Comment combattre la «fatigue Zoom»?

Charlotte Mercille Collaboration spéciale
Depuis le début de la pandémie, le travail, l’école et l’amitié ont été compartimentés dans une poignée de plateformes de communication à distance qui accompagnent la majorité de nos heures éveillées.
Photo: Tiffet Depuis le début de la pandémie, le travail, l’école et l’amitié ont été compartimentés dans une poignée de plateformes de communication à distance qui accompagnent la majorité de nos heures éveillées.

Ce texte fait partie du cahier spécial Santé mentale

Étant donné que le télétravail est devenu la norme, les Québécois n’ont jamais autant passé de temps devant les écrans. Toutes ces heures passées en ligne ont-elles des conséquences directes sur leur santé mentale ? Des experts nous aiguillent.

« Réunions, répétitions de théâtre, cours et formations,en passant par le yoga ou l’entraînement pour se garder en forme, et le petit film le soir… je vois flou en ce moment. Sérieusement ! » dit en soupirant la comédienne Véronique Pascal.

L’entrepreneur Simon Marseille déplore quant à lui l’absence de contacts personnels pour partager les émotions,sans compter la confusion et la lenteur obligée des applications.

Ils ne sont pas les seuls. Depuis le début de la pandémie, le travail, l’école et l’amitié ont été compartimentés dans une poignée de plateformes de communication à distance qui accompagnent la majorité de nos heures éveillées.

La technologie comporte son lot d’avantages, mais il y a un prix à payer. « Huit heures par jour devant un écran, c’est trop, affirme François Courcy, professeur titulaire au Département de psychologie de l’Université de Sherbrooke. Il est normal de se fatiguer quand on passe des heures à faire la même chose. »

Le cerveau enregistre en effet les apéritifs Zoom, les réunions de travail et les séances de conditionnement physique comme étant la même activité : visionner un écran d’ordinateur ou de téléphone.

Par ailleurs, le télétravail a comme effet pervers de prolonger les heures de travail. « Les gens très performants auront l’impression qu’ils n’en font pas assez et auront donc tendance à en faire plus que lorsqu’ils se trouvaient au bureau », indique Christine Grou, directrice de l’Ordre des psychologues du Québec.

Le comportement s’explique aussi par la disparition des frontières entre travail et maison. La concentration s’en trouve ainsi fort diminuée.

Les employeurs peuvent aider leurs équipes en leur fournissant des livrables plus tangibles et plus de commentaires sur leur performance.

Des auditoires distraits

François Courcy remarque une forte baisse d’attention chez ses étudiants universitaires. À l’instar de nombreux internautes, ils commettent l’erreur de rester à l’écran entre les réunions ou les cours.

En temps normal, les professionnels migrent de réunion en réunion vers des salles différentes, en prenant le temps de se faire un café, au même titre que les élèves font un crochet à leur casier avant le cours suivant. Ici, le changement d’environnement n’a plus lieu.

Le soir, le comportement se répète : on s’installe pour écouter la dernière série Netflix à la mode tout en faisant défiler nos multiples médias sociaux.

La fragmentation des interactions sociales

En plus, les conférences Zoom dépouillent les interactions de repères psychosociaux et non verbaux cruciaux. « Il y a beaucoup de choses qui ne se perçoivent plus, qui ne se disent plus, ce qui fait qu’on se concentre beaucoup plus sur la tâche que sur les humains », indique Christine Grou.

François Courcy recommande de dissiper cette dissonance en gardant sa caméra allumée : « Il est important de pouvoir percevoir les réactions non verbales des personnes. La rétroaction par la capture vidéo est non seulement utile, mais elle rend aussi l’expérience plus agréable et conviviale. »

Sur une note d’espoir, Christine Grou souligne que la situation actuelle relève de l’adaptation plutôt que de la transformation. François Courcy est aussi d’avis que la surabondance de rencontres virtuelles ne pourra pas durer éternellement. Il préconise plutôt une culture où le direct, le différé et ultimement le contact en personne pourront cohabiter.

Comment reposer son cerveau ?

• Départager le travail du repos : Christine Grou propose d’effectuer une coupure nette entre le travail et les activités du soir en allant marcher une trentaine de minutes. Cela peut être remplacé par une séance de lecture ou d’écoute de musique, du moment que l’activité est différente et relaxante, et marque une transition. « La pièce où l’on se repose ne doit pas être la même que celle où l’on travaille », ajoute-t-elle.  

• Diversifier les activités : En fonction de notre occupation principale, on s’assure également de pratiquer une activité de repos qui sollicite les facultés inverses de notre cerveau. Par exemple, une personne qui exécute beaucoup de travail depuis un bureau se ressourcera davantage en pratiquant un sport, un instrument ou la cuisine dans ses temps libres. « Il faut stimuler d’autres “muscles” du cerveau. C’est la nature de l’activité pratiquée qui va venir réellement diminuer l’effet de la fatigue liée aux écrans », explique François Courcy.

• Accomplir une seule tâche à la fois : « Même si la tentation est grande, inutile d’accomplir des tâches ménagères tout en écoutant une présentation », indique François Courcy. Mieux vaut se consacrer pleinement à l’activité pour alléger le fardeau cognitif.