Un répit nécessaire pour le personnel soignant

Catherine Couturier Collaboration spéciale
La COVID-19 est arrivée dans un contexte où le personnel était déjà surchargé, sans parler  de la faible valorisation de leur travail.
Aris Oikonomou Agence France-Presse La COVID-19 est arrivée dans un contexte où le personnel était déjà surchargé, sans parler de la faible valorisation de leur travail.

Ce texte fait partie du cahier spécial Santé mentale

Décrocher, se ressourcer, se réénergiser. Les vacances sont essentielles, surtout pour les travailleurs de la santé, si on veut que nos « anges gardiens » continuent à veiller sur nous.

Depuis le début de la crise, plus de 40 arrêtés ministériels ont été pris, dont plusieurs ayant des répercussions sur les conditions de travail des employés du secteur de la santé : horaires de travail, annulation de congés, etc. Des travailleurs et des syndicats ont dénoncé ces mesures « mur à mur », craignant que les vacances soient aussi restreintes. Après trois mois de marathon COVID-19, les travailleurs de la santé ont besoin de vacances, ont-ils fait valoir.

Prendre un temps de pause

« Toutes les études le démontrent : les vacances ont des retombées positives sur la santé mentale », observe AngeloSoares, professeur au Département d’organisation et ressources humaines à l’Université du Québec à Montréal. Diminution de l’épuisement, de l’anxiété et de la détresse, les vacances, même courtes, ont un effet positif chez tous les travailleurs.

Elles sont encore plus importantes dans ces temps de pandémie, puisque les travailleurs de la santé font face à des conditions difficiles et à un stress élevé. « Les vacances vont permettre de faire du rattrapage dans la vie privée et familiale », ajoute M. Soares. D’autant plus que la grande majorité des travailleurs de la santé sont en fait des travailleuses, précise Linda Lapointe, vice-présidente de la Fédération interprofessionnelle du Québec (FIQ), qui rassemble 76 000 infirmières, infirmières auxiliaires, inhalothérapeutes et perfusionnistes cliniques. « Même si les garderies priorisaient les travailleurs de la santé, beaucoup se sont retrouvées dépourvues, et elles ne pouvaient pas non plus compter sur les grands-parents pour aider, ce qui accentue la charge mentale », remarque-t-elle.

Pendant ses vacances, le travailleur, à l’abri de la pression du temps, fait provision de moments de joie et de bonheur. Ces périodes de joies auront un effet positif sur sa santé, même après le retour au travail. Les vacances auraient même des répercussions sur la santé cardiovasculaire. 

Gestion archaïque

Pour expliquer l’urgence d’un temps de repos, le professeur Soares remonte aux problèmes structurels qui sont à l’œuvre dans le système depuis plusieurs décennies. « Si nous sommes dans le trouble aujourd’hui, c’est parce que la philosophie de gestion dans le milieu de la santé est, depuis les années 1990, de faire plus avec moins, ce qui a amené à une dégradation des conditions de travail », croit-il.

La COVID-19 est arrivée dans un contexte où les travailleuses étaient déjà surchargées, sans parler de la faible valorisation du travail de tous ces travailleurs essentiels (tant du côté salarial que symbolique). « La COVID-19 a été prise comme excuse pour pallier les problèmes pré-COVID-19 », ajoute Mme Lapointe. Heureusement, les protestations ont porté leurs fruits, et la majorité des travailleuses pourront prendre des vacances cet été. « Ce qu’on reprochait, c’était les mesures qui s’appliquaient à tout le monde, alors que toutes les régions n’ont pas été touchées de la même façon », explique-t-elle.

Les métiers de la santé sont à la base difficiles. « La pandémie arrive, et les gens sont déjà complètement épuisés. C’est donc absolument essentiel d’avoir des vacances. Je comprends qu’on manque de monde, mais il va falloir trouver une autre solution, sinon vous allez épuiser les gens,qui devront prendre des congés encore plus longs », explique M. Soares. Certains travailleurs ont vu leurs vacances printanières annulées, rappelle Mme Lapointe.

Ce type de gestion ne considère pas le fait que les vacances améliorent la productivité. « On a mené des expériences où on a obligé des travailleurs à prendre des vacances, et on a observé une augmentation de la productivité au retour de ce temps de repos », confie le chercheur. Au lieu des décisions unilatérales, les décisions devraient plutôt être effectuées en fonction des contextes (zone chaudeou région peu touchée), et en s’asseyant avec les travailleurs. « L’imposition joue beaucoup sur le moral », observe M. Soares.

Charge émotive

Le contexte de pandémie ajoute également une couche importante de charge émotive aux métiers exigeants des travailleurs de la santé. En plus de voir leurs patients emportés par la maladie, les infirmières, préposés et médecins sont soudainement aussi vulnérables eux-mêmes et ils ont l’impression de mettre leurs proches en danger. « On comprend pourquoi ils ont besoin de vacances, plus que jamais », souligne M. Soares. « Si on veut faire face à la deuxième vague, ou à la reprise des activités, il est nécessaire d’avoir un temps de repos », conclut Mme Lapointe.