Lesquels des CHSLD privés ou publics traitent le mieux leurs résidents ?

La question des mécanismes gardiens des droits des résidents et des usagers s’arrime au débat privé contre public.
Photo: Jean-Sebastien Evrard Agence France-Presse La question des mécanismes gardiens des droits des résidents et des usagers s’arrime au débat privé contre public.

Le débat sur la privatisation des soins reprend avec la crise pandémique et ses effets catastrophiques sur les centres de soins de longue durée. Un CHSLD en vaut-il un autre, y compris et surtout maintenant en période de catastrophe humanitaire ? Faut-il donc distinguer la situation passée de la situation actuelle dans les résidences des secteurs privé ou public ?

Joëlle Lévesque, ancienne directrice des soins infirmiers pendant 35 ans, estime que la crise rajoute des arguments pour la fin des CHSLD privés non conventionnés du type Herron à Dorval. La privatisation s’est étendue sous les gouvernements libéraux depuis le début du siècle.

« On parle de trois catégories distinctes, dit Mme Lévesque en entrevue. Il y a le CHSLD public quand bien même ils manquent d’effectifs médicaux et infirmiers ; les CHSLD privés conventionnés qui offrent de bonnes qualités de services, mais qui manquent de médecins et de formations pour le personnel ; et puis les CHSLD privés non conventionnés qui ne devraient plus exister. Les CIUSS et les CISSS n’ ont pas le pouvoir d’intervenir dans ces établissements. »

 

Lise Lapointe, présidente de l’Association des retraités de l’éducation du Québec a répété ce point de vue dans une lettre ouverte aux médias, en disant que la situation tragique du centre Herron pourrait difficilement se reproduire dans le réseau public parce qu’on y trouve « des mécanismes, un réseau, des comités d’usagers, etc. ».

André Bisaillon, membre de l’AREQ, fort de nombreuses années comme président de comité dans le secteur du sud-ouest de Montréal, ne souscrit pas à cette distinction. « Force m’est de constater que tous les CHSLD, publics et privés confondus, sont des mouroirs où l’on parque nos aînés, réplique-t-il. Le vocable “milieu de vie” n’est qu’une expression fourre-tout pour se donner bonne conscience et entretenir l’illusion. […] J’ai autant d’histoires d’horreur dans les CHSLD publics que j’ai dénoncées, que dans le privé. »

Il cite des cas concrets. La résidence Yvon-Brunet ou l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal qui font partie de la liste des dix CHSLD les plus frappés par le virus. Que des CHSLD publics, comme celui de Sainte-Dorothée d’ailleurs.

Des droits maladroits

La question des mécanismes gardiens des droits des résidents et des usagers s’arrime au débat privé contre public. Un inspecteur des visites ministérielles de tous les types de CHSLD dit entendre beaucoup de proches des résidents se questionner sur le rôle du commissaire local aux plaintes et à la qualité de vie. De par la loi, chacun des milieux doit avoir un commissaire indépendant qui relève directement du conseil d’administration (pour les centres publics) ou de la direction (pour les résidences privées).

« Il y a eu une détérioration ce cette fonction, dit-il, sans vouloir être identifié. On ne sent plus les commissaires présents dans certains milieux, alors qu’ils devraient être les ambassadeurs de la qualité des soins et du respect des droits des résidents. »

Les comités de résidents et d’usagers doivent aussi veiller au grain. Michel Bolduc, président du comité des usagers et des résidents du CISSS Jeanne-Mance se plaint du manque d’information et de transparence. Il représente la clientèle de sept CHSLD du territoire montréalais. On lui a même refusé des renseignements de base sur le nombre de personnes infectées ou décédées dans chacun des centres sous son gardiennage pour le respect des droits des pensionnaires.

« Les communications sont déficientes, dit M. Bolduc. Les informations sont floues et imprécises. Les résidents ne sont pas aptes à faire des réunions ou des rapports. On ne peut pas décemment défendre les droits des usagers sans pouvoir constater ce qui se passe sur les lieux. »

Il y a des exemples positifs aussi. Des CHSLD reçoivent de bonnes notes lors de leurs inspections autonomes. Des comités fonctionnent et veillent au grain, y compris en ces temps catastrophiques.

« Nous avons fait une demande pour participer à la gestion de la pandémie et nous avons reçu une réponse positive, dit Noëlla Goyet, présidente du Comité des usagers du nord de Lanaudière qui représente onze résidences pour aînés de quatre MRC. Elle représente des centaines de personnes. « On participe à des réunions, on nous présente un état de la situation et nous pouvons poser nos questions. Je suis très satisfaite de ce mécanisme de participation. »

La résidence pour aînés (RPA) EVA Lavaltrie figure dans la liste des centres les plus affectés du Québec. Elle n’a pas de comité de résidents, et d’ailleurs les RPA ne sont pas obligés légalement d’en créer un, contrairement aux CHSLD publics ou privés conventionnés.

« Il y a une logique derrière ce choix, nuance Mme Goyet. Dans les RPA, les personnes occupent des logements individuels et sont généralement plus autonomes. »

Avec Isabelle Porter

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