Des clés pour mieux vivre la deuxième vague

Martine Letarte Collaboration spéciale
«Les mesures de confinement ont un effet sur la santé mentale et plus elles durent, plus les problèmes augmentent», indique le professeur Frédérick Philippe.
Photo: Getty Images «Les mesures de confinement ont un effet sur la santé mentale et plus elles durent, plus les problèmes augmentent», indique le professeur Frédérick Philippe.

Ce texte fait partie du cahier spécial Santé mentale

Confinement, peur de la maladie, insécurité financière, la pandémie de COVID-19 engendre beaucoup de stress. L’effet sur la santé mentale est réel, mais certaines personnes s’en sortent mieux que d’autres. Frédérick Philippe, professeur au Département de psychologie à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), a commencé une étude pour cibler les facteurs de risque et de protection afin d’orienter les recommandations de santé publique en prévision de la deuxième vague. Son équipe souhaite obtenir plus de 2000 participants.

« Lorsque le virus est arrivé, on s’attendait à ce qu’il crée toutes sortes de problèmes de santé mentale, comme le montraient plusieurs études faites dans des pays où le SRAS et l’Ebola avaient frappé, indique le professeur. Les mesures de confinement ont un effet sur la santé mentale et plus elles durent, plus les problèmes augmentent. »

Toutefois, certaines personnes s’en tirent mieux que d’autres, et l’équipe de Frédérick Philippe souhaite comprendre pourquoi. Déjà, plus de 1000 personnes ont participé à l’étude, et les résultats préliminaires donnent certaines pistes.

« Pour diminuer l’anxiété, la dépression et le trouble de stress post-traumatique, plusieurs éléments aident, comme le sommeil, explique le chercheur. Et on sait que les gens qui ont une bonne qualité de sommeil ont une routine bien établie et de bonnes habitudes de vie. »

Le contact avec la nature serait aussi important. « Dans nos résultats préliminaires, les gens qui vont mieux ont accès à des espaces verts, indique Frédérick Philippe. Les parcs nationaux sont donc une ressource qui fait du bien, mais ils ont été fermés pendant le confinement. »

Son équipe est aussi à la recherche de tout autre facteur qui pourrait avoir des répercussions. Par exemple, elle s’intéresse aux formes de régulation émotionnelle. « Il semble que l’arc-en-ciel fonctionne, constate M. Philippe. Les gens qui se disent que ça va bien aller vont mieux, pour l’instant du moins, mais on reste très prudents parce qu’on n’a jamais vécu une situation semblable. »

Frédérick Philippe, qui s’est déjà intéressé aux conséquences des inondations sur la santé mentale, se penche aussi sur les événements de vie passés qui peuvent avoir un effet, négatif ou positif, sur la crise actuelle.« Par exemple, quelqu’un qui a très peur de perdre un proche dans la pandémie de COVID-19 peut avoir vécu, dans le passé, un événement semblable qu’il aurait mal intégré, indique M. Philippe. À l’inverse, quelqu’un qui a vécu un événement difficile qui lui a permis de grandir est mieux outillé pour affronter la situation actuelle. »

Questionnaire et mèche de cheveux

Pour comprendre comment les gens vivent avec les nombreux stress causés par la pandémie, Frédérick Philippe a choisi de demander aux participants de répondre à un questionnaire en ligne maintenant, puis à nouveau dans quelques mois, ce qui devrait correspondre à la fin de la première vague.

« Nous voulons voir si les problèmes de santé mentale auront diminué chez ces personnes, ou si elles subissent encore les effets de la crise, explique le chercheur. Nous voulons aussi regarder les profils des gens qui ont encore des symptômes élevés et ceux qui vont bien pour déduire les facteurs qui y sont attribuables. Par exemple, on pourrait voir que quelqu’un qui dormait bien à la première phase de l’étude a une meilleure santé mentale à la deuxième phase. »

Les gens pourront aussi envoyer une mèche de cheveux, qui sera analysée en laboratoire afin de mesurer le taux de cortisol, un biomarqueur de stress chronique.

« C’est une façon de mesurer le stress de façon objective qui s’ajoute au questionnaire, explique Frédérick Philippe. Plus les gens vivent des événements stressants, plus le taux de cortisol augmente. Les trois centimètres de cheveux près du crâne représentent environ les trois mois de stress vécus depuis le début de lapandémie. On peut donc voir l’histoire du stress de la personne à travers ses cheveux. »

Et le participant pourra demander d’avoir les résultats.

Avec cette étude, l’équipe du professeur Philippe souhaite pouvoir communiquer des recommandations concrètes. « Nous avançons tous à tâtons en ce moment, remarque-t-il. On regarde ce que les autres pays font, mais eux non plus ne savent pas trop. Cette étude nous donnera des constats clairs. »



Pour participer à l’étude, il faut avoir 18 ans ou plus et résider au Québec.