Des cadres en santé se disent lésés d’être sans prime pendant la crise

Tous les gestionnaires ont été exclus de la prime de 8%, et seuls les cadres intermédiaires ont pu se prévaloir de celle de 4%.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Tous les gestionnaires ont été exclus de la prime de 8%, et seuls les cadres intermédiaires ont pu se prévaloir de celle de 4%.

Des gestionnaires et des cadres du réseau de la santé qui sont exposés à la COVID-19 dans leur travail dénoncent le fait qu’on les prive des primes de risque auxquelles les autres travailleurs ont droit.

« C’est d’un irrespect ! », dit avec indignation Chantal Marchand, présidente de l’Association des gestionnaires des établissements de santé et de services sociaux (AGESSS). « On demande aux gestionnaires de donner du temps et de contribuer, mais on ne leur donne pas la prime. »

Le 4 avril dernier, le gouvernement a annoncé le versement de primes au personnel de la santé appelé à travailler en zone chaude. Une prime de 4 % a été donnée pour reconnaître leur contribution et une de 8 % à ceux qui traitaient directement les patients atteints de la COVID-19. Tous les gestionnaires ont été exclus de la prime de 8 %, et seuls les cadres intermédiaires ont pu se prévaloir de celle de 4 %.

Or Mme Marchand affirme que les cadres supérieurs aussi ont travaillé en zone chaude, dont plusieurs directement auprès de patients atteints par le coronavirus.

Elle cite un sondage interne mené à la mi-avril auprès de ses membres dans lequel 59 % des répondants ont dit être « exposés à des personnes atteintes de la COVID-19 ou à du personnel qui côtoie des personnes atteintes » et 12 % ont dit faire des « gestes de proximité » auprès de ces patients, comme servir de l’eau et donner des soins d’hygiène. Environ 30 % de ses 6800 membres ont répondu au questionnaire.

Au front comme les autres

Comment expliquer ces réponses ? Les cadres ne travaillent-ils pas surtout dans des bureaux, à distance ? « Ils font du bureau et du téléphone, mais dans les circonstances, ils sont aussi avec leurs équipes sur le terrain », explique Carole Trempe, directrice de l’Association des cadres supérieurs de la santé, qui représente les directeurs généraux et les directeurs adjoints du réseau. Dans une lettre transmise à la ministre Danielle McCann en date du 15 avril, elle a dénoncé vivement ce qu’elle considère comme une « iniquité de traitement ».

Les cadres estiment d’autant plus avoir droit à ces primes que le sous-ministre adjoint à la Santé, Yvan Gendron, a diffusé une directive à la mi-avril les invitant à prêter main-forte aux équipes dans les résidences.

« Ils en font, des gestes de proximité ! », s’insurge Chantal Marchand, qui mentionne que certains ont d’ailleurs contracté la maladie. D’après elle, les 12 % du sondage qui ont dit prodiguer des soins de proximité sont probablement ceux qui sont allés donner un coup de main en résidence.

L’infirmière qui reçoit ses 8 % qui a un collègue à côté qui est gestionnaire, avec la prime, elle a un salaire beaucoup plus élevé que le gestionnaire

 

« Quand c’est la guerre, c’est la guerre, et tout le monde est au front. Ils étaient là autant que tout le monde, et c’est un manque de reconnaissance à l’égard de l’exposition au risque », fait quant à elle valoir Mme Trempe. « Ça fait presque deux mois que j’essaie de savoir pourquoi, et je ne suis pas en mesure de le savoir. Les raisons qu’on invoque ne tiennent pas la route. Ils risquent leur vie, leur santé… »

Cette prétendue iniquité ne s’expliquerait-elle pas par le fait que les cadres sont en partant beaucoup mieux rémunérés que le reste du personnel ?

C’est en partie faux, répond Mme Marchand. « L’infirmière qui reçoit ses 8 % qui a un collègue à côté qui est gestionnaire, avec la prime, elle a un salaire beaucoup plus élevé que le gestionnaire. Sans la prime, lesgestionnaires ne font pas un salaire beaucoup plus élevé — entre 5 et 10 % maximum. »

Invité à répliquer à ces critiques, le ministère de la Santé n’a pas dit pourquoi les gestionnaires n’avaient pas droit aux 8 %. Il mentionne toutefois que le choix de verser une prime de 4 % aux cadres intermédiaires « permet au plus grand nombre de cadres du réseau de bénéficier d’un rehaussement salarial en période de pandémie ».

Il fait aussi valoir que, dans le cadre de la crise, les heures supplémentaires des cadres sont rémunérées à 150 % du taux normal, ce qui n’est pas le cas habituellement, et ce, « au-delà de la 40e heure de travail dans une même semaine ». « Ainsi, tous les cadres et les hors-cadre du réseau qui réalisent des heures supplémentaires dans le présent contexte bénéficient du paiement de leurs heures supplémentaires. »

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5 commentaires
  • Serge Pelletier - Abonné 8 juin 2020 06 h 17

    Très intéressant... Mais pas pour ce que les gens pensent.

