Des entraîneurs de «fitness» se tournent vers les classes à distance

La pandémie a porté un grand coup au monde du fitness, poussant beaucoup d’entraîneurs à migrer en ligne. Uriel Arreguin et Sheila Rose (photo) ont fait le saut, pour ne surtout pas arrêter de bouger et d’inspirer les autres à en faire autant.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir La pandémie a porté un grand coup au monde du fitness, poussant beaucoup d’entraîneurs à migrer en ligne. Uriel Arreguin et Sheila Rose (photo) ont fait le saut, pour ne surtout pas arrêter de bouger et d’inspirer les autres à en faire autant.

Quand la pause a été décrétée, des domaines habitués à être en perpétuel mouvement ont été arrêtés dans leur élan. Et les salles d’entraînement, vidées de leurs passionnés.

La ruée vers l’équipement sportif a été féroce. Des arnaques en ligne vendant, faussement, des haltères à prix alléchants ont rempli les poches des fraudeurs.

Fondatrice et directrice des gyms Report Fitness, Alessia B. Kofftun a vu l’un d’entre eux, celui sis à LaSalle, être cambriolé.

Ils sont partis avec tout ce qu’il y avait de plus lourd, raconte-t-elle. Les barres, les plaques, les haltères russes en fonte, les boîtes de saut, même. « Le plus drôle ? Ils ont laissé les ordis. C’était vraiment des fanatiques d’entraînement désespérés ! »

Alessia rigole, mais sa situation ne pousse pas à faire de même. « Même avec la baisse de 75 % du loyer offerte par le gouvernement, il me faut payer le 25 % restant pour mes trois gyms, des assurances, des frais bancaires… Si l’on n’obtient pas le feu vert pour rouvrir bientôt, on ne pourra pas tenir très longtemps. »

Comme beaucoup, l’entrepreneuse montréalaise s’est « adaptée ». Certains membres de son équipe, qui compte habituellement 15 entraîneurs, offrent des cours en ligne. Au début, c’était exclusivement sur Instagram et sur Facebook. Et gratuit. Mais la fermeture se prolongeant, la directrice a étendu l’offre sur Zoom, où les cours se vendent à 7 $ l’unité. « Si l’on est chanceux, il y a une dizaine de participants. Et 50 $ vont au coach. »

Comprenons, Alessia B. Kofftun ne fait pas beaucoup.

Elle ne songe absolument pas à continuer d’entretenir une offre virtuelle après la pandémie. Que non. « Avec tout mon respect, donner des entraînements en temps réel, c’est notre modèle d’affaires. Des ressources en ligne, il y en a trente-six mille — et des fabuleuses. Mais nous, nous sommes un commerce de détail. »


Formules en ligne

Justement, ces ressources en ligne. Elles ont vu une poussée massive depuis le début du confinement. Comme la charismatique youtubeuse Maddie Lymburner, de la chaîne MadFit. Formée en ballet, fana de fitness, la Torontoise connue pour ses chorés sur des airs pop a réussi à attirer, depuis le début du confinement, quelque 1,5 million de nouveaux abonnés. C’est gigantesque.

De telles chaînes constituent-elle une compétition ou un complément à l’offre en salle ? « Ce n’est absolument pas une compétition, répond sans hésiter Sheila Rose. C’est génial de voir d’autres formules s’installer. » En somme : plus on est de fous plus on rit.

Sauf qu’ici encore, tout n’est pas marrant. Comme beaucoup de ses confrères, la pétillante entraîneuse qu’est Sheila Rose a perdu en mars tous ses contrats d’entraînement privé. Et tous les cours de groupe, qu’elle donne, elle aussi, chez Report Fitness.

Point positif : la pandémie a fait d’elle une entrepreneuse. Et vite. Les événements l’ont poussée à devancer le lancement de la plateforme qu’elle mijotait depuis un moment. Intitulée Niveau Optimal, ce programme est destiné… aux entraîneurs voulant perfectionner leur pratique en ligne. À point nommé, dites-vous ?

