Tous les soignants en CHSLD devraient-ils avoir accès à un masque N95?

La Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS-CSN) revendique depuis le début de la pandémie des masques N95 pour ses membres en CHSLD.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir La Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS-CSN) revendique depuis le début de la pandémie des masques N95 pour ses membres en CHSLD.

Des médecins, venus prêter main-forte en CHSLD, se voient interdire le port du masque N95 lorsqu’ils travaillent en « zone chaude », auprès de patients infectés par la COVID-19. Pas question qu’il y ait « deux poids deux mesures » au sein des troupes, disent des CIUSSS. Les préposées et les infirmières portent actuellement des masques de procédure. Des voix s’élèvent pour que tous les soignants aient accès au N95.

Le CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal a envoyé une note de service le 18 avril aux médecins s’étant portés volontaires pour travailler en CHSLD. La Direction des services professionnels (DSP) y indique que le port du N95 est « nécessaire lors d’interventions médicales générant des aérosols seulement ». Or, poursuit la DSP, les intubations sont rares en CHSLD. « Il est donc interdit aux médecins de porter le masque N95 pour leurs visites médicales [en gras dans le texte], car cela génère une anxiété importante chez le personnel », conclut-elle, dans sa note de service.

Le CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal partage cette position. « On ne veut pas avoir un double standard entre les professionnels », explique la Dre Sophie Zhang, co-cheffe adjointe de l’hébergement. Le CIUSSS dit suivre les consignes de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) pour protéger son personnel. L’INSPQ recommande le port du N95 lors de procédures médicales générant des aérosols, comme l’intubation et l’aspiration de sécrétions chez un patient ayant une trachéotomie.

La Dre Julie Choquet porte la majorité du temps un masque de procédure et une visière lorsqu’elle va aider en CHSLD. Mais elle revêt parfois un N95, quand elle le juge nécessaire, dit-elle. C’est pourtant interdit par son CIUSSS. « Je n’arrêterai pas de mettre un N95 », dit la médecin de famille, qui travaille à l’hôpital de LaSalle. La Dre Julie Choquet compte le porter si un patient est en grande détresse respiratoire. Elle craint une plus grande contagiosité dans cette situation. « On n’a pas d’étude [qui le démontre], mais ça me chicote. »

 

L’enjeu du mode de transmission

Bien des inconnus demeurent quant au mode de transmission de la COVID-19. Le virus semble surtout se transmettre par les gouttelettes lors d’un contact étroit prolongé ou par contact direct lorsqu’une personne tousse, indiquent les autorités. La transmission, par des surfaces ou des objets contaminés, est possible. Quant à la transmission par aérosols (de fines gouttelettes qui peuvent rester suspendues longtemps dans l’air), elle fait l’objet de controverse.

« Plusieurs scientifiques, dont je suis, croient que les aérosols ont un rôle à jouer dans la transmission », dit le Dr Raymond Tellier, microbiologiste au Centre universitaire de santé McGill. Les soignants en CHSLD devraient-ils porter, dans ce cas, un N95 ? « C’est très possible », répond-il.

Le Dr Serge Keverian, qui travaille à l’urgence de l’hôpital Jean-Talon à Montréal, plaide pour que tous les professionnels de la santé en CHSLD aient accès à un masque N95. Il a récemment donné un coup de main dans un CHSLD où plus de la moitié des résidents sont infectés.

« Le gouvernement dit que tout le monde devrait être à deux mètres de distance pour éviter qu’on se transmette le virus, dit le Dr Serge Keverian. On nous dit qu’un préposé, qui passe 10 minutes auprès d’un patient, est assez protégé avec un masque de procédure. Je trouve ça aberrant. » Il fait valoir que les résidents atteints du coronavirus en CHSLD ne sont pas masqués, contrairement aux patients en milieu hospitalier. Une barrière de moins, dit-il, entre le virus et le soignant.

