En photos | À distance (ou pas) à Montréal

Le confinement post-hivernal observé entre quatre murs beiges semble déjà lointain. Le compte des décès pique du nez au Québec, donnant à penser que le virus s’est ménagé des vacances. Les vestes tombent, le masque aussi. Les deux mètres de distance fondent chaque jour un peu plus au soleil. Est-ce que les Québécois prennent encore leurs précautions? Réponses en quelques photos, modifiées afin de préserver l’identité des personnes qui y figurent.

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1 Marché Jean-Talon | Malgré le soleil, les allées du marché public sont délaissées par les badauds, même si les étals, eux, sont bondés d’aliments frais. Un employé, non masqué, agrémente tous les clients d’un bon coup de « push-push », aux deux seules entrées prévues pour accéder aux comptoirs des marchands. Côté distanciation, pas de soucis. « Depuis le début de la saison, on a la moitié moins de clients. Quand les nouvelles sont bonnes, ils sont plus nombreux, mais quand ça va mal… », affirme un employé de la ferme René Plouffe, de l’Épiphanie, retranché derrière son écran translucide. Depuis que les touristes ont pris la poudre d’escampette, l’achalandage n’y est plus, se désole un autre vendeur. Croisé à la sortie, un client confirme : « Il n’y a pas grand monde, mais ça dépend des jours. Ici, au moins, tout se fait en plein air. C’est plus sécuritaire. » Adil Boukind Le Devoir / Montage Le Devoir
2 Parc Jarry | Dès les premiers jours de beaux temps, les confinés de l’hiver COVID se sont rabattus sur les plus beaux espaces verts de la ville, avec l’énergie de détenus en libération conditionnelle. Ici, le masque n’est pas de mise, et la distanciation physique fluctue au gré de la météo. Lors de notre passage, les deux mètres de distance s’étaient visiblement évaporés au soleil. Hubert Hayaud Le Devoir / Montage Le Devoir
3 Pharmacie Jean Coutu | À la pharmacie, la clientèle est éparse en ce début d’après-midi. À deux pas de l’entrée, une employée masquée accueille tous les clients d’un généreux nuage alcoolisé sur les mains. Au comptoir des prescriptions, pharmaciens et employés sont tous masqués. Et les clients ? « La plupart des clients portent un masque, car vous savez, on a beaucoup de personnes âgées », insiste une employée. À la caisse, une affiche jaune fluo apposée sur la paroi de plexiglas rappelle la consigne « d’un mètre » à respecter entre clients et employés. Adil Boukind Le Devoir / Montage Le Devoir
4 IKEA | Le magasin est encore fermé. Mais des centaines d’amateurs de meuble en kit font déjà le pied de grue dans un labyrinthe de clôtures, flanquées de préposés à la « circulation ». On se croirait aux douanes de l’aéroport Pierre-Elliott-Trudeau. Après 20 minutes de zigzag, les clients, en majorité non masqués, croisent une borne de désinfection dans l’entrée. Certains passent tout droit. Rayon cuisine, ça se bouscule au portillon. Sans les plexiglas installés aux postes des conseillers à la clientèle, on se croirait en mode prépandémique. Des employés portent le masque, d’autres, non. « On pensait qu’il n’y aurait pas grand monde, on est surpris. On le mettra [le masque] si c’est nécessaire », nous dit un couple non masqué. « Nous, on l’a oublié dans l’auto », affirment une cliente et son père. Les gens gardent pour la plupart leurs distances, mais pitonnent sur les écrans tactiles, ouvrent les tiroirs, manipulent objets et coussins. Au rayon marché : les 2 mètres de distance ont fondu. Aucun aménagement visible n’encourage la distanciation dans les rayons serrés où s’entasse la marchandise. Un décompte rapide de quatre groupes distincts de 50 personnes passé par le même endroit révèle, qu’en moyenne, moins du tiers portait le masque. À la sortie, l’ouverture de nombreuses caisses permet toutefois de disperser les acheteurs. Adil Boukind Le Devoir / Montage Le Devoir
5 SAQ | Dans le vestibule de la succursale du Marché Jean-Talon, une large pancarte rappelle, images à l’appui, les gestes de prévention essentiels. Dans le hall d’entrée, un employé très motivé interpelle avec force décibels les clients en file dehors, les avisant qu’une seule personne par « achat » peut passer la porte. Une station de « Purrell », gardée par deux employés, nous attend à l’entrée. À l’intérieur, il n’y a pas foule en ce milieu de semaine et les chariots ajoutent à la distance entre clients. Mais les conseillers en vin, quoique très courtois, ne sont pas masqués. Environ 50 % des clients le sont. La société d’État fait décidément figure de bon élève. Adil Boukind Le Devoir / Montage Le Devoir
6 Première Moisson | Avant même de mettre le pied dans la boulangerie, un employé ganté, visière enfoncée sur le front, joue les contrôleurs de la circulation. Pas question de passer la porte sans sa bénédiction. À notre arrivée, sur une douzaine de clients butinant autour du comptoir des viennoiseries, trois portent le masque. À l’entrée située côté bistrot, ça marche aussi au pas, notre préposé au trafic y étant sans appel. « Une seule personne par facture ! » Dehors, en terrasse, des clients attablés sur de petites tables espacées de beaucoup plus de deux mètres, savourent non seulement croissants et cafés, mais ce petit moment de bonheur arraché à la nouvelle normalité. Adil Boukind Le Devoir / Montage Le Devoir