Une surmortalité qui colle à la pandémie au Québec

Le nombre excédentaire de vies perdues au Québec entre le début de l’épidémie et la fin avril correspond environ au bilan officiel de la COVID-19, selon des données préliminaires dévoilées ce matin par l’Institut de la statistique du Québec (ISQ).

Entre 15 mars et 25 avril, on recense 9745 décès au Québec, toutes causes confondues. La moyenne des trois années précédentes pour la période correspondante s’élève pour sa part à 7943 décès. La différence, qu’on appelle la « surmortalité », est ainsi de 1802 décès. Lors de la même période, on recense 1918 décès liés à la COVID-19.

“Ces données nous rassurent quant à la qualité de l’enregistrement des décès liés à la COVID-19 au Québec”, observe le démographe Robert Bourbeau, de l’Université de Montréal.

Notons que la surmortalité mentionnée ci-dessus sera révisée périodiquement, car tous les décès pour cette période ne sont pas nécessairement encore consignés. Néanmoins, l’accroissement de la mortalité récente colle environ, pour l’instant, aux données publiées quotidiennement par l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) au sujet de la COVID-19.

Un écart aurait pu exister entre les deux bilans. Certaines personnes fragiles emportées par la COVID-19 seraient certainement mortes ce printemps, pandémie ou pas. À l’inverse, il est possible qu’un accès plus difficile aux soins de santé, ces dernières semaines, ait précipité le décès d’autres personnes.

De tels effets pourraient cependant se manifester à plus long terme. “Au moins 68 000 chirurgies ont été reportées en raison de la pandémie. On verra dans les prochains mois si ces reports provoquent des effets collatéraux sur la mortalité totale”, souligne Christian Rochefort, un professeur de sciences infirmières à l’Université de Sherbrooke.

Les chiffres publiés jeudi par l’ISQ détaillent aussi la mortalité excédentaire en fonction des groupes d’âge. Comme attendu, les personnes de 70 ans et plus sont les plus touchées. Pour la semaine se terminant le 25 avril, on recense environ 50 % plus de décès qu’à l’habitude. Chez les plus groupes plus jeunes, le surplus de mortalité est trop faible pour se dégager clairement des variations habituelles.

Une mise à jour périodique

C’est en raison d’un « intérêt accru » pour les données sur la mortalité totale que l’ISQ a décidé d’en devancer la publication. Un délai de plusieurs mois précède habituellement leur dévoilement. L’agence espère pouvoir dorénavant les mettre à jour toutes les deux semaines.

Les données proviennent du Registre des événements démographiques (RED) du Québec, alimenté principalement par les installations du réseau de la santé. En raison de retards dans l’enregistrement de certains décès et de délais dans le traitement des dossiers, le bilan des dernières semaines va encore évoluer.

Entre-temps, un ajustement est appliqué afin de compenser pour les décès pas encore enregistrés, mais anticipés. « En temps normal, on estime qu’environ 50 % des enregistrements sont intégrés au fichier dans un délai de 15 jours suivant le décès et que 80 % le sont après 30 jours », peut-on lire sur le site Web de l’ISQ.

À voir en vidéo