Des travailleurs de la santé réclament le droit à des vacances

«Nos moyens de pression sont limités, car on ne veut pas prendre la population en otage. On a bien conscience que notre travail est essentiel en ce moment», explique Pierre-David Gagné, infirmier aux soins intensifs de l’Hôpital Santa Cabrini, à Montréal.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir «Nos moyens de pression sont limités, car on ne veut pas prendre la population en otage. On a bien conscience que notre travail est essentiel en ce moment», explique Pierre-David Gagné, infirmier aux soins intensifs de l’Hôpital Santa Cabrini, à Montréal.

Stressés et à bout de souffle, des travailleurs de la santé se mobilisent à travers le Québec pour réclamer par leurs propres moyens de meilleures conditions de travail et le droit à des vacances, estimant leurs syndicats « muselés » par les directives ministérielles et l’état d’urgence.

« On a le cœur à l’ouvrage, mais on a une limite physique et psychologique. On est confronté à la fatigue et au stress. On est des humains, pas des robots », lance comme un cri du cœur une infirmière dans un hôpital de la Gaspésie, qui a requis l’anonymat par crainte de représailles.

Les temps supplémentaires sont devenus coutume dans le milieu depuis le début de la pandémie de coronavirus. La charge de travail est importante et ne cesse de s’alourdir alors qu’on comptabilisait encore 11 000 employés absents dans le réseau de la santé lundi. Certains craignent de finir par faire une erreur qui leur coûtera leur permis d’exercer, voire pire, la vie d’un patient.

« Je suis au front depuis le début de la crise et je n’ai jamais été aussi fatigué de ma vie. C’est un travail qui demande excessivement d’énergie, tant physique que psychologique », renchérit un préposé aux bénéficiaires dans un CHSLD de l’est de Montréal, fortement touché par la COVID-19.

Ils sont donc plusieurs à travers le Québec à avoir adopté différents moyens de pression ces dernières semaines pour faire entendre leur appel à l’aide. Certains ont décidé de porter un uniforme noir, d’autres un chandail arborant le mot-clic #justeunnuméro ou encore le symbole d’un cœur brisé en papier accroché avec une épingle.

Ils se mobilisent et partagent leurs idées grâce à un groupe Facebook créé dans les derniers jours par Pierre-David Gagné, infirmier aux soins intensifs de l’Hôpital Santa Cabrini, à Montréal, depuis le début de la pandémie. Contre toute attente, 6500 « anges gardiens » ont adhéré à son groupe en moins d’une semaine. « Nos moyens de pression sont limités, car on ne veut pas prendre la population en otage. On a bien conscience que notre travail est essentiel en ce moment », explique l’infirmier.

 

Besoin de vacances

« On ne demande pas la lune, on veut juste pouvoir se reposer. Si on ne veut pas que les gens s’épuisent, qu’ils tombent en dépression ou qu’ils quittent le milieu, ça prend des vacances. C’est essentiel ! » insiste Pierre-David Gagné. Un discours qu’ont tenu d’autres infirmiers et proposés aux bénéficiaires à qui Le Devoir a parlé.

Or ces vacances, ils pourraient devoir y renoncer dans les circonstances actuelles de pénurie de main-d’œuvre. L’arrêté ministériel adopté par Québec le 21 mars dernier permet aux gestionnaires du réseau de la santé d’annuler tous les congés de leur personnel, de modifier leurs horaires et de les déplacer selon les besoins.

« Ça a occasionné beaucoup d’abus, parfois sans justification, de la part des gestionnaires. Depuis deux mois on se fait refuser nos congés et nos fériés, on comprend mais on ne pourra pas continuer comme ça cet été », s’inquiète M. Gagné.

« Syndicats muselés »

En temps normal, ces travailleurs se seraient tournés vers leur syndicat, mais l’arrêté ministériel a affaibli leur rôle, jugent-ils.

« La FIQ a demandé fin avril au gouvernement de nous donner des vacances, mais c’est comme écrire une lettre au père Noël si aucune action n’est prise pour faire respecter nos droits. Le décret et l’état d’urgence donnent au gouvernement les arguments nécessaires pour ne rien changer à la situation », déplore M. Gagné.

De son côté, la présidente de la FIQ, Nancy Bédard, dit comprendre le sentiment d’abandon de ses membres. « Dans ce confinement, nos réflexes, nos moyens pour voir nos membres et organiser des actions, tout ça nous a été enlevé, justifie-t-elle. Beaucoup de représentants syndicaux ont été réquisitionnés pour aider dans le réseau, donc c’est plus difficile pour eux d’être présents ».

Elle se veut toutefois rassurante, précisant que des actions sont prévues dans la prochaine semaine. « Nos membres vont retrouver leur FIQ d’autrefois, dit-elle. Les choses doivent changer, on ne peut continuer dans ce régime là. »

Avec Magdaline Boutros
 

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