Des employés du 811 appellent à l’aide

Au CISSS-Laval, bien que les travailleurs du service Info-Social interviennent uniquement par téléphone, il n'est pas possible de permettre le télétravail.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Au CISSS-Laval, bien que les travailleurs du service Info-Social interviennent uniquement par téléphone, il n'est pas possible de permettre le télétravail.

« J’ai des collègues qui font des attaques de panique dans leur char avant de rentrer au travail, alors que leur job comme intervenants sociaux, c’est justement de rassurer les personnes qui font des attaques de panique. »

Intervenante au service téléphonique 811 Info-Social de Laval, Josée McGrath n’en peut plus, au point où elle a décidé de briser le silence. Dans une lettre ouverte adressée au premier ministre et à la ministre de la Santé, elle lance un véritable cri du cœur pour dénoncer « l’inaction et l’intransigeance » de son employeur, alors que la maladie a frappé au sein de son équipe. « Mon équipe de travail vit une situation de crise sans précédent parce que les consignes émises par l’INSPQ [Institut national de santé publique du Québec] en matière de santé et de sécurité au travail n’ont pas été respectées », a déploré Mme McGrath.

Dans son équipe, 6 personnes ont la COVID-19, ce que confirme le CISSS-Laval, en précisant toutefois qu’il ne s’agit pas d’une « éclosion ». À Montréal, 12 employés de la centrale téléphonique 811 Info-santé / Info-social sont également infectés et 7 personnes sont en attente d’un diagnostic.

« On ne nous a pas écoutés et maintenant, j’ai des collègues dont la famille au complet est contaminée », déplore Mme McGrath. Elle raconte que les employés doivent travailler à raison de 2 à 3 personnes dans un même bureau et que les locaux n’ont été désinfectés que tout récemment. Elle juge « honteux » qu’il ait fallu que son syndicat s’en mêle et que la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail vienne faire une inspection pour que les gestionnaires réagissent.

« Mon équipe EST DES PLUS ESSENTIELLES en étant à l’écoute de la souffrance et de la détresse de la population en ce temps de crise sanitaire. NOUS SOMMES LE 811 ! » a-t-elle écrit dans sa lettre au premier ministre, qui a reçu une quarantaine d’appuis de syndicats et de professeurs d’université en travail social.

Dès qu’il a eu vent des premiers cas, le CISSS-Laval dit avoir « rapidement » pris des mesures pour protéger les employés, à commencer par le dépistage. Des barrières physiques ont été installées et des masques seraient maintenant disponibles pour tous les employés.

Pointe de l’iceberg

Selon Marjolaine Goudreau, présidente du RECIFS, l’association des intervenants sociaux du Québec, Mme McGrath dit tout haut ce que plusieurs pensent tout bas. « J’ai plusieurs témoignages de gens qui sont de plus en plus stressés, et qui doivent travailler dans des contextes où ils ne contrôlent pas leur sécurité physique ni psychologique. »

Au CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal, plusieurs employés n’ont toujours pas accès au télétravail. « On est plusieurs à partager des lieux communs et c’est comme ça depuis le début », raconte un travailleur social qui veut garder l’anonymat par crainte de représailles.

Il semblerait que le télétravail ne soit pas possible en raison du manque de « jetons », soit une clé informatique donnant accès à distance aux dossiers. Au CISSS-Laval, bien que les travailleurs d’Info-Social n’interviennent qu’au téléphone, il n’est pas non plus possible de permettre le télétravail.

« La technologie softphone n’est pas disponible à distance », a indiqué Judith Goudreau, la responsable des communications.

Selon Angelo Soares, sociologue du travail et professeur à l’UQAM, le problème est la mauvaise gestion dans le réseau de la santé. « Ce qui se dit en haut n’arrive pas à la base », a-t-il dit, en faisant allusion à ce qui se dit dans les points de presse du gouvernement.

« Le mauvais leadership, c’est quand [le gestionnaire] ne se préoccupe pas de la santé et de la sécurité de ses employés. Et lorsque les problèmes commencent à devenir trop grands, il essaie de faire taire les gens. »