87 décès au CHSLD de Sainte-Dorothée, qui passe le cap des 200 infections

Depuis le début du mois d’avril, le nombre de cas de COVID-19 au CHSLD de Ste-Dorothée ne cesse d’augmenter, même si l’augmentation est moins rapide depuis les dernières semaines.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Depuis le début du mois d’avril, le nombre de cas de COVID-19 au CHSLD de Ste-Dorothée ne cesse d’augmenter, même si l’augmentation est moins rapide depuis les dernières semaines.

Le CHSLD de Sainte-Dorothée, qui a été l’un des plus frappés par la crise du COVID-19, vient de passer le cap des 200 résidents infectés et compte désormais 87 décès. Si la situation se stabilise tranquillement, cet établissement est loin d’être sorti de la crise, et ce, sans que le CISSS de Laval soit capable de déterminer les raisons exactes.

Depuis le début du mois d’avril, le nombre de cas de COVID-19 ne cesse d’augmenter, même si l’augmentation est moins rapide depuis les dernières semaines.

Le 9 avril, on comptait 115 cas et 13 décès. Le 27 avril, on dénombrait 189 cas et 81 décès. Les derniers chiffres disponibles du CISSS de Laval, en date du 13 mai, faisaient état de 206 cas et de 87 décès.

De ce nombre, 29 personnes sont guéries, ce qui « donne une lueur d’espoir » affirme Judith Goudreau, directrice des communications au CISSS de Laval.

« Comment explique-t-on que le virus circule encore ? Plusieurs hypothèses sont formulées par nos équipes de spécialistes, notamment celle que la charge virale du coronavirus était bien installée dans ce centre », affirme Mme Goudreau.

« Tout le personnel a bien été formé et a fait un grand travail pour prévenir la propagation, mais le virus était déjà là, ajoute-t-elle. Il faut se reporter au début du mois de mars, où un simple rhume n’était pas considéré comme étant nécessairement un cas de COVID-19. À ce moment, le virus était moins connu et on ne dépistait que les voyageurs. »

Au Syndicat des infirmières, des inhalothérapeutes et des infirmières auxiliaires de Laval (SIALL-CSN), la présidente, Isabelle Dumaine, estime que la situation s’est améliorée par rapport à ce qui prévalait il y a quelques semaines, mais se questionne sur les raisons qui font qu’il y a encore des cas.

« Il y a encore des inquiétudes à avoir. Le nombre de décès s’est un peu stabilisé, mais les cas d’infection augmentent toujours un peu. On se demande toujours comment ça se fait. Ça fait déjà plus d’un mois qu’on a eu le pic de l’éclosion, peut-être qu’il y a des retardataires… »

Critiques

Ce CHSLD a fait les manchettes en avril dernier en raison de la propagation fulgurante du virus. Le 12 avril dernier, la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) publiait un rapport faisant état de plusieurs lacunes.

Comme l’a révélé La Presse, l’inspecteur notait que du personnel infecté était forcé de travailler et qu’il se déplaçait d’une unité à l’autre. Ce dernier terminait toutefois son rapport en écrivant que « compte tenu des mesures mises en place par la suite, incluant celles ajoutées lors de l’intervention, j’estime que les situations dérogatoires relevées sont maintenant corrigées »

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Quelques jours plus tard, des résidents et leurs familles déposaient une action collective à la Cour supérieure du Québec pour négligence.

Mesures de prévention

Le CISSS de Laval affirme avoir pris plusieurs mesures afin d’éviter la propagation du virus, et ce, « depuis plusieurs semaines ».

« Les horaires des employés sont stabilisés, ce qui inclut une affectation à long terme dans ce lieu de travail », explique Judith Goudreau. Aucun déplacement de patient n’est autorisé, et le port de l’équipement de protection individuel est obligatoire pour tout contact avec les résidents, ajoute-t-elle.

La présidente du syndicat des infirmières de Laval confirme que ses membres n’ont plus de problème avec l’équipement, même s’ils aimeraient avoir des masques N95, qui ne sont toujours pas considérés comme nécessaires dans les CHSLD québécois.

Elle constate également qu’il y a une meilleure stabilité dans les équipes de travail et dans le roulement. « Je ne dirais pas que c’est parfait, car on manque encore de préposés, ce qui a un impact sur le travail des infirmières et des auxiliaires, mais ça va mieux si on se compare. »

Elle s’inquiète toutefois de la présence des proches aidants, autorisés dans l’établissement depuis le 11 mai. Le CISSS affirme leur avoir donné une formation en matière de protection et de contrôle des infections. « Il va falloir surveiller ça, dit Isabelle Dumaine, la présidente du SIALL. Ils ont des protocoles très stricts, mais il va falloir être vigilants en espérant que ça ne va pas repartir dans le mauvais sens. »

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