Les omnipraticiens montréalais appelés en renfort dans les CHSLD

Le réseau de la santé lance un appel à l’aide aux omnipraticiens qui pratiquent en cabinet à Montréal afin qu’ils aillent prêter main-forte dans les CHSLD et les résidences pour aînés. Les médecins qui y sont déjà déployés « peinent à fournir à la tâche » et il va en « manquer » dans « certains » centres « au cours des prochains jours et prochaines semaines », signale le comité de réaffectation médicale de Montréal dans un courriel envoyé à 400 médecins, dont Le Devoir a pris connaissance.

La COVID-19 a fait son lot de victimes parmi les troupes médicales qui travaillent en hébergement. Des médecins ont été infectés, d’autres sont en quarantaine. Certains, venus aider, doivent reprendre leurs activités habituelles. Il faut donc en trouver d’autres pour soigner les patients dans les CHSLD, les résidences privées pour aînés (RPA) et les ressources intermédiaires (RI). Les volontaires ont le choix de travailler à temps partiel ou à temps plein. « Si on pouvait trouver de 10 à 15 paires de bras pour remplir la liste de garde, on serait satisfaits », dit en entrevue la Dre Ariane Murray, porte-parole du comité de réaffectation médicale de Montréal.

Quelque 400 courriels pour 10 à 15 paires de bras ? Eh oui, le réseau en est rendu là, admet la Dre Ariane Murray, qui a elle-même été infectée par la COVID-19. « Actuellement, des médecins dépanneurs qui vont habituellement dans le Grand Nord dépannent à Montréal ! » dit-elle.

La Dre Ariane Murray rappelle que la métropole faisait face à une pénurie de médecins de famille avant même la pandémie de COVID-19. Il en manquait 180, selon la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec.

Si on pouvait trouver de 10 à 15 paires de bras pour remplir la liste de garde, on serait satisfaits

Avec la crise actuelle, la gestion des ressources médicales est devenue un véritable jeu d’équilibriste. Les besoins varient sans cesse, en fonction des éclosions et de la contamination du personnel, explique la Dre Ariane Murray. « Quand il y a une éclosion en CHSLD, il faut tripler les effectifs médicaux », dit-elle.

Bien des médecins mettent déjà la main à la pâte dans les CHSLD, les RPA et les RI, d’après la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ). « On est rendus à 2000 », dit le directeur des communications de la FMOQ, Jean-Pierre Dion. Avant la pandémie, quelque 1400 médecins de famille travaillaient dans ces milieux de vie, indique-t-il. Environ 600 médecins ont donc rejoint leurs rangs.

Quant aux médecins spécialistes, plus de 650 — sur les 2400 qui se sont portés volontaires — se sont rendus en CHSLD, indique la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ). Ils étaient « jusqu’à une centaine par jour » dans ces centres, précise la FMSQ dans un courriel. Les médecins spécialistes reprennent maintenant les activités hospitalières « à près de 50 % à Montréal et à 70 % en région », ajoute-t-on.

Des médecins de famille doivent aussi retourner dans leur milieu d’origine. AU GMF-U de Verdun, une dizaine de médecins, actuellement en CHSLD, devront superviser des étudiants en médecine et des résidents à partir du mois de juin, indique son directeur médical, le Dr Daniel Murphy. « On ne veut pas de retard dans les remises de diplômes ou dans les cohortes », dit-il.

Limitations personnelles

Jusqu’à présent, la Dre Ariane Murray a reçu moins d’une dizaine de réponses de la part de médecins. L’appel a été lancé la fin de semaine dernière. « Il y en a qui m’ont dit : “J’aimerais y aller, mais je ne le peux pas : j’ai un cancer actif, je suis immunosupprimé”, etc. »

La Dre Marie-Ève Morin, elle, aurait bien voulu venir en aide à ses collègues sur le terrain, mais elle est la seule médecin de sa petite clinique, Caméléon. Ses patients ont des problèmes de dépendance et de santé mentale. « Les appels de détresse explosent en ce moment, dit-elle. Au lieu de réduire mon nombre de jours en clinique, je veux les augmenter. J’aurais besoin d’aide ! »

 

Pour le Dr John Sader, spécialisé en toxicomanie, il est « hors de question » d’aller pratiquer en CHSLD. Son état de santé ne le lui permet pas, dit le médecin de famille de 58 ans. Mais surtout, il ne veut pas abandonner ses patients. « 80 % des toxicomanes ont des troubles psychologiques connexes, comme des troubles anxieux, de la bipolarité et des troubles de l’humeur, souligne-t-il. On ne veut pas que toute la gang décompense. »

Le Dr John Sader dit apporter sa contribution autrement, en offrant ses services au programme d’aide aux médecins du Québec, qui propose de l’accompagnement psychologique aux médecins au front.

La disponibilité des médecins varie grandement selon la clientèle et la pratique, selon la Dre Marie-Pierre Laflamme, secrétaire à l’Association des médecins omnipraticiens de Montréal. Elle croit que le comité de réaffectation médicale a tout de même bien fait de tenter sa chance en contactant tous les médecins de famille de la métropole.

« Quand on cherche du monde pour deux semaines complètes, tu osesmoins [te manifester] », dit-elle. La possibilité de faire quelques heures par semaine pourrait en inciter certains à lever la main, croit-elle.

Et qui sait, dit la Dre Marie-Pierre Laflamme, des médecins pourraient découvrir une nouvelle pratique et un désir d’œuvrer, dans l’avenir, dans les CHSLD.

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2 commentaires
  • Patrick Daganaud - Abonné 13 mai 2020 04 h 48

    RENFORTS ET CAUSES

    Tant qu'on ne jugulera pas les causes de la propagation du virus, les bras vont toujours manquer pour le contrôler.

    Il apparît flagrant que les lacunes dans l'aide aux personnes vulnérabilisées, en raison de handicaps initiaux, acquis ou provoqués de toute nature, dans leur gestion autonome efficace de leur distanciation, de leur hygiène générale et de leur APTITUDE D'AUTOPROTECTION est une des causes majeures des dérapages dans nos suivis de santé.

    Ainsi la situation « inexplicable » des éclosions à l'Institut Douglas illustre les effets de la gestion curative à l'aveugle : nous prenons des risques sans mesures d'impacts avec le déconfinement. Les précautions sont réactives et curatives. NON PRÉVENTIVES.

    (Situation explicative à l'Institut Douglas : « Comment ces personnes ont-elles contracté la COVID-19 dans la mesure où aucune visite n’est permise dans cette zone sécurisée ? Il s’agit d’une « belle question problème », répond le médecin.
    Il avance l’« hypothèse » selon laquelle le virus a franchi les murs de l’unité abritant le Programme de démence avec comorbidité psychiatrique grâce à un membre du personnel. « C’est probable que le [premier] patient testé positif a été contaminé par un de nos employés qui a amené le virus. Il était asymptomatique. C’est une possibilité. Je ne peux pas vous dire exactement comment. On ne le sait pas. On ne le saura pas », affirme M. Turecki, qui est également directeur scientifique au Centre de recherche Douglas.»

  • Steve Gagnon - Inscrit 13 mai 2020 09 h 41

    deux poids deux mesures

    Les infirmières et les préposés n'ont pas ce luxe de refuser sans qu'il y ait de conséquence...