L’hôpital de la Cité-de-la-Santé déborde

Sur le terrain, des médecins constatent que la gestion des lits est serrée, indépendamment de la pénurie de personnel.
Photo: Tiziana Fabi Agence France-Presse Sur le terrain, des médecins constatent que la gestion des lits est serrée, indépendamment de la pénurie de personnel.

La COVID-19 frappe fort à l’hôpital de la Cité-de-la-Santé, à Laval. Les 489 lits d’hospitalisation de l’établissement sont tous occupés, ou presque. Dernièrement, le taux d’occupation a dépassé les 100 %, frôlant même les 109 %, selon des données obtenues par Le Devoir auprès du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS). Pour libérer des lits, le CISSS transférera dès vendredi des patients dans un site aménagé sur la patinoire olympique de la Place Bell.

La Cité-de-la-Santé, un établissement désigné pour accueillir des patients de la COVID-19, est « sous pression », reconnaît Chantal Friset, présidente-directrice générale adjointe du CISSS de Laval. Selon le MSSS, il n’y avait aucun lit « potentiellement disponible (inoccupé) » entre le 1er et 7 mai, sauf le 5 mai, où on en dénombrait un.

« Je vous rassure, on est encore capable d’admettre des patients, dit Chantal Friset. On a quand même un certain nombre d’aires de débordement, qui sont sécuritaires. »

Si tous les lits sont pratiquement occupés, c’est notamment parce que bien des patients ne peuvent retourner dans leur CHSLD, explique Chantal Friset. « C’est long avant qu’ils récupèrent complètement, précise-t-elle. Il faut aussi attendre qu’ils aient deux tests négatifs pour qu’ils soient déclarés guéris. »

Plusieurs CHSLD ont été durement touchés par la COVID-19 à Laval. La maladie a fait 87 morts au Centre d’hébergement Sainte-Dorothée, selon le dernier bilan des autorités. À présent, trois CHSLD sont en situation critique : le centre d’hébergement de la Rive (29 morts et 35 cas actifs, soit 56 % des résidents actuels) ; le centre d’hébergement l’Eden de Laval (46 morts, 33 cas actifs, soit 35 % des résidents actuels) et le CHSLD Saint-Jude (10 morts, 66 cas actifs, soit 32 % des résidents actuels).

Pour désengorger son unique hôpital, le CISSS de Laval mise sur un site aménagé à la Place Bell, où une cinquantaine de patients en voie de rétablissement pourront séjourner. Depuis fin mars, un hôtel de Laval accueille aussi des malades. « [Là-bas], il reste environ une vingtaine de places sur les 90 », dit Chantal Friset.

La situation des hôpitaux dans la grande région de Montréal préoccupe le gouvernement Legault.

Lors de son point de presse jeudi, le premier ministre a signalé que la capacité d’accueil des centres hospitaliers (hospitalisation et soins intensifs) est l’une des conditions pour procéder au déconfinement.

 

 

D’emblée, François Legault a souligné que le Québec ne manque pas de places dans les hôpitaux. Quelque 7000 lits ont été libérés au début de la pandémie. « On a graduellement redonné ces lits, parce qu’on n’en utilise même pas 2000, a-t-il dit. Ce serait possible d’avoir accès à des lits supplémentaires. Le problème, c’est le personnel. » Il manque « quelques milliers d’employés », estime le premier ministre.

« Si jamais il y avait une vague de COVID, suite à un déconfinement progressif, faut être capable d’avoir ce coussin. Actuellement, on ne l’a pas, à cause du personnel [nécessaire] pour faire fonctionner ces lits-là. »

Sur le terrain, des médecins constatent que la gestion des lits est serrée, indépendamment de la pénurie de personnel. « Le taux d’occupation dans les hôpitaux de la région de Montréal reste assez élevé, dit le Dr Hoang Duong, président de l’Association des spécialistes en médecine interne du Québec. C’est beaucoup plus élevé que le reste du Québec. »

Selon les données du MSSS, le taux d’occupation des lits d’hospitalisation à Montréal se situait entre 71 % et 74 % entre le 1er et le 7 mai (1111 à 1585 lits « potentiellement disponibles »). Aux soins intensifs, ce pourcentage a atteint jusqu’à 80,5 % (78 lits « potentiellement disponibles » ce jour-là).

