Stages humanitaires dans les CHSLD

Les étudiants stagiaires proviennent d’une douzaine de disciplines: physiothérapie, orthophonie, médecine, sciences infirmières, psychologie, criminologie, etc.
Photo: Matthias Schrader Associated Press Les étudiants stagiaires proviennent d’une douzaine de disciplines: physiothérapie, orthophonie, médecine, sciences infirmières, psychologie, criminologie, etc.

Après les stages humanitaires en Afrique, les stages humanitaires dans les CHSLD québécois. L’Université de Montréal vient de lancer un nouveau programme afin d’aider les établissements qui manquent cruellement de personnel depuis la pandémie de COVID-19. Près de 300 étudiants de divers domaines liés à la santé et aux services sociaux s’y sont déjà inscrits. Leur mission ? Alimenter les résidents et les aider à se déplacer, entre autres.

L’Université de Montréal a mis sur pied ces « stages humanitaires » de trois crédits (l’équivalent d’un cours) à la demande d’étudiants désireux de faire leur part durant la crise sanitaire. « Ils avaient entendu les appels du premier ministre, dit Tony Leroux, vice-doyen aux sciences de la santé de l’Université de Montréal. Ils nous ont approchés pour que les heures effectuées en CHSLD soient reconnues à l’intérieur de leur programme. »

Depuis deux semaines, des étudiants d’une douzaine de disciplines (ex. : physiothérapie, orthophonie, médecine, sciences infirmières, psychologie, criminologie, etc.) travaillent dans des CIUSSS et des CISSS de l’île de Montréal, de Laval, de la Montérégie, des Laurentides et de Lanaudière. D’autres s’apprêtent à le faire. Leur stage est d’une durée de quatre semaines à temps complet.

L’Université de Montréal a dû faire preuve d’imagination pour intégrer ce stage au cursus scolaire. Les tâches réalisées en CHSLD ne sont pas nécessairement liées aux compétences développées sur les bancs d’école, souligne Tony Leroux. « L’objectif plus large de notre stage humanitaire, c’est d’apprendre à collaborer avec d’autres professionnels », explique-t-il. Un étudiant en pharmacie peut être supervisé par une infirmière.

On va proposer aux étudiants en psychologie d’offrir un soutien psychosocial aux familles dont le proche a la COVID-19

 

Alice Barrière, une étudiante en ergothérapie, a décidé de s’enrôler. Elle débutera sa formation au CISSS de Laval la semaine prochaine. « Je serai coach aux EPI [équipements de protection individuelle] », dit la jeune femme de 21 ans. Elle veillera à ce que le personnel s’habille et se déshabille correctement pour éviter qu’il ne se contamine à la COVID-19. « Je serai aussi formée pour le déplacement des bénéficiaires. »

Alice Barrière devait réaliser cet été un stage au Centre hospitalier universitaire de Montréal (CHUM). Il a été reporté à l’automne. « Ce stage humanitaire ajoute à ma formation et me permet d’être utile », dit-elle. Elle avoue qu’elle n’aurait pas osé offrir d’elle-même ses services à un CHSLD. « J’aurais eu peur de me faire garrocher sur un étage, dit Alice Barrière. Le fait que le stage soit organisé par l’Université de Montréal et que j’aie un superviseur, ça me rassure. »

Le CISSS de Laval accueille près d’une quinzaine d’étudiants dans ses CHSLD. En plus d’être « coach aux EPI », les volontaires peuvent s’occuper de l’hygiène et de l’alimentation des résidents. « On va proposer aux étudiants en psychologie d’offrir un soutien psychosocial aux familles dont le proche a la COVID-19 », dit Alex Battaglini, directeur administratif de l’enseignement universitaire et de la recherche au CISSS de Laval.

Pour Alex Battaglini, cette formule est « rentable pour tout le monde ». Avec la pandémie, la pénurie de personnel s’est accentuée au CISSS de Laval. Des employés ont contracté la COVID-19, d’autres sont en isolement ou ont dû être retirés en raison de leur état (ex. : femmes enceintes). « C’est sûr qu’on aimerait garder ces étudiants à titre d’employés, dit Alex Battaglini. Il y a un potentiel d’embauche. »

La question de la rémunération

Les stagiaires n’ont pas de salaire. « Avec notre couverture d’assurances à l’Université de Montréal, les étudiants qui font un stage ne peuvent pas être rémunérés », dit Tony Leroux. Ceux-ci peuvent toutefois se faire embaucher par le CISSS ou le CIUSSS et faire ensuite reconnaître leur expérience de travail comme stage humanitaire, précise-t-il. Ils seront alors rémunérés. Pour obtenir leurs trois crédits, ils doivent, comme les autres étudiants, rédiger une réflexion critique sur leur expérience.

Jeff Begley, président de la Fédération de la santé et des services sociaux — CSN, pense que les jeunes ont tout intérêt à être payés. « Particulièrement, s’ils vont dans une zone rouge, dit-il. Les rémunérer, ça sera pas trop demandé. »

Mais Jeff Begley voit d’un « bon œil » cette initiative de l’Université de Montréal. « Surtout en ce moment, alors qu’il est question de réduire les vacances des employés [du réseau de la santé], dit-il. Des congés ont été annulés. » Il faut toutefois bien encadrer les étudiants et les protéger avec de l’équipement adéquat, poursuit-il.

La présidente de l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS), Andrée Poirier, est du même avis. Grâce à cette aide, ses membres pourront sans doute prendre de « petites pauses » ou disposer d’un « petit temps pour dîner ». « Mais il faut que les étudiants soient encadrés et préparés à ce qu’ils vont voir, dit-elle. Ça peut être traumatisant. »

La Dre Marie-France Raynault croit que ce programme, crédité, permet d’assurer une stabilité dans le personnel volontaire. « Ce n’est pas juste du bénévolat humanitaire quand ça me tente », dit la médecin spécialiste en santé communautaire et en santé publique. Elle espère toutefois que ces stagiaires ne représenteront pas un « fardeau » supplémentaire pour les employés qui sont déjà « débordés ».

Andrée Poirier, elle, ose croire que ces stages susciteront des « passions ». Les aînés ont bien besoin de gens pour s’occuper d’eux.

 
2 commentaires
  • Daniel Gendron - Abonné 17 mai 2020 08 h 36

    COOPÉRATION

    Bravo pour la création de ce programme. Je l'imagine rémunérer ses stagières et tirer partie des compétances spécifiques de tous et chacun(e).

  • Daniel Gendron - Abonné 17 mai 2020 08 h 58

    COOPÉRATION

    Bravo pour la création de ce programme. Je l'imagine rémunérer ses stagiaires et tirer parti des compétences spécifiques de tous et chacun(e).