« Le chaos a créé des opportunités », comme elle le dit joliment.

Il faut dire que Sheila n’est pas une néophyte du fitness en mode numérique. Depuis deux ans, elle dirige un programme de « transformation en six semaines », porté sur l’alimentation et l’entraînement. Pendant la pandémie, dit-elle, les inscriptions ont grimpé.

Ce qui grimpe aussi, c’est la question : les gens voudront-ils encore payer pour un abonnement au gym une fois tout cela fini ? « Oh, absolument, assure Sheila Rose. La gratuité, c’est attrayant au début. Mais ce n’est pas tout. »

Non, ce n’est pas tout, confirme Uriel Arreguin. « On a besoin de bouger, de marcher, de courir. On a besoin de danser. »

Professeur au Club MAA et au Club Atwater, Uriel Arreguin n’a pas attendu longtemps après la pause obligatoire pour démarrer son programme en temps réel sur Zoom. Depuis, il anime vingt classes par semaine : séances d’étirement, danse rétro, cours corporatifs… Il propose des abonnements hebdomadaires à 35$ ou des classes à l’unité pour 10$. Ses élèves fidèles l’ont suivi. D’autres se sont joints à lui. Une trentaine se retrouvent habituellement devant leur écran. « En tant que Mexicain, je dis toujours : mi casa es tu casa. Mais que les gens ouvrent leur maison pour s’entraîner avec moi, j’en suis doublement reconnaissant. »

Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Uriel Arreguin, professeur au Club MAA et au Club Atwater

Danseur aguerri, M. Arreguin a constamment de nouvelles idées. Il y a quinze ans, il a lancé un cours de cardio-danse en DVD. « Un best-seller ! » sourit-il. Quand les temps changent, il suit le mouvement. Son mouvement.

D’autres confrères n’ont pas cette chance. « La situation a causé un stress à beaucoup de professeurs, d’artistes, d’entraîneurs. Tous n’ont pas accès à la technologie. Tous n’ont pas accès, tout simplement, à un espace. »

Lui se dit chanceux d’en avoir un peu, d’espace. Juste assez pour danser, et enseigner. « Dans un de mes cours, on utilise quoi ? Une chaise. Mais avec elle, on fait une barre de ballet. Des étirements. Des push-ups. » Il anime aussi des classes thématiques. La vie est belle, une soirée à la française. La Dolce Vita, une soirée à l’italienne. « On mélange le contemporain, la danse latine, le hip-hop, la pop. Les gens se mettent des costumes, ils prennent un drink. Ils ont besoin de vivre ! C’est vraiment ennuyeux entre quatre murs sinon. Il faut trouver de l’inspiration. »

Le très inspiré Uriel croit que le virtuel est là pour rester. Mais que sa présence n’éradiquera pas tout. Même s’il trouve que sur Zoom, certains étudiants sont moins gênés que dans une salle de gym, lui-même ne renoncerait jamais au contact humain. À la possibilité d’assister, en vrai, à ce qu’il appelle « l’éclosion » d’un de ses élèves. Soit ce moment où quelqu’un danse soudain en toute liberté. « D’être témoin de cela, c’est très précieux. »

Les entraînements sur YouTube, ou ces « classes encapsulées », comme il les appelle, d’accord. Mais pour un certain temps seulement. « Un cours, ce n’est pas seulement “je vais vous dire quoi faire”. Il y a toute une pédagogie, une formation, une carrière derrière ça. Et puis, de revoir la même vidéo, c’est comme regarder le même film. C’est platte. » Et on connaît la fin.

  • Uriel Arreguin donnera un cours de danse virtuel dans le cadre de l’événement Hors-les-Murs de la Place des Arts samedi le 30 mai à 14 h. Son site : urielarreguin.com
  • Les cours en ligne de Report Fitness : reportfitness.com
  • La plateforme Niveau Optimal : optimumlevel.ca

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