne sont que des affirmations gratuites non démontrées, comme le reste de cet article d'ailleurs.

  • Réal Boivin - Abonné 29 juin 2020 08 h 45

    Quel journal

    Lorsqu'on est rendu à prendre comme référence Xavier Camus pour écrire un article dans Le Devoir, on est rendu bien bas.

    • Raynald Richer - Abonné 29 juin 2020 13 h 14

      D'accord avec vous:
      Une journaliste qui cite un blogueur qui a trouvé une infirmière...

      Toute qu'une recherche sérieuse, Vraiment c'est n'importe quoi.

  • Élisabeth Germain - Abonnée 29 juin 2020 10 h 25

    Il y a une monde de différence entre "Rappelons que plusieurs travailleurs asymptomatiques sont soupçonnés d’avoir propagé la COVID-19 " et "On soupçonne que plusieurs travailleurs asymptomatiques ont pu propager la COVID-19)".

    La première phrase introduit la méfiance envers des individus précis que leurs collègues auraient identifiés. La seconde fait l'aveu d'une ignorance ou même d'une négligence du système de santé.

    Dans le premier cas, on serait tenté de stigmatiser ces individus et on peut même penser à des poursuites contre ces "coupables". Dans le second cas, on se questionne sur l'adéquation des mesures prises -ou pas prises - par les autorités sanitaires et les gestionnaires locaux. Ce qui me semble la voie utile et même nécessaire.

    Les journalistes ont la responsabilité de choisir comment ils décrivent une situation en pensant aux conclusions que leur description entraîne.