Des millions de vies ont été protégées par le confinement

Le confinement strict imposé dans plusieurs pays a contribué à réduire la propagation du virus.
Nelson Almeida Agence France-Presse Le confinement strict imposé dans plusieurs pays a contribué à réduire la propagation du virus.

Alors que tout semble bien aller depuis quelque temps, certains ont l’impression que toutes les mesures de confinement qu’on nous a imposées n’étaient pas nécessaires. Or, un article qui paraissait lundi dans Nature montre que le confinement strict auquel ont été soumises les populations de la plupart des pays européens a permis de sauver plus de trois millions de vies humaines et de réduire substantiellement la transmission du virus. N’en déplaise aux économistes qui reprochent aux gouvernements d’avoir été alarmistes, le confinement a manifestement permis d’éviter l’hécatombe et de juguler l’épidémie dans les pays où il a été instauré.

Les chercheurs de l’Imperial College London, au Royaume-Uni, qui ont publié cet article dans la revue Nature, ont estimé l’effet des interventions non pharmacologiques, telles que la distanciation physique, comme l’interdiction des rassemblements, la fermeture des frontières et des écoles et le confinement à grande échelle des populations sur la mortalité et sur le nombre de nouvelles infections au moment où les pays européens ont amorcé le déconfinement. Ils ont effectué leurs estimations en se basant sur le nombre de décès — dus à la COVID-19 — qui ont été recensés dans 11 pays européens entre le moment où les mesures de confinement sont entrées en vigueur, soit entre le 2 et le 29 mars selon les pays, et le 4 mai, soit le jour de la levée de ces mesures en Espagne et en Italie.

Ils ont ainsi remarqué que la combinaison des mesures de distanciation physique, et particulièrement le confinement strict, qui ont été appliquées dans ces pays européens a eu un effet substantiel sur la transmission du virus puisqu’elles ont permis de réduire significativement, soit de 82 %, le nombre moyen d’infections générées par chaque personne contaminée au cours de sa période contagieuse, soit le Rt, ou nombre de reproduction au temps t. Le Rt qui était de 3,8 au début de l’épidémie en mars, était devenu inférieur à 1, soit de 0,66 en moyenne, le 4 mai. Selon les auteurs, ces chiffres montrent clairement que les interventions ont « permis de contenir l’épidémie ».

Les chercheurs ont également prédit les décès qui seraient survenus durant la même période, soit du mois de mars au 4 mai, si aucune intervention de confinement n’avait été mise en place. Ils ont ainsi calculé que les mesures appliquées ont permis de prévenir 3 100 000 décès au total dans les 11 pays européens. Ils précisent ne pas avoir tenu compte dans leurs calculs de la surcharge qu’auraient subie, dans ces circonstances, les systèmes de santé, qui auraient alors été incapables d’offrir l’accès aux soins intensifs à tous les patients qui en auraient eu besoin. Ce qui permet d’imaginer que le nombre de décès aurait été encore plus important que celui qu’ils ont estimé.

Alors que l’Institut économique de Montréal (IEDM) se questionne, dans une récente publication, sur la réelle pertinence d’avoir imposé dès le début de l’épidémie des mesures de confinement aussi sévères, qui ont été dévastatrices pour l’économie et la société, Benoît Mâsse, professeur à l’École de santé publique de l’Université de Montréal, réplique que « face à un nouveau pathogène qu’o n ne connaît pas, comme c’était le cas avec le SRAS-CoV-2 au début mars quand l’épidémie a commencé, il y avait un grand risque humain » à ne pas instaurer tout de suite des mesures strictes. Ces mesures ont « peut-être mis l’économie à terre, mais ce sera temporaire, il y a des signes que ça reprendra plus vite que prévu ».

« Comme l’effet d’une mesure préventive ne se manifeste que deux à trois semaines après sa mise en place, si les mesures prises n’avaient pas été suffisantes, cela aurait coûté de nombreuses vies humaines, et il aurait été très difficile de reprendre le contrôle de l’épidémie, comme on le voit notamment au Brésil et au Pakistan. Même la Suède qui a tardé à prendre des mesures préventives d’envergure émet aujourd’hui des doutes sur sa stratégie étant donné que le nombre de décès s’y alourdit », souligne M. Mâsse, qui signe un texte d’opinion publié en page A6 avec ses collègues des universités McGill, Laval, de Toronto et de l’Imperial College London.

« Le paradoxe des mesures préventives est que, si elles fonctionnent et qu’elles permettent de contrôler l’épidémie, on a l’impression qu’elles n’étaient pas nécessaires. Quand on sort d’une épidémie, les gens se demandent souvent si on n’a pas fait tout ça pour rien. Mais demandez aux familles qui ont des parents ayant été très malades ou qui sont décédés, elles ne pensent sûrement pas qu’on en a fait trop ! », fait remarquer M. Mâsse.
 



Une version précédente de ce texte, titrée «Des milliards de vies ont été protégées par le confinement​», a été modifiée.

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