« Depuis le 7 mai, il y a eu une légère amélioration aux soins intensifs », dit le Dr Hoang Duong. Une tendance que confirme la Dre Diane Francœur, présidente de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ). « Depuis les derniers jours, ça semble aller un petit peu mieux, dit-elle. C’est déjà encourageant. Le problème, c’est vraiment au niveau des hospitalisations. »

 

 

Dans les hôpitaux du 514 et du 450, ces lits d’hospitalisation sont convoités, selon le Dr Germain Poirier, président de la Société des intensivistes du Québec. « Quand un lit se libère, c’est un petit peu la lutte pour savoir qui va tirer la corde de son côté le plus fort », illustre-t-il. Des patients aux soins intensifs et à l’urgence sont en attente d’un lit d’hospitalisation. Des malades, aux étages, attendent d’être déplacés en zone tampon ou de retourner à la maison, en CHSLD ou en résidences privées pour aînés.

C’est sans compter les éclosions de COVID-19 qui peuvent réduire la capacité d’accueil, le temps que les unités touchées soient réorganisées. « On a besoin de ces lits, mais on est obligés de les fermer à cause de la stérilisation et du ménage », dit le Dr Germain Poirier.

Bref, un véritable casse-tête quotidien pour les gestionnaires et les administrateurs d’hôpitaux. D’autant que les établissements reprennent graduellement leurs activités normales, indique la Dre Diane Francœur. « On a beaucoup parlé sur le plan éthique de qui aura le fameux respirateur, dit-elle. Maintenant, c’est qui aura le lit et l’infirmière ! »

Environ 60 % des activités ont pu être préservées en oncologie, selon la Dre Diane Francœur. « Mais on commence à s’inquiéter pour les patients qui ont besoin d’être opérés et qui doivent aussi être hospitalisés aux soins intensifs. » C’est le cas, par exemple, d’une personne atteinte d’un cancer du côlon qui doit se faire retirer une partie de l’intestin, dit-elle.

La situation est tout autre en région, comme en témoignent les données du MSSS (voir tableau).

« Certains hôpitaux sont déjà entre 80 et 90 % de leurs activités régulières, dit le Dre Diane Francœur. C’est une bonne nouvelle. »

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3 commentaires
  • Yves Corbeil - Inscrit 15 mai 2020 10 h 25

    Ça prend un chef

    Je pense que pour la pérennité de la situation à la place Bell, ils devraient laissé Joël Bouchard en charge car j'ai vraiment l'impression qu'un diplôme en médecine ne fait pas nécessairement de toi un «top gun» en gestion de crise et Joël depuis son association avec le CH, est un champion de la gestion de crise et ses deux adjoints sont pas pire pantoute.

  • Yves Corbeil - Inscrit 15 mai 2020 10 h 28

    Mme Francoeur

    Vous avez donné combiens d'heures sur le terrain des résidences, la volontaire autoproclamée de la covid 2020.

  • Diane Guay - Abonnée 15 mai 2020 23 h 08

    LA ROULETTE RUSSE ET L'ÉTHIQUE DU VIVANT

    Il y a près d'un mois, l'Hôpital Cité de la Santé a décidé de déménager des patients pour accueillir les personnes des CHSLD et des résidences privées de LAVAL qui avaient été contaminés à la Covid et laissés à l'abandon par le manque de soignants et de responsables administratifs.
    Les patients des soins palliatifs, de psychiatrie et les patients d'orthopédie ont été déménagés dans un Hôtel QUALITY INN sur le bord
    de l'autoroute 15. Bien sûr cet hôtel sur le bord de l'autoroute 15 ne se compare pas à un goulag.
    Mais le déménagement de patients-es de soins palliatifs représente une décision administrative lourde de conséquences humaines et éthiques. Dans l'état de passage de la vie à la mort comme celui de l'état foetal à la vie de nourrisson, le besoin de soin et de besoin d'accompagnement médical et thérapeutique représente un cadre éthique du vivant à la mort.
    Les patients des soins palliatifs au RC afin que leurs proches derrière la vitre les accompagne dans le froid d'avril au bruit des vombrissements des véhicules filant sur l'autoroute. Une mére qui n'est plus consciente, des infirmières parachutées sans connaissance des cas puis une sur- médication sédative pour endormir cette femme qui le matin se levait , s'habillait pour le déjeûner à Cité de la Santé . Elle s'agita face à son déménagement et on l'a endormi avec un dosage d'Ativan.
    La révolte de ses enfants a permis qu'elle rende son dernier souffle avec sa fille près d'elle. Il y a le choix éthique de qui a droit au respirateur et maintenant le choix de qui a droit à l'hôpital et aux soins d'accompagnement médical à la mort.
    l'hôpital