    Très intéressant... Mais pas pour ce que les gens pensent.
    Étrangement et étonnant, le GV-Q dit à répétition qu'il y a un manque criant de cadres... Et bien, et sont 4500 qui sont membres de l'Association des cadres supérieurs (selon Mme Marchand). Et l'on parle ici que des cadres supérieurs.
    Autre fait intéressant, mais passé sous silence, concerne le traitement salarial (ne tenant pas en compte le coût par heure de travail - ce qui n'est pas comme l'indicatif de la rémunération globale (RG) - mais qui est beaucoup plus précis que la RG). La rémunération d'un cadre est de 5% à 10% de plus d'une infirmière (Mme Marchand). Que la prime de 8% des infirmières permet d'égaler le salaire des cadres. Mais là, il n'est pas fait mention qu'il s'agit du salaire d'une infirmière au sommet de sa classification (années de service + scolarité).
    Quant à la justification d'une prime qui ne leur ait pas accorder, elle serait très discriminatoire... Cela est d'un risibe: "être exposés à des personnes atteintes de la COVID19 ou à du personnel qui côtoie des personnes atteintes". Oui... Messieurs Dames... Ça c'est grave en titi... et le chauffeur d'autobus lui, et la petite cassière dans les grandes surfaces, et le "monde" qui marche sur la rue... ne coissent-t-ils pas des personnes atteintes? Encore plus risible: 12% ont fait des gestes de proximité auprès des malades du style très très risqué du SERVIR DE L'EAU.

    À 4500 cadres supérieurs, l'on doit sérieusement se questionner sur le manque - allégé par le GV-Q - de cadres dans cette bureaucratie. Et l'on ne parle ici que des cadres dits supérieurs... Ajouter les cadres intermidiaires, et les "superviseurs /contrenaîtres" de premier niveau... Cela en fait des boss, en titi des boss pour tout et rien... Avec jamais parsonne, au grand jamais personne de responsable de rien pantoute... et sans aucun congédiement pour incompétence.
    Après, le petit peuple se questionne sur le pourquoi c'est un système tout croche.

  • Simon Grenier - Abonné 8 juin 2020 06 h 21

    La très grande majorité des gestionnaires de la Santé, pour les avoir eu dans le visage pendant 10 ans, sont officieusement, indiscutablement, fourbement et indéfectiblement du côté de l'ennemi du peuple (i.e. leur propre carrière personnelle) dans les très longs entre-guerres. Laissez faire les primes, la dévotion et le pleurnichage. Quand on sème la destruction - je choisis ce terme en particulier - on ne mérite rien du tout.

  • luc St-Pierre - Inscrit 8 juin 2020 07 h 52

    Vrai leader ou arriviste

    Quel manque de leadership. Si j'étais gestionnaire, que ça soit en temps de crise ou non, je serais présent sur le terrain avec mes employés et je travaillerais avec eux, sans demander de prime pour la simple raison que d'être sur le terrain en temps de crise, comme le générale avec son armée en temps de guerre, fait partie de la tâche à accomplir. Cette prime qu'ont reçu les infirmières et préposés ressemble d'avantage à un rattrapage salariale bien mérité qu'un cadeau. Que les vrais leaders se lèvent et que les autres se taisent à défaut de donner l'exemple.

    • Diane Grégoire - Abonnée 8 juin 2020 12 h 33

      Indécente! Je n'ai pas d'autre qualificatif pour dénoncer leur demande d'une prime. Quel culot!

  • Marc Davignon - Abonné 8 juin 2020 09 h 03

    Des cadres ?

    Les <ordinaires> (AGESSS) et les <supérieurs> (ACSSSS)?

    Oui, vous avez deux <associations> (il faut lire : syndicat) pour les <cadres de la santé>. Oui! Oui! Une association chacun!

    Or, les <ordinaires> sont pris d'un sentiment d'infériorité en constatant qu'ils ont un salaire inférieur à une ... infirmière quand ceux-ci ont un <bonus>.

    Ils ont déjà oublié <leurs bonus>! (Entente entre Québec et ses cadres: fin des bonis, plus en salaires - LaPresse, 2017)

    Mais, encore! Quand avez-vous vu une cadre <ordinaire> sur le <planché> ?

    Pas très souvent, car ils sont soit en réunion ou <derrière leur tableau bord>!

    Quand il y a un problème, ils vous renvoient au <chef d'équipe> (les nouveaux pseudos cadres), ça, c'est de <l'empowerment>.