Hausse des cas infantiles d’une rare maladie inflammatoire grave

Normalement, les spécialistes de Sainte-Justine rencontrent en moyenne un cas de syndrome de Kawasaki toutes les une à deux semaines.
Photo: Michael Monnier Archives Le Devoir Normalement, les spécialistes de Sainte-Justine rencontrent en moyenne un cas de syndrome de Kawasaki toutes les une à deux semaines.

Des enfants atteints d’une forme atypique du syndrome de Kawasaki ont été admis au CHU Sainte-Justine et à l’Hôpital de Montréal pour enfants, ces dernières semaines, mais tous ont été déclarés négatifs aux tests de dépistage de la COVID-19. Néanmoins, les cliniciens chercheurs du CHU Sainte-Justine ont décidé de lancer une étude afin de vérifier s’il y a un lien sous-jacent entre cette maladie inflammatoire grave qui touche les enfants et la pandémie.

Normalement, les spécialistes de Sainte-Justine rencontrent en moyenne un cas de syndrome de Kawasaki toutes les une à deux semaines. L’hôpital de Montréal pour enfants en traite 30 à 40 par année. « Mais il y a quelques semaines, on a eu des cas de syndrome de Kawasaki qui étaient atypiques et en nombre un petit peu plus élevé », raconte le Dr Élie Haddad, clinicien et chercheur en maladies immunitaires au CHU Sainte-Justine.

« Ces cas ont éveillé notre curiosité en raison de la pandémie; on a tout de suite pensé que cela pouvait être dû au coronavirus. Or, on l’a cherché [par de multiples tests de dépistage] et nous ne l’avons pas trouvé. Puis, quand, par la suite, il y a eu cette annonce faite par les Britanniques et confirmée par les Français, les Espagnols, les Belges et ces derniers jours par les New-Yorkais, qui affirmaient aussi avoir des cas de Kawasaki atypiques dont certains avaient eu une infection au coronavirus, on a pensé que c’était peut-être ça qu’on avait vu. Le fait que cette alerte soit apparue dans plusieurs pays en même temps laisse à penser qu’il y a peut-être vraiment quelque chose, mais on en est encore qu’au stade de l’hypothèse. »

Le Dr Haddad et ses collègues ont alors décidé de soumettre leurs patients à des tests sérologiques dans le cadre d’un projet de recherche sur des maladies immunitaires dans le but de mettre en lumière un possible « lien de cause à effet » entre ce syndrome et la COVID-19.

Protocole national

« Ce ne sera pas simple à prouver, car une sérologie positive [en raison de la présence d’anticorps contre le SRAS-CoV-2] nous dira qu’il y a eu une infection à coronavirus, mais elle ne nous confirmera pas que c’est cette infection qui a causé le syndrome de Kawasaki, car cette association n’est peut-être qu’anecdotique. Il faudra plusieurs patients et effectuer des calculs statistiques [pour élucider ce possible lien] », dit-il avant d’ajouter qu’un protocole national est en voie d’être mis sur pied pour intégrer à l’étude des patients provenant des autres hôpitaux du Québec, de Toronto, de Calgary et de Vancouver, voire de pays européens.

Il y a quelques semaines, on a eu des cas de syndrome de Kawasaki qui étaient atypiques et en nombre un petit peu plus élevé

Si la sérologie s’avère positive chez ces patients, cela peut vouloir dire que les virus sont cachés, « ce qui serait étonnant », ou que le coronavirus a été éliminé par le système immunitaire, mais que ce dernier s’est ensuite emballé, provoquant du coup une réaction inflammatoire excessive, comme ce qu’on observe dans le syndrome de Kawasaki.

« En médecine, il y a beaucoup d’infections virales et bactériennes, comme un petit rhume ou une pharyngite, par exemple, qui sont responsables d’une réaction immunitaire au moment de l’infection, et trois semaines plus tard, survient une grosse manifestation inflammatoire, une arthrite, une atteinte du rein. Il y a des mécanismes immunitaires qui expliquent ce phénomène. C’est peut-être ce qui se passe dans ces cas [de syndrome de Kawasaki atypique]. C’est une hypothèse, mais nous n’avons pas encore de certitude », avance le Dr Haddad.

« Notre étude permettra aussi de comprendre pourquoi le système immunitaire s’emballe ainsi chez certains patients et pas chez d’autres. »

Le Dr Haddad insiste toutefois sur le fait qu’il y a très peu d’enfants qui développent ce syndrome. « On en a vu un petit peu plus que d’habitude, et comme on est en période de pandémie, c’est logique d’y penser. Mais les décès sont exceptionnels, et la grande majorité des cas récupèrent complètement grâce à des traitements qui permettent d’éviter des séquelles au niveau des artères coronaires », souligne-t-il.

À voir en vidéo