La formation de préposés commence pour près de 10 000 élus

Quelque 9800 personnes amorcent cette semaine la formation accélérée de préposé aux bénéficiaires créée par Québec pour pallier le problème de pénurie de main-d’œuvre en CHSLD. Une rentrée en or pour les heureux élus, mais qui laisse un goût amer à des candidats rejetés pour des motifs qu’ils jugent discriminatoires.

Vanessa Tinéus est fébrile. Elle fait partie de la première cohorte d’étudiants du centre de formation Compétences 2000, à Laval. « C’est vraiment excitant », dit-elle.

La jeune femme de 26 ans souhaite depuis longtemps travailler dans le domaine de la santé. « J’ai déjà fait des cours de préposé aux bénéficiaires et d’infirmière auxiliaire, dit la mère de deux enfants. Mais divers événements ont fait que je ne les ai pas terminés. »

Vanessa Tinéus recevra une bourse de 760 $ par semaine durant cette formation de trois mois. Lorsqu’elle aura terminé son attestation d’études professionnelles, elle pourra décrocher un emploi à temps plein dans un CHSLD et gagner un salaire annuel de 49 000 $.

Tous n’auront pas cette chance. Melina Dubois Sorgente a vu sa candidature rejetée, parce qu’elle est obèse. La jeune femme de 20 ans pèse 200 livres (91 kg) et mesure 4 pieds 11 pouces (1,5 m). Son indice de masse corporelle (IMC) est de 40,4, soit au-dessus de la limite de 40 fixée par le CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal.

« Le CIUSSS m’a appelée lundi après-midi pour me proposer de me peser en personne, dit-elle. C’est insultant ! Je vais déposer une plainte à la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse. »

Après un marathon de démarches, Geneviève (nom fictif) a aussi vu sa candidature être rejetée en bout de piste. Le CISSS de la Montérégie-Est a refusé la candidate après l’entretien téléphonique sur son état de santé. « On m’a demandé si je prenais des médicaments, dit la femme de 43 ans. J’ai répondu que je prenais des antidépresseurs. »

Geneviève a fait une dépression il y a cinq ans. « Mais je suis fonctionnelle, dit-elle. Aurait-il fallu que je mente ? »

Isabelle (nom fictif), elle, a dû se battre pour être admise, malgré son trouble d’anxiété généralisée. « Le CISSS de la Montérégie-Est m’a demandé si, dans la dernière année, j’avais consulté par rapport à un problème psychologique », dit la jeune femme de 24 ans. Elle dit avoir vu son médecin de famille pour un suivi. « Je suis traitée, dit l’ancienne gérante d’un restaurant. Je n’ai plus de symptômes depuis cinq ans. »

Isabelle et sa mère ont remué ciel et terre pour obtenir des explications sur le rejet de sa candidature. Coup de théâtre lundi, en matinée. Elle est admise à la formation débutant le soir même.

Questionné à ce sujet, le CISSS de la Montérégie-Est répond que « si un candidat déclare certaines problématiques qui sont contrôlées, ce n’est pas un enjeu pour l’embauche ». « Cela étant dit, les préposés aux bénéficiaires vont travailler avec une clientèle vulnérable, ajoute son porte-parole, Hugo Bourgoin. C’est donc un poste très exigeant, autant physiquement que psychologiquement, particulièrement dans le contexte actuel. »

Selon Pascale Denis, professeure titulaire au Département d’organisation et ressources humaines de l’UQAM, les employeurs peuvent être justifiés de poser des questions sur la santé psychologique des candidats s’il existe un lien avec les exigences du poste.

Mme Denis déplore toutefois que certains questionnaires médicaux de préemploi soient « extrêmement larges », notamment lorsqu’ils s’intéressent à des problèmes de santé mentale datant d’il y a cinq ans. « Il faut se demander : est-ce que cette personne est apte aujourd’hui à occuper les fonctions ? » dit-elle.

Outre les 9800 candidats sélectionnés, 2000 autres, qui prêtent actuellement main-forte en CHSLD, entameront la formation accélérée cet automne.

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