Des médecins pressent Québec de rendre le masque obligatoire

Des spécialistes pressent Québec de «rendre le port du masque obligatoire pour les plus de 12 ans dans les lieux publics fermés et dans tout espace public extérieur où la distanciation physique est difficile ou impossible à réaliser».
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Des spécialistes pressent Québec de «rendre le port du masque obligatoire pour les plus de 12 ans dans les lieux publics fermés et dans tout espace public extérieur où la distanciation physique est difficile ou impossible à réaliser».

Une trentaine de médecins et experts en épidémiologie pressent Québec de rendre obligatoire le port du masque dans les lieux fermés, les commerces, les transports en commun et les écoles. Selon eux, cette mesure qui s’appuie sur la science pourrait prévenir une deuxième vague meurtrière. Pour l’heure, c’est non, répondent le gouvernement et la Santé publique, qui espèrent encore que les citoyens l’adopteront d’eux-mêmes.

« Le port du masque généralisé est une mesure peu coûteuse qui peut réduire grandement le risque de contamination lors de contacts contagieux », a résumé l’épidémiologiste Nimâ Machouf lors d’une conférence de presse jeudi matin devant le CHUM, en compagnie d’autres experts. À ses yeux, il s’agit d’un « outil essentiel » pour que la population puisse renouer avec une certaine normalité.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS), le Center for Disease Control and Prevention (CDC) américain et d’autres organisations confirment que le port du masque obligatoire dans les lieux fermés réduit de façon importante la propagation de la COVID-19, a-t-elle fait valoir. « Il est temps d’agir selon la science. Les chercheurs en modélisation des épidémies affirment que, pour que la mesure soit efficace, 80 % de la population doit porter le masque pour juguler l’épidémie. »

Elle a donné comme exemple Hong Kong, où le port du masque est omniprésent. Avec 7,5 millions d’habitants, la ville a recensé 1108 cas d’infection et quatre décès, alors qu’au Québec, avec 8 millions d’habitants, le cap des 50 000 cas a été franchi et plus de 5000 décès ont été dénombrés.

Dans une lettre signée par 27 médecins, parmi lesquels Mme Machouf, Karl Weiss, microbiologiste-infectiologue à l’Hôpital général juif, Caroline Quach Thanh, microbiologiste-infectiologue à l’hôpital Sainte-Justine, Amir Khadir, microbiologiste-infectiologue à l’hôpital Pierre-Legardeur, et Alain Vadeboncœur, chef urgentologue à l’Institut de cardiologie de Montréal, les spécialistes demandent au gouvernement de « rendre le port du masque obligatoire pour les plus de 12 ans dans les lieux publics fermés et dans tout espace public extérieur où la distanciation physique est difficile ou impossible à réaliser ».

À Québec, le directeur national de santé publique, Horacio Arruda, a commenté la sortie des experts. S’il n’exclut pas un jour de forcer des citoyens à porter un couvre-visage en public, il souhaite d’abord en faire « une norme sociale pour que les gens en prennent l’habitude ». « Il y a des études qui semblent démontrer une certaine efficacité [à le rendre obligatoire]. Certains critiquent ces études-là », a-t-il ajouté.

À Toronto et à Ottawa, le couvre-visage deviendra obligatoire dans les transports en commun au cours des prochaines semaines, conformément à une nouvelle directive du gouvernement ontarien. Par contre, aucun usager ne verra son accès au métro, au tramway, à un autobus à un train de banlieue refusé s’il n’en porte pas, assure-t-on.

Questionné pour savoir s’il compte imiter la province voisine, le premier ministre François Legault a noté que rendre le masque obligatoire « suppose des pénalités » et « d’avoir une police qui va vérifier tout ça ». « Donc, nous, on fait le choix de dire : “On le suggère fortement, mais on ne le rend pas obligatoire.” »

« La Ville de Montréal et les sociétés de transport [du Grand Montréal] ne sont pas fermées à rendre le couvre-visage obligatoire dans ses transports en commun si la situation le demande, en vue d’une possible deuxième vague », a de son côté indiqué le cabinet de la mairesse Valérie Plante.

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