Attraper la COVID-19, du bout des pieds

Les études menées jusqu’ici démontrent que plusieurs patients atteints «d’orteils COVID-19» sont «asymptomatiques», selon les critères retenus pour le dépistage des cas.
Photo: Getty Images / iStockphoto Les études menées jusqu’ici démontrent que plusieurs patients atteints «d’orteils COVID-19» sont «asymptomatiques», selon les critères retenus pour le dépistage des cas.

Tout a commencé par un seul orteil irrité en avril, puis les deux pieds ont gonflé, viré au rouge, au pourpre puis au bleu, et se sont couverts d’ampoules douloureuses l’empêchant de marcher ou même de mettre un soulier. Après l’envoi d’une photo par courriel à son médecin, le diagnostic est tombé. David avait attrapé la COVID-19, du bout des pieds.

David n’est pourtant ni un enfant ni même un « jeune », comme dans la plupart des études de cas rapportées sur cette présentation clinique de la COVID-19. « J’ai 65 ans, mais c’est peut-être parce que je suis jeune dans l’âme », dit-il en blaguant, au moment de raconter ses démêlés avec le virus SRAS-CoV-2.

Après cinq ou six semaines de quasi-immobilité, David était en voie de retrouver des orteils d’une taille à peu près normale, et de pouvoir mettre des souliers pour la première fois à la fin mai. Pour quelques minutes. « Les ampoules sont parties. Toute ma peau a pelé. Il y a trois semaines, ça aurait été impossible de mettre un soulier. Je suis O.K., mais juste un peu inquiet à l’idée d’aller faire une marche. Disons que je vais essayer de faire le tour du bloc », dit-il.

Ces symptômes étant atypiques et non identifiés parmi les « symptômes officiels » de la COVID-19, David n’a pu avoir accès à un test de dépistage, mais il s’est isolé de peur de propager le virus et s’est fait livrer des vivres tout au long de sa convalescence.

« Ce n’est vraiment pas drôle, mais à cause de mon âge, j’ai fini par me dire que c’était peut-être la meilleure façon d’attraper la COVID-19 », dit-il avec ironie.

Selon la Dre Hélène Veillette, dermatologue au CHU de Québec-Université Laval, qui a conseillé l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS) pour l’avis publié sur ce sujet le 12 mai dernier, le nombre de cas « d’orteils COVID-19 » vu dans les cabinets de dermatologues a augmenté au fil des semaines, et a été « un enjeu majeur » à Montréal et à Laval.

« On a fait face à beaucoup de cas de perniose [engelures] chez des populations où n’y en avait pas et dans des circonstances non associées au froid », dit-elle. Ces « engelures » créées par l’infection à la COVID-19 ont été davantage décrites chez les enfants, ajoute la Dre Veillette, mais elles peuvent apparaître chez des patients de tous âges.

S’ils durent en moyenne deux semaines, les symptômes peuvent disparaître en quelques jours dans les cas plus légers, soutient la dermatologue. La plupart des patients atteints de cette forme inusitée de la COVID-19, associée à une réaction inflammatoire des vaisseaux sanguins engendrée par le virus, guérissent sans autre forme de traitement que l’administration de cortisone. En cas de douleurs vives et de plaques importantes, dit-elle, il faut consulter un médecin pour subir une biopsie pour écarter tout autre diagnostic.

Laurie Robichaud, urgentologue à l’Hôpital général juif de Montréal, se rappelle avoir reçu à l’urgence en mai un jeune homme avec des orteils bleutés, très douloureux, qui ne pouvait plus porter que des sandales. « On ne sait pas encore grand-chose, sinon que cela part sans grands traitements. Je ne pouvais même pas le rassurer pour lui dire combien de temps ça allait durer », dit-elle.

Les études menées jusqu’ici démontrent que plusieurs patients atteints « d’orteils COVID-19 » sont « asymptomatiques », selon les critères retenus pour le dépistage des cas. Une faible proportion d’entre eux présente aussi d’autres symptômes légers, associés officiellement à l’infection au SRAS-CoV-2, comme la perte de goût, les douleurs thoraciques ou la toux. Mais cette affection pourrait être une manifestation tardive d’une infection préalable au SRAS-CoV-2, passée inaperçue.

Selon l’Association américaine des dermatologues (AAD), ce symptôme compterait pour 50 % des manifestations dermatologiques de la COVID-19 rapportées jusqu’ici dans un registre mondial créé dans la foulée de la pandémie. L’AAD prône d’ailleurs l’inclusion de ce symptôme parmi ceux qui sont reconnus pour que le patient soit admissible à un test de dépistage, ou un test de détection des anticorps, puisque les personnes qui en sont atteintes pourraient être contagieuses, du moins pendant les premiers jours de leur maladie.

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