Des milliers d’infirmières et de préposées préfèrent rester à l’écart du danger

Certaines infirmières, infirmières auxiliaires et préposées ont levé la main pour être réaffectées à d’autres tâches, mais beaucoup sont toujours à la maison.
Photo: Ina Fassbender Agence France-Presse Certaines infirmières, infirmières auxiliaires et préposées ont levé la main pour être réaffectées à d’autres tâches, mais beaucoup sont toujours à la maison.

Des milliers d’infirmières et de préposées ont perdu leur emploi au début de la crise du coronavirus et tant le réseau de la santé que les agences privées de placement peinent aujourd’hui à les ramener au travail.

Seulement dans le réseau des entreprises d’économie sociale en aide à domicile du Québec (EESAD), 4000 préposées ont été mises à pied temporairement dans les jours ayant suivi la mise en place des mesures de confinement il y a cinq semaines. De plus, des centaines d’infirmières et d’infirmières auxiliaires travaillant dans les domaines de l’esthétique, des soins de pied, de la fertilité ou encore en pharmacie ont vu leurs activités professionnelles être interrompues.

Ni l’Ordre des infirmières et infirmiers auxiliaires du Québec (OIIAQ), ni l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ), ni le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) n’arrivent à quantifier le nombre exact de travailleurs de la santé qui ont été mis à pied lorsque les mesures de confinement ont été imposées.

Certaines infirmières, infirmières auxiliaires et préposées ont levé la main pour être réaffectées à d’autres tâches, mais beaucoup sont toujours à la maison. Un choix découlant de la santé précaire d’un proche, de la présence d’enfants à la maison, d’une crainte d’être contaminées, d’un manque d’expérience en CHSLD, nous dit-on, mais aussi de l’octroi de la Prestation canadienne d’urgence, qui leur permet de toucher 2000 $ par mois sans travailler.


Parallèlement aux efforts déployés par le réseau public, plusieurs agences privées de placement assurent être à pied d’œuvre pour convaincre ces infirmières et préposées d’aller prêter main-forte au personnel en CHSLD qui croule sous le travail — ce que plusieurs font depuis les premiers jours de la crise. « Mais l’aide d’urgence du gouvernement fédéral nous met vraiment des bâtons dans les roues. Nos infirmières se demandent pourquoi elles mettraient leurs familles en danger alors qu’elles peuvent avoir un salaire décent en restant à la maison », explique une gestionnaire d’une agence privée de placement qui nous a demandé de taire son identité pour ne pas nuire à son entreprise.

Un choix personnel

Les agences offrent actuellement un taux horaire bien au-dessus des taux habituels, jumelés à des conditions autrement plus avantageuses qu’à la normale pour convaincre ces travailleuses de retourner travailler.

« On paye des primes de soir, de week-end, on paye même le kilométrage et on leur permet de choisir leur horaire », explique cette même personne.

Mais au bout du compte, « il s’agit d’un choix personnel », rappelle Carole Grant, présidente de l’Ordre des infirmières et infirmiers auxiliaires du Québec (OIIAQ).

« On ne peut pas les contraindre à venir aider. Mais on fait des relances depuis quelques semaines auprès de ces personnes-là pour leur demander d’y aller si elles sont disponibles. »

Depuis le début de la crise, 731 infirmières auxiliaires se sont réinscrites au tableau de l’OIIAQ, un chiffre honorable, mentionne Carole Grant.

L’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec dit également encourager ses membres à aller prêter main-forte en CHSLD, en multipliant les appels en ce sens.

Le réseau des EESAD, un réseau accrédité par le réseau de la santé qui offre des soins à domicile, travaille également d’arrache-pied pour ramener des préposées au travail, mais les embûches sont multiples.

« Pour moi, le problème c’est la géographie, explique Benoît Caron, directeur général du Réseau de coopération des EESAD. J’ai des préposées disponibles dans Chaudière-Appalaches, mais j’ai pas de demandes. Les besoins sont très localisés. »

Et convaincre les préposées n’est pas toujours une tâche facile, même si le gouvernement a annoncé vendredi dernier que les préposées à domicile des EESAD auraient droit aux mêmes primes que les autres travailleurs de la santé, rappelle-t-il.

« Les préposées sont souvent des femmes, parfois monoparentales, avec des obligations familiales. Quand elles vont en CHSLD, elles doivent ensuite se mettre en quarantaine. Ça semble simple tout ça à la télé [à la conférence de presse quotidienne], mais dans la vraie vie, c’est pas si simple que ça. »

Agilité

Éric Côté, propriétaire de l’agence de placement 24/7, assure qu’il parvient depuis le début de la crise à effectuer jusqu’à 25 embauches par période de deux semaines.

« Mais ma capacité d’embauche est beaucoup plus facile, puisque je n’ai pas la lourdeur administrative du réseau public », souligne-t-il.

Il explique ainsi avoir embauché une infirmière auxiliaire un matin de la semaine dernière et le soir même celle-ci commençait un remplacement à temps complet dans une résidence pour aînés. « On n’est pas dans un monde de procédures ici, tout se passe très rapidement. »

Jean-François Désilets, président et directeur général de l’agence de placement Code Bleu, dit aussi être à pied d’oeuvre pour combler le plus possible les besoins du réseau public. Il explique même travailler à la création d’un nouveau type d’emploi pour des travailleurs qui pourraient distribuer les repas aux résidents des CHSLD ou encore changer les draps des lits.

