Malades et spécialistes s’impatientent

Le délai de deux semaines avant l’augmentation des chirurgies et d’autres traitements ne sera pas sans répercussions sur les patients, préviennent les cardiologues et oncologues.
Photo: Martin Bureau Agence France-Presse Le délai de deux semaines avant l’augmentation des chirurgies et d’autres traitements ne sera pas sans répercussions sur les patients, préviennent les cardiologues et oncologues.

Le délai de deux semaines avant l’augmentation des chirurgies et d’autres traitements ne sera pas sans répercussions sur les patients, préviennent les cardiologues et oncologues. Pendant ce temps, les patients, eux, se sentent mis de côté.

Pierre Taillefer a appris au début du mois de mars qu’il est atteint d’un cancer du poumon. Quelques jours plus tard, il a subi une première biopsie. Mais la seconde, prévue le 30 mars, qui devait déterminer si ses ganglions sont affectés et s’il y a présence de métastases, a été annulée et une éventuelle opération, suspendue. On l’envoie alors en chimiothérapie pour contrôler la progression de la tumeur en attendant l’opération. Pour mettre « toutes les chances de son côté », Pierre Taillefer souhaitait aussi faire appel à des traitements d’immunothérapie. « Mais on m’a dit que tous ces programmes étaient fermés, qu’il n’y avait plus d’accessibilité pour les nouveaux patients. » Il dit aujourd’hui vivre avec la peur d’être laissé pour compte. « J’ai 63 ans, je suis actif, je travaille encore, je paye mes taxes comme tout le monde, est-ce qu’on met vraiment tout en œuvre pour me donner les meilleurs soins possible ? Non. »

En données

Le Québec a passé le cap des 1000 morts mardi, avec 102 décès de plus, pour un total de 1041. Le nombre de cas confirmés, quant à lui, a franchi la barre des 20 000, à 20 126 cas, avec 807 malades de plus qu’hier.

Le temps presse, plaide le Dr Martin Champagne, président de l’Association des hématologues et oncologues du Québec. « Tout est gelé depuis quatre semaines et on nous demande d’attendre encore deux semaines ! » déplore-t-il. Le ministère de la Santé doit assouplir ses directives, selon lui. « […] Présentement, il y a des chirurgies qui ne se font pas. […] Quand ça va repartir, on va être saturés. On n’arrivera pas à fournir. »

Questionné à ce sujet lors du point de presse, le premier ministre a dit avoir besoin des médecins spécialistes en CHSLD « pour deux semaines ». « Après ces deux semaines-là, […] on pense que ça va être possible, dans les prochains jours, les prochaines semaines, d’augmenter graduellement les chirurgies », a-t-il dit.

81,6 %
C’est la proportion de morts causées par la COVID-19 en provenance des résidences pour personnes âgées au Québec, soit l’équivalent de 850 sur 1041.

« Il y a un prix à payer »

Ces paroles n’ont pas rassuré non plus les cardiologues. « Pourquoi est-ce qu’on reporte tout de deux semaines ? Il y a encore des milliers de lits libres dans les hôpitaux et des soins qu’on peut commencer à donner pour des personnes qui attendent depuis déjà trop longtemps », soutient Arsène J. Basmadjian, de l’Association des cardiologues. « Il y a un prix à payer », dit-il.

Le gouvernement aurait donc dû soustraire les chirurgiens, cardiologues et oncologues de l’appel à l’aide pour les CHSLD ? « Je ne veux pas en faire un débat politique, dit le médecin. Nous, ce qu’on veut, c’est reprendre tranquillement nos activités au cours des prochaines semaines. Ce qui nous inquiète, c’est que des situations semi-urgentes sont en train de devenir urgentes et que des situations moins urgentes sont en train de devenir semi-urgentes en cardiologie. »

La ministre de la Santé n’a-t-elle pas invité les médecins spécialistes qui ne sont pas en CHSLD à recommencer à voir plus de patients ? Oui, mais les directives ministérielles les en empêchent, dit-il. « On dit qu’on va juste envoyer [en CHSLD] des médecins qui ne font pas de travail. Mais c’est sûr qu’il va y avoir des gens qui ne font pas de travail si on ne part pas graduellement l’effort dans les hôpitaux. C’est un raisonnement circulaire.»

Avec Marie-Eve Cousineau

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