Un vaccin produit au Québec bientôt testé sur l’humain

La première phase des essais cliniques devrait commencer cet été sur 100 à 200 jeunes adultes en bonne santé.
Photo: Rodger Bosch Agence France-Presse La première phase des essais cliniques devrait commencer cet été sur 100 à 200 jeunes adultes en bonne santé.

L’entreprise québécoise Medicago qui a mis au point un vaccin contre la COVID-19 annonçait aujourd’hui avoir obtenu des résultats très encourageants chez l’animal. Forte de ce premier succès, elle prévoit de lancer des essais cliniques chez des personnes saines, dès cet été.

Les chercheurs de cette entreprise biopharmaceutique ont administré une première dose de ce vaccin à des souris dans le but de vérifier son innocuité et sa capacité à induire une bonne réponse immunitaire. Ils ont ensuite procédé à des prélèvements sanguins sur les animaux, dix jours après les avoir vaccinés. L’analyse de ces échantillons de sang a révélé que « le vaccin avait stimulé la production d’un bon niveau d’anticorps. Selon la dose et la formulation administrées, le niveau d’anticorps était de 100 à 10 000 fois plus élevé qu’avant la vaccination », a affirmé Nathalie Charland, directrice principale des affaires scientifiques et médicales chez Medicago.

Certains animaux ont reçu le vaccin seul, alors que d’autres se sont vu administrer le vaccin combiné à un adjuvant, c’est-à-dire un immunostimulateur destiné à accroître la réponse immunitaire. « De nombreux vaccins destinés aux enfants, dont le vaccin contre le VPH, contiennent des adjuvants. L’ajout d’un adjuvant pourrait permettre de réduire la dose effective, c’est-à-dire la dose de vaccin [d’antigènes] nécessaire pour induire une bonne réponse immunitaire. Cela permettrait ainsi de produire plus de doses avec une même quantité de vaccin [d’antigènes] et donc de vacciner plus de gens. L’adjuvant peut aussi permettre d’obtenir une réponse immunitaire plus rapide, de prolonger la durée de la protection que procure le vaccin, voire d’éviter le recours à une dose de rappel », précise Mme Charland.

Justement, les souris qui ont été vaccinées, il y a plusieurs semaines, ont reçu, il y a quelques jours, une dose de rappel. On vérifiera dans quelques semaines si cette dernière a accru la réponse immunitaire ou non. « Il est fréquent d’administrer une dose de rappel d’un vaccin qui doit protéger contre un nouveau virus auquel on n’a jamais été confronté. Les jeunes enfants ont souvent besoin de recevoir plus d’une dose de vaccin, étant donné qu’ils n’ont jamais été exposés aux virus et aux bactéries qui circulent. Par exemple, les adultes ne reçoivent qu’une seule dose du vaccin contre la grippe, alors que les enfants de moins de six mois ont souvent besoin d’une seconde dose pour produire un bon niveau d’anticorps contre le virus », détaille Mme Charland.

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Les données positives qui ont été recueillies jusqu’à maintenant, ainsi que celles qui le seront à la suite de la dose de rappel permettront de « monter un dossier que nous présenterons à Santé et à la FDA, des États-Unis, afin d’obtenir l’autorisation de mener des essais cliniques chez l’humain », souligne-t-elle.

La première phase des essais cliniques devrait commencer cet été sur 100 à 200 jeunes adultes en bonne santé. Elle visera à vérifier l’innocuité du vaccin et à déterminer la dose effective. Pour ce faire, on administrera une dose différente à chaque groupe de personnes, et on mesurera ensuite la réponse immunitaire qu’entraîne chacune de ces doses, ce qui permettra de déterminer la dose qui protégera le mieux contre la maladie.

Si cette première phase est couronnée de succès, on procédera à une seconde phase, cet automne, qui aura pour objectif de valider la dose qui semblait la plus adéquate chez un plus grand nombre de participants. Cette seconde phase permettra aussi de confirmer ou d’infirmer l’innocuité du vaccin. En principe, on devrait également effectuer une troisième phase qui consistera à « confirmer l’efficacité du vaccin sur des milliers de personnes, mais les autorités réglementaires décideront peut-être qu’il est urgent de vacciner les gens le plus tôt possible », avance Mme Charland.

Si l’ensemble de ces essais cliniques confirme l’efficacité et l’innocuité du vaccin, des doses de celui-ci pourront être produites à grande échelle dans les installations de Medicago, à Québec, ainsi que dans celles de Caroline du Nord, où on pourra préparer respectivement 20 millions de doses et 100 millions de doses par année. « On pourra ainsi vacciner notre propre population », fait remarquer Mme Charland.

Le vaccin que Medicago a mis au point repose sur une technologie qui a fait ses preuves puisqu’elle est également utilisée pour les vaccins contre le VPH et les hépatites A et B. Le vaccin conçu par Medicago se compose de particules pseudo-virales (PPV) qui ont été fabriquées par des plantes auxquelles on a inoculé le gène responsable de la synthèse des spicules qui pointent à la surface du SRAS-CoV-2. Les particules produites par les plantes ressemblent ainsi au virus et agissent comme un leurre pour le système immunitaire qui induit alors une réponse immunitaire contre ce corps étranger.

Bien sûr, le vaccin conçu par Medicago n’a franchi que la première étape d’un long processus. « Les souris de laboratoire réagissent souvent favorablement à un antigène étranger parce qu’elles n’ont pas été en contact avec beaucoup de pathogènes. On a bon espoir que le vaccin fonctionnera chez l’humain, même si ce n’est pas garanti. Néanmoins, cette première étape nous donne des outils pour continuer le développement du vaccin », souligne Mme Charland.