« Ça nous permettrait de rajouter des ressources rapidement sans que ces personnes suivent toute la formation des préposées aux bénéficiaires », fait-il valoir.

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13 commentaires
  • Yves Montenay - Inscrit 22 avril 2020 06 h 13

    Médecins étrangers

    En tant que vieil ami du Québec ayant notamment participé à la révolution tranquille en 1963, en tant que 1000 fois défenseur de votre pays depuis et y ayant fait investir mon entreprise, et en tant que vice président d'Avenir dans la langue française, je me permets d'engueuler le gouvernement québécois.

    Ce refus est "pire qu'un crime, c'est une faute" . Faute contre les sintéressés, contre les malades et contre la francophonie qui n'a paraît pas accueillante. Vous voudriez diriger les immigrants francophone qualifiés vers l'Ontario que vous ne vous du prendriez pas autrement !

    • Hélène Lecours - Abonnée 23 avril 2020 07 h 19

      Je n'en reviens pas moi-même. Nos gouvernements me font honte et celui-là autant que les autres et peut-être même plus. Ils prennent le temps de paraitre à la T.V. pour des périodes interminables de répétition des mêmes choses. Ils ont toujours l'air de rire sous leur barbe et nous prennent pour des tarés. Ils gèrent très mal la situation depuis le début et nous les encensons. Cela nous ramène dans la Grande noirceur avec des apparences de clarté. J'enrage.

  • Michel Lebel - Abonné 22 avril 2020 09 h 25

    Un choix personnel

    Tout un dilemme: aller au front ou pas. Le choix est personnel, comme aucun n'est conscrit. Ne jugeons pas trop rapidemnt ceux ou celles qui choisissent de rester à la maison. La vie n'est-elle pas d'ailleurs très souvent une question de choix...

    M.L.

  • Simon Blouin - Abonné 22 avril 2020 11 h 39

    N'exagère-t-on pas le danger?

    Il ne faudrait pas non plus qu'on exagère le danger. J'en entends dire qu'à Montréal c'est dont horrible. Mais il n'y a plus aucun trafic automobile et c'est seulement quelques CHSLD qui sont dans le trouble, et ils ne seront plus dans le trouble si on fait un envoi massif de personnel. Si l'Ordre fait un call pour que toutes les infirmières reviennent en même temps, on pourrait leur faire des temps plein sans TSO, et peut-être même leur donner l'horaire qu'elles veulent. L'union fait la force! (et rappelons-nous que la COVID-19 n'est pas si pire, comparée à bien d'autres maladies; le prochain coronavirus provoquera sûrement un taux de complications supérieur à celui-là, comptons-nous chanceux de pouvoir pratiquer notre réponse à une pandémie avec un virus qui laisse le quart des gens sans symptômes!)

    • Marc Pelletier - Abonné 22 avril 2020 15 h 36

      Heureusement que vous ne nous faites pas un discours sur " la fierté de faire partie d'un grand peuple ".

      Je vous souhaites de bien conserver VOTRE santé !

    • Hélène Lecours - Abonnée 23 avril 2020 07 h 21

      Trop peu, trop tard, ça vous satisfait vous monsieur Blouin? "Y a qu'à" c'est votre solution ?

  • Joane Hurens - Abonné 22 avril 2020 13 h 28

    Matériel de protection, testing et “traçabilité”

    Je suis loin d’être sûre que nous ayons surtout un problème de personnel pour le moment. Cet article fait ressortir l’absolue nécessité de procurer le matériel de protection adéquat aux travailleurs de la santé, un testing systématique à intervalles réguliers et un suivi pour retracer ceux qui ont été en contact avec un porteur.
    Un programme de déconfinement intelligent devra comporter ces trois conditions. À défaut de quoi, la deuxième vague ne manquera pas de frapper à l’automne.
    Je m’explique mal que cette approche qui fait consensus parmi les scientifiques, ne soit pas associée aux scénarios de retour à la vie normale jusqu’à la venue d’un vaccin.
    D’ici là, les travailleurs de la santé auront raison d’avoir peur de retourner travailler dans des conditions dangereuses.

    • Marc Pelletier - Abonné 22 avril 2020 15 h 39

      Qui a dit que nous étions en guerre ?

      Heureusement que nous avons les soldats de l'armée canadienne.

  • Claude Sauvé - Abonnée 22 avril 2020 15 h 42

    Payés pour rester à la maison

    Félix Leclerc a bien compris dans le temps que ''c'est tuer un homme que de le payer à rien faire''.
    Dans le cas qi nous occupe ce n'est pas la mort qui attend ces déserteurs c'est plutôt une perte de leur âme, des valeurs humaines qui en font de meilleures personnes, de la fierté d'être courageux et solidaires..
    Quels sont ceux qui pourront se regarder dans le miroir quand cette pandémie nous aura quittés.
    Tous ne sont pas coupables,certains font leur part autrement en prenant soin de leurs enfants et de leurs vieux
    quant aux autres je souhaite qu'ils se gardent une petite gêne quand le temps viendra de demander des augmentations . J'espère aussi que des médecins reliront leur serment d'Hippocrate plutôt deux fois qu'une.
    Dommage qu'on ne verra revenir les vieux bénévoles qu'après la crise.

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 23 avril 2020 07 h 19

      M.Sauvé disons donc simplement que je suis d'accord avec vous ,j'avais l'intention d'en rajouter sur le courage et la fierté des

      québecois mais comme je ne veux blesser personne,je m'arrète ici ;sauf mentionner que je doute que la souveraineté se rapproche,et meme

      recule ....désolant.