Tous les résidents des CHSLD ne seront pas testés

Selon la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS-CSN), le dépistage du personnel varie d’un CIUSSS à l’autre, dans la région de Montréal.
Photo: Jean-Francois Badias Associated Press Selon la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS-CSN), le dépistage du personnel varie d’un CIUSSS à l’autre, dans la région de Montréal.

Après avoir annoncé la semaine dernière que tous les résidents des CHSLD allaient subir un test de dépistage à la COVID-19, le gouvernement Legault recule. Les CHSLD, qui sont aux prises avec une éclosion confirmée de la COVID-19, doivent désormais « tester seulement les premiers 2 à 5 résidents qui présentent des symptômes » dans chacune des unités (ou étages) visées, indique une nouvelle directive du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), obtenue par Le Devoir.

Les établissements doivent « [supposer] que tout résident additionnel qui développe subséquemment des symptômes compatibles avec la COVID-19 est infecté par le SRAS-CoV-2 [coronavirus] », est-il écrit dans cette même directive.

Ce changement de cap émane de la Direction de la santé publique. En effet, pour expliquer ce revirement, le MSSS cite une lettre du sous-ministre de la Santé envoyée aux présidents et directeurs généraux des établissements le 11 avril, soit trois jours après l’annonce du premier ministre, François Legault : « Ce sont les directeurs de santé publique qui prescriront la réalisation séquentielle des tests dans ces milieux, en vue de respecter les capacités des laboratoires et de contribuer aux enquêtes épidémiologiques en cours. »

On a testé 1500 des 2500 patients. Mais en cours de dépistage, on a dû arrêter à cause d’un manque d’écouvillons.

Mercredi, le premier ministre a indiqué que les stocks de réactifs, nécessaires à l’analyse des tests, sont limités. « On en a pour trois jours », a-t-il dit, précisant que le Québec est en discussion avec le laboratoire national de microbiologie de Winnipeg afin d’en fabriquer. « Donc, on ne pense pas qu’il y aura de problème », a-t-il poursuivi.

Quant aux écouvillons, ces petites brosses permettant de procéder au prélèvement, le MSSS indique que les réserves sont suffisantes pour « environ deux semaines ». « L’estimation à la hauteur de deux semaines [...] est une [estimation] globale pour la province et tient compte des dernières orientations pour les tests », précise-t-on, par courriel.

Sur le terrain, le son de cloche est différent.

Le CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal a lancé cette fin de semaine une opération de dépistage à grande échelle dans ses CHSLD. « On a testé 1500 des 2500 patients, dit la Dre Sophie Zhang, co-cheffe adjointe de l’hébergement au CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal. Mais en cours de dépistage, on a dû arrêter à cause d’un manque d’écouvillons. » Elle a appris mercredi soir qu’elle ne pourrait terminer le dépistage, faute d’écouvillons suffisants.

La réponse du MSSS

Questionné à ce sujet, le MSSS répond qu’« il est possible que certains établissements, qui auraient dû procéder à des dépistages massifs en raison d’éclosions dans des CHSLD ou des RPA [résidences privées pour aînés], aient vu leurs réserves d’écouvillons s’épuiser plus rapidement qu’anticipé initialement depuis que les priorités d’analyses ont été revues ».

Le CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal aurait aimé poursuivre sa stratégie de dépistage de l’ensemble des patients des CHSLD, qu’ils présentent ou non des symptômes de la COVID-19. « Nous, on voulait continuer de tester tout le monde sur les étages pour déplacer les patients atteints de la COVID-19 dans des “zones chaudes” », dit la Dre Sophie Zhang. Les patients asymptomatiques peuvent ainsi être « isolés rapidement », souligne-t-elle. « Par exemple, dans un CHSLD, sur un étage de 28 patients, on a trouvé 7 cas positifs asymptomatiques », signale-t-elle.

Grâce à ce dépistage de masse, les patients âgés, qui ont des symptômes ressemblant à la COVID, mais qui n’en sont pas atteints, peuvent demeurer dans des “zones froides”, non contaminées, ajoute-t-elle.

Au CHSLD Nazaire-Piché, tous les résidents ont subi un test de dépistage, indique la Dre Dominique Langevin, qui y travaille. Selon elle, ce dépistage universel doit être effectué dans les autres CHSLD. « Est-ce qu’on va avoir l’odieux de dire à une famille que son parent qui ne va pas bien est présumé COVID et la laisser dans l’ignorance d’un diagnostic ? demande-t-elle. C’est un drame, être COVID positif. »

La Dre Dominique Langevin rappelle que les médecins ont vérifié avec les patients et les familles les niveaux de soins souhaités (ex. : soins de confort), en cas de contamination à la COVID-19. « On les a préparés à un possible décès », dit-elle.

