Une préposée se voit refuser un test de dépistage nécessaire pour faire garder son enfant

L’entrée du CHSLD Cartierville
Renaud Philippe Le Devoir L’entrée du CHSLD Cartierville

Une préposée aux bénéficiaires se désole de devoir se battre contre son employeur, le CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal (NÎM), qui refuse de lui faire passer un test de dépistage de la COVID-19, alors que le service de garde d’urgence l’exige pour continuer à accueillir son enfant.

« Je n’en reviens pas que mon employeur ne veuille pas prendre ses responsabilités. Je me bats pour travailler », déplore Aline (nom fictif), qui travaille au CHSLD Cartierville. La préposée aux bénéficiaires a demandé que son identité soit tue, par crainte de représailles.

La femme s’est retrouvée au cœur d’un imbroglio après avoir appris il y a une semaine que des patients à sa charge ont été déclarés positifs à la COVID-19.

« J’ai avisé le service de garde de mon fils, parce qu’on nous a demandé d’être transparents. La directrice m’a dit qu’elle pourrait accueillir à nouveau mon enfant dès que je recevrais le résultat de mon test », explique-t-elle.

Sa collègue, avec qui elle a continué à soigner d’autres aînés, a subi un malaise quelques jours plus tard, pendant son quart de travail, et a dû être transportée en ambulance. Aline a appris le lendemain que sa consœur a aussi contracté le virus.

La préposée était loin de se douter qu’elle s’apprêtait à mener un véritable parcours de combattante pour pouvoir rester au front. « Le premier ministre Legault dit à la télé que les travailleurs pourront tous être testés, mais la réalité sur le terrain en est tout autre. On était déjà en sous-effectif, je voulais continuer à travailler, mais on refuse de me tester pour que je puisse faire garder mon fils, c’est assez contradictoire », déplore Aline.

Sans présence de symptômes parmi le personnel de santé, le CIUSSS NÎM confirme qu’il ne procède pas au dépistage. « Selon les protocoles établis, et qui respectent les normes de l’INSPQ, ces employés ne sont pas testés […] Pour l’employé qui respecte les mesures de prévention et contrôle des infections mises en place, le fait de travailler avec un usager ou un collègue infecté n’est pas un motif de dépistage », indique la porte-parole, Émilie Jacob.

L’organisme public souligne également que ses employés ont accès à l’équipement de protection nécessaire lorsqu’ils entrent en contact avec les patients. « J’ai été en contact avec certains patients quelques jours avant leur transfert vers la zone rouge. On est limités à deux masques par jour et une paire de lunettes. Ma collègue avait le même équipement que moi et elle a été testée positive », fait valoir Aline, qui a appris qu’une des patientes dont elle s’occupait est décédée. « La dernière fois que je l’ai vue, je l’ai coiffée, je lui ai fait une petite tresse », se souvient-elle.

Sept cas de COVID-19 ont été recensés au CHSLD Cartierville selon la dernière mise à jour datant du 21 avril dernier.

 

Exclue du service de garde

Selon le guide des bonnes pratiques du ministère de la Santé, les services de garde d’urgence doivent refuser les enfants notamment si un de ses parents a eu des contacts étroits avec des cas de COVID-19 pendant la période d’isolement.

« Je ne vous cacherais pas que l’application des directives est à géométrie variable », mentionne Geneviève Bélisle, directrice générale de l’Association québécoise des CPE.

C’est qu’en ce moment, ce ne sont pas tous les CPE du Québec qui comptent sur un appui de la Santé publique, explique Mme Bélisle.

« Je ne crois pas que ce soit une question de mauvaise volonté, mais il faudrait une approche uniforme auprès de tous les CPE. En ce moment, chaque direction tranche selon sa tolérance au risque, un peu au cas par cas, et ça donne lieu à des situations très déchirantes », convient Mme Bélisle.

Lors de sa dernière conversation avec son employeur, Aline se serait fait répondre que, si elle tenait à passer le test, elle devrait alors se référer à la Santé publique.

Pourtant, il y a deux semaines, François Legault avait annoncé en conférence de presse que tous les employés des CHSLD seraient dépistés.

Le 16 avril, la ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann, a indiqué que « la priorité était accordée au personnel des CHSLD où il y a des éclosions et où il y a un certain nombre de cas ».

Une directive qui laisse place à des situations incohérentes, comme celle que vit Aline, regrette Benoit Taillefer, vice-président santé et sécurité du Syndicat des travailleurs et travailleuses du CIUSSS-NÎM.

« En ce moment, il y a beaucoup d’incohérence dans le traitement du personnel d’un établissement à l’autre. Est-ce que c’est par manque de test ? Peut-être, mais c’est déplorable qu’on dise à quelqu’un qui souhaite travailler de s’arranger avec ses troubles », souligne M. Taillefer.

Aline a finalement décidé de se placer en quarantaine « involontaire », faute d’entente avec son employeur. « C’est un peu décourageant, mais je crois que je prends la bonne décision. J’ai vu mon horaire et j’allais encore devoir m’occuper de patients dans deux unités différentes, alors qu’on refuse de me tester et que Mme McCann dit qu’il faut arrêter le va-et-vient », fait-elle remarquer.

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