Solidaire jusqu’au bout

Catherine Couturier Collaboration spéciale
Après avoir elle-même contracté la COVID-19, la Dre Mélissa Ranger répond à l’appel à l’aide dans les CHSLD.
Photo: Courtoisie Après avoir elle-même contracté la COVID-19, la Dre Mélissa Ranger répond à l’appel à l’aide dans les CHSLD.

Ce texte fait partie du cahier spécial Services essentiels

Dans cette crise, les gestes de solidarité surgissent de partout. Une solidarité comme celle de la Dre Mélissa Ranger, urgentologue, qui après avoir elle-même contracté la COVID-19, a levé la main pour répondre à l’appel à l’aide dans les CHSLD.

« En début de crise, on faisait face à beaucoup d’inconnu, et tout évoluait très rapidement. À l’intérieur de tout ce brouhaha, il fallait s’adapter », raconte la médecin spécialiste de l’hôpital Charles-Le Moyne. Même avec son intérêt pour la gestion de catastrophe et sa capacité d’adaptation essentielle pour pratiquer la médecine d’urgence, rien ne l’avait préparé à une crise d’une telle ampleur. Avec le regard fixé sur l’Italie et la médecine de guerre qui s’y pratiquait, il fallait apprivoiser de nouvelles façons de faire. « On ne voulait pas l’attraper ni contaminer nos proches et nos patients. C’est très anxiogène », confie-t-elle.

De soignante à patiente

Après plusieurs nuits de travail à l’urgence, la Dre Ranger ressent de la fatigue, et des « symptômes très banals », au point où on ne veut pas la dépister. « Mais j’avais peur de coller mes enfants, je voulais enavoir le cœur net. » C’est bien la COVID-19, apprend-elle avec surprise. Ses symptômes s’aggraveront dans la deuxième semaine de la maladie, à tel point qu’elle sera hospitalisée pendant 10 jours.

Après s’être rétablie, plutôt que d’en profiter pour prendre du repos, elle sent l’appel du terrain. « J’avais été libérée de mes quarts de travail. Quand j’ai vu mon énergie revenir, j’ai offert à mon groupe de me redonner des quarts. » Son équipe n’ayant pas de besoins immédiats, elle décide d’aller porter main forte au CHSLD Henriette-Céré. « C’était un appel du cœur difficile à ignorer », raconte la Dre Ranger. Son désir d’aider les gens, qui l’a poussée à se diriger en médecine, restait plus fort que tout.

Épauler, comme on peut

Avec les histoires qui ont circulé dans les médias, « j’avais peur », confie l’urgentologue. Heureusement, son premier quart de nuit, durant lequel elle a épaulé une infirmière, s’est bien déroulé. « Mais j’ai vu à quel point le personnel est en pénurie et épuisé. Les résidents allaient bien, mais c’est le personnel qui risque de tomber au combat », affirme-t-elle.

Malgré le fait que la crainte d’être contaminée soit écartée, les précautions restent de mise : « Si je ne travaille pas de façon rigoureuse, je risque de devenir un vecteur », explique-t-elle. La solidarité pousse toutefois à se serrer les coudes et à continuer. « Il y a toujours des creux ; mais on se motive à tour de rôle. » Le fait de sentir qu’elle est réellement utile la pousse à continuer.

L’urgentologue puise aussi ses forces dans l’appui qu’elle reçoit de ses collègues et des gestes de solidarité comme l’envoi de nourriture dans les hôpitaux, ou les haies d’honneur des policiers et ambulanciers. « Quand on prend du recul, c’est tellement gros, vertigineux. Il ne faut pas trop regarder loin en avant. C’est l’ici et maintenant qui devient important », conclut-elle.