Sa collègue, la Dre Myra Lemelin a choisi de continuer à travailler à l’urgence de l’hôpital Jean-Talon, plutôt que d’aller aider en CHSLD. « Une de mes craintes, c’est d’attraper la COVID-19, dit la médecin de famille. Ce n’est pas pour moi, mais pour l’équipe. Le tiers de notre groupe d’urgentologues est maintenant en CHSLD. Si je dois me mettre en quarantaine, ça va avoir un impact. »

Selon elle, tous les soignants — au premier chef, les préposées aux bénéficiaires — devraient porter un masque N95. « Les préposées sont collées sur les patients », dit-elle. Les soins de proximité (changer la couche, faire la toilette, etc.) durent plus de dix minutes. « Ce sont les professionnelles les plus exposées », martèle-t-elle.

Depuis une semaine, le Dr Gaétan Barrette joue le rôle de préposée et d’infirmière auxiliaire dans le CHSLD Champlain, à Brossard. Il nourrit des patients dans une zone non contaminée. « Moi, je prends toujours le patient qui met le plus de temps à manger, dit le député libéral et ancien ministre de la Santé. Ça prend une heure. Je porte une visière, un masque de procédure et des gants. Je ne suis pas inquiet. La personne est négative. »

Il en serait autrement si le résident était atteint de la COVID-19, dit le Dr Gaétan Barrette, qui ne partage pas la position du gouvernement à ce chapitre. « Je peux vous garantir que je porterais mon N95. Je suis devant le patient, dans son flot aérien. »

La Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS-CSN) revendique depuis le début de la pandémie des masques N95 pour ses membres en CHSLD. « Ça prend le meilleur équipement possible pour s’assurer de ne pas propager le virus », dit son président Jeff Begley.

Selon la FSSS-CSN, l’accès à de l’équipement de protection individuelle s’améliore en CHSLD. Les employés ont accès à des masques de procédure, des blouses et des gants. « On commence à retrouver là-bas des visières », ajoute Jeff Begley. Des employés de certains CHSLD ont aussi accès à des masques N95, dit-il. « Il y a des employeurs qui, s’ils en ont assez en stock, en donnent, dit Jeff Begley. Ça a commencé tranquillement. »

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7 commentaires
  • Serge Lamarche - Abonné 24 avril 2020 04 h 04

    Incroyable

    Tout ce qui peut réduire le taux de propagation (Ro) devrait être utilisé surtout dans les endroits à risques. Même un simple masque en tissus aide.

  • Louise Lamarre - Abonnée 24 avril 2020 05 h 05

    les soins

    Il y a tant d'insuccès. En est-on toujours à l'intubation? Je crois qu'il faut se poser des questions sur la valeur du traitement actuel.
    Louise Lamarre

  • Bernard LEIFFET - Abonné 24 avril 2020 07 h 43

    Il est toujours préférable de dire la vérité aux citoyens!

    Dés le début de l'épidémie les cadres du ministère de la santé ont caché la vérité : plutôt que d'avouer que les stocks de masques et autres pièces nécessaires étaient presque vides, ils ont laissé croire que le port du masque n'était pas nécessaire! Quelle folie d'inventer cela pendant que les médias télévisés et autres, d'Europe en particulier, expliquaient l'importance des deux types de masque! Une bourde monumentale jusqu'à aujourd'hui où le port d'un masque domestique se dévoile enfin utile dans les transports en commun! Mea culpa? Rien, tout marche pourtant de travers! Ça fait rien, on verra après! Après quoi? La situation dans les CHSLD est déplorable, tant pour les résidents que pour le personnel soignant! Dépassé par les événements le gouvernement risque d'être pris ensuite avec une seconde vague après avoir dit que le port du masque n'était pas nécessaire! C'est ça qu'on appelle semer la confusion! Comme québécois il me semble qu'on pourrait faire mieux!

  • André Tremblay - Abonné 24 avril 2020 08 h 00

    La comédie d'erreurs se poursuit

    Tout le monde malade! Belle solution. Il y a déjà des milliers de personnes qui manquent dans les hôpitaux. Il faudrait ajouter des médecins au total par esprit d'égalité. Le nivellement par le bas n'est pas la solution.

  • Michel Cournoyer - Abonné 24 avril 2020 08 h 16

    Au lieu de multiplier les directives et les courriels


    Au lieu de multiplier les directives et courriels aux gens sur le terrain, pourquoi ne pas aller mettre l'épaule à la roue ?