 

Et les tests chez les employés ?

Selon l’annonce de François Legault la semaine dernière, tous les employés des CHSLD subiront un test de dépistage à la COVID-19.

En point de presse jeudi, la ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann, a indiqué que « la priorité était accordée au personnel des CHSLD où il y a des éclosions et où il y a un certain nombre de cas ». « C’est en train de se faire, a-t-elle dit. Et graduellement, j’espère que nous pourrons en faire autant dans tous les CHSLD. »

Selon la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS-CSN), le dépistage du personnel varie d’un CIUSSS à l’autre, dans la région de Montréal. « De manière générale, les CHSLD les plus infectés ont été testés, dit Hubert Forcier, conseiller à l’information. Par exemple, dans l’est de l’île, 6 sur 15 sont faits. » En revanche, dans le CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal, les employés d’un seul CHSLD ont subi des tests de dépistage, selon la FSSS-CSN.

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4 commentaires
  • Richard Desjardins - Inscrit 17 avril 2020 06 h 19

    Transmission asymptomatique : OUI ou NON

    Ne vient-on pas d'affirmer qu'une grande partie de la transmission du virus s'est faite pendant la période asymptomatique ?
    Et maintenant, dans un milieu d'éclosions multiples, on décide ne ne tester que ceux qui ont des symptômes.
    Si le premier énoncé est vrai, l'approche proposée ne mènerait-elle pas à la transmission à presque tous les résidents.es ?

  • Michel Bédard - Abonné 17 avril 2020 07 h 18

    On se ravise, encore...

    Tous les résidents des CHSLD ne seront pas testés... Gigantesque ERREUR ! Toujours la stratégie gouvernementale ''des petits pas''... même en temps de ''guerre'' totale. En fait, on improvisation toujours...

  • Claudette Piché - Inscrit 17 avril 2020 07 h 26

    Faire peur au monde ...Pourquoi? Pour qui?

    Cette façon de faire en comptabilsant les malades ou les décès est biaisée, ce n'est réellement un portrait véridique des faits. Je ne peux que me questionner à savoir pourquoi ne fait-on pas les choses correctement alors que l'Argent ne semble pas manquer? ...On la lance par vaux et par champs comme si on souffflait sur une fleur de pissenlit et que ses aigrettes étaient parsemées au vent. À qui rapporte une telle pandémie? En 2020 on ne peut ignorer que toutes choses ou toutes actions rapportent à quelqu'un?

  • Patrick Daganaud - Abonné 17 avril 2020 10 h 27

    TESTS ET DECONFINEMENT

    Les études scientifiques, dont la récente étude de l'INSERM, convergent vers un déconfinement associé à la maîtrise des paramètres de la propagation, et, par contrecoup, des effets et bénéfices de la protection (dont le port des masques, les 2 m. de distanciation, le lavage des mains, etc.).

    Parmi ces paramètres, la plupart des études sérieuses, non biaisées par le politique et les pressions de reprise économique, recommandent la passation systématique de tests sur lesquels planchent d'ailleurs de nombreux chercheurs pour en alléger les procédures et en accélérer les résultats.

    Le contingentement des tests, dans les lieux à hauts risques que sont devenus, par improvisations successives, les CHSLD, démontre que la référence aux assises scientifiques n'est pas le critère principal qui guide les décisions en haut de la pyramide...

    L'approche est plutôt de nature pragmatique : on ne peut pas engorger les laboratoires...
    Autrement dit, on ne sait pas comment procéder pour rendre fluide la passation systématique scientifiquement recommandée...

    Ce « ON NE SAIT PAS COMMENT FAIRE (pour l'instant) », aveu d'impuissance temporaire, est le moteur-même de la cessation de l'improvisation.

    Sinon, les solutions imposées DÉCIMENT arbitrairement.
    Qui, les vieux laissés pour compte...
    Qui, les personnes vivant d'autres vulnérabilités;
    Qui, les écoliers s'ils retournent dans les écoles aux fins immunisationnelles;
    Qui les «anges» sans protocoles consistants et sans matériel de protection;
    Qui le personnel des écoles...

    Il faut cesser d'improviser !
    Et pire, de faire semblant que l'on improvise pas...
    Et pire de camoufler les objectifs du pragmatisme comptable : choisir qui sacrifier ou à qui faire courir les risques !