Une famille devrait-elle se «fabriquer» sa propre immunité?

Même si les membres de la famille sont relativement jeunes, le coronavirus peut s’avérer très dangereux.
Photo: iStock Même si les membres de la famille sont relativement jeunes, le coronavirus peut s’avérer très dangereux.
Une lectrice nous explique que son conjoint a été testé positif à la COVID-19. Les autorités publiques lui ont donc demandé de s’isoler dans une pièce de leur maison durant 14 jours. Elle se demande toutefois si elle et ses enfants ne seraient pas mieux de demeurer en contact avec lui, afin, dit-elle, de développer l’«immunité naturelle» des membres de sa famille. «En l’attrapant [la COVID-19] dès maintenant par mon conjoint, est-ce que notre immunité naturelle se développerait?»

Présidente de la Société canadienne pour la virologie et chercheuse au Centre de recherche du CHUM, Nathalie Grandvaux nous met en garde contre le recours à ce type de solution, et ce, pour plusieurs raisons.

«L’isolement de la personne infectée vise à éviter la transmission du virus. La transmission, si elle n’est pas contrôlée, va en effet provoquer une demande importante pour le système de santé. C’est ce qui s’est passé au début de la pandémie et fait en sorte que notre système peut arriver à saturation et ne pas pouvoir s’occuper des patients atteints de formes sévères», explique-t-elle.

Cette pratique de l’isolement sert également à éviter une résurgence du nombre de cas de personnes infectées par la COVID-19 au cours des prochains mois, comme plusieurs le redoutent. «Si chaque personne qui est infectée n’est pas isolée, nous risquons une deuxième vague de transmission aussi importante que la première. Pour éviter cela, le déconfinement doit se faire de manière graduelle», souligne Mme Grandvaux, qui est également professeure au Département de biochimie et de médecine moléculaire de la Faculté de médecine de l’Université de Montréal.

Qui plus est, même si les membres de la famille sont relativement jeunes, le coronavirus peut s’avérer très dangereux. «Même si la grande majorité des personnes qui souffrent de symptômes sévères sont des personnes de plus de 70 ans, des personnes plus jeunes développent une forme sévère de la maladie.»

Enfin, Nathalie Grandvaux rappelle que «le développement de l’immunité face au SRAS-CoV-2 n’est pas encore un fait établi. Des études supplémentaires sont nécessaires pour s’assurer de cette protection». Peut-on contracter deux fois la COVID-19? Cette question cruciale dans la lutte contre la pandémie n’a aujourd’hui pas de réponse ferme.

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