Mourir à l’hôpital par manque de soins dans son milieu de vie

Les ressources intermédiaires sont comme de petits CHSLD qui offrent moins de soins à leurs patients, explique la D<sup>re</sup> Marie-Hélène Marchand.
Photo: Jean-Francois Badias Associated Press Les ressources intermédiaires sont comme de petits CHSLD qui offrent moins de soins à leurs patients, explique la Dre Marie-Hélène Marchand.

Des aînés atteints de la COVID-19 ont dû mourir à l’hôpital, faute de soins dans leur ressource intermédiaire. Des médecins dénoncent la situation et demandent au gouvernement Legault de bonifier les services dans ce type d’hébergement, en vue de la deuxième vague de coronavirus. « C’est l’angle mort du réseau de la santé », affirme la Dre Marie-Hélène Marchand.

Cette médecin montréalaise ne connaissait rien, ou presque, des ressources intermédiaires — les RI, dans le jargon — avant d’y mettre les pieds lors de la pandémie. Elle pratique en soins à domicile au CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal ainsi qu’à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont. Elle offre maintenant son aide dans des RI infectées par la COVID-19. Son constat est brutal.

« Ce sont comme des mini-CHSLD avec moins de soins », dit la Dre Marie-Hélène Marchand. Les résidents sont trop peu autonomes pour vivre en résidences privées pour aînés, mais pas assez malades pour être admis en CHSLD, explique-t-elle. « Lorsque la COVID-19 rentre dans ces ressources intermédiaires, les gens perdent encore en autonomie », dit-elle. Leur état décline. Le personnel s’avère alors insuffisant.

Au Québec, 79 sont touchés par la COVID-19, selon le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS). Plus de 950 cas y ont été confirmés. Selon le dernier bilan de l’Institut national de santé publique du Québec, 88 personnes en sont mortes.

Rien à voir, donc, avec l’hécatombe dans les CHSLD (2305 décès). Mais la détresse des patients et des soignants n’en demeure pas moins réelle, selon la Dre Marie-Hélène Marchand.

À preuve, raconte-t-elle, une infirmière a rendu hommage à ses résidents morts à l’hôpital, et non chez eux, en RI, en disposant leur dossier médical au sol dans un petit local où elle s’était isolée. Elle avait mis de la musique pour se recueillir. « Lorsque je suis entrée dans la pièce, elle pleurait et elle m’a dit “j’aurais voulu leur tenir la main”, raconte la Dre Marie-Hélène Marchand. Ils sont allés mourir à l’urgence avec des néons comme veilleuse. »

 

La Dre Mireille Demers, chef des services ambulatoires du département de médecine générale au CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal, déplore l’absence d’infirmière en RI la nuit. « On n’a pas d’infirmière pour donner la médication pour les soins de confort, dit-elle. C’est un peu frustrant pour les médecins d’être obligés de sortir des patients en ambulance. »

Les préposées aux bénéficiaires sont seules sur le plancher lors des quarts de nuit. Leurs moyens sont limités, rappelle la Dre Mireille Demers. « En soins palliatifs, on enseigne aux familles à donner la médication et à ajuster le débit d’oxygène, précise-t-elle. Les préposées, selon la loi, n’ont pas le droit de faire ça. »

L’Association des Ressources intermédiaires d’hébergement du Québec (ARIHQ) rappelle que les CIUSSS et CISSS de la province sont responsables de fournir les infirmières à ses membres. Les préposées aux bénéficiaires, elles, sont embauchées par les RI.

L’ARIHQ dit revendiquer depuis longtemps la possibilité pour ses membres d’offrir une plus vaste gamme de soins. Mais davantage d’infirmières seraient nécessaires. « Avec les années, la clientèle s’est alourdie, dit la directrice générale de l’ARIHQ, Johanne Pratte. Il manque de places dans les CHSLD. »

En temps normal, le CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal assure qu’il déploie, dans chaque RI, des infirmières et des infirmières auxiliaires le jour et le soir, 7 jours sur 7. « Il n’y a aucun besoin d’infirmières ou d’infirmières auxiliaires la nuit puisque les gens dorment généralement et sont par ailleurs autonomes », dit le conseiller en communications, Christian Merciari.

Avec la pandémie, le CIUSSS affirme avoir toutefois augmenté de 50 % les effectifs en soins infirmiers de jour. Une infirmière est désormais présente trois ou quatre nuits par semaine dans certaines RI, ajoute Christian Merciari.

La Dre Marie-Hélène Marchand et des collègues médecins, qui travaillent au CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal, font aussi des gardes de nuit. « On donne notre numéro aux préposées et on leur dit de nous appeler s’il y a quoi que ce soit, dit-elle. On évite de faire des transferts à l’hôpital. »

Le CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal, lui, a pris les grands moyens durant la pandémie : une infirmière est présente 24 heures sur 24 dans l’unique RI qui a été frappée par une éclosion, d’après la Dre Eveline Gaillardetz, chef de soins à domicile. « Mais on aimerait beaucoup que ce soit comme ça à longueur d’année, tout le temps », dit-elle.

Dans le CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal, du personnel a aussi été envoyé en renfort — 11 des 16 RI du territoire sont touchées. « Dans une RI, on a triplé le nombre de professionnels à temps plein, indique sa porte-parole, Marie-Hélène Giguère. Il est passé de 4 à 13. »

La Dre Mireille Demers salue le travail de son CIUSSS. Mais elle croit que le gouvernement Legault doit entamer une véritable réflexion sur les ressources intermédiaires, au même titre que les CHSLD. Des patients, qui souffrent de démence et « à la limite [d’être admis en] CHSLD », se retrouvent en ressources intermédiaires, signale-t-elle. « En CHSLD, les résidents ont des médecins attitrés, ce qui n’est pas le cas en RI », dit-elle.

Pandémie ou pas, une infirmière devrait être présente la nuit, estime la Dre Mireille Demers. « Il faut offrir aux gens la possibilité d’être traités sur place. » Et de mourir dans leur chambre, chez eux.
 



Une version précédente, qui indiquait que dans le CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal, les 16 RI du territoire sont touchées, a été modifiée.

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2 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 20 mai 2020 08 h 02

    Un examen complet!

    Pas bien jojo tout cela! Il faudra post-pandémie faire tout le tour de la question du sort réservé aux aînés. Bien ''tout'' le tour, pas se précipiter à construire des belles petites maisons pour ceux-ci et hop!

    M.L.

  • Jacques Bordeleau - Abonné 20 mai 2020 11 h 57

    Régions?

    Encore une fois, le titre évoque faussement le Québec alors qu'il s'agit essentiellement d'établissements du Montréal métropolitain.
    À ne plus confondre s,il vous plait.

    Jacques Bordeleau