Apprendre à vivre avec le coronavirus

Personne ne sait vraiment quand et comment se terminera cette pandémie qui ébranle non seulement le Québec, mais le monde entier. Réussira-t-on à éliminer le virus ou devra-t-on apprendre à vivre avec lui encore longtemps ? Tout semble indiquer que le SRAS-CoV-2 qui a réussi à conquérir la planète y survivra au-delà de la présente épidémie et qu’on mettra beaucoup de temps avant de retrouver notre vie d’antan.

En 2003, l’épidémie de SRAS a fini par s’éteindre et le coronavirus qui en était responsable, par disparaître de la surface de la Terre. Mais l’infectiologue Raymond Tellier, du Centre universitaire de santé McGill, rappelle qu’à la différence du virus de la COVID-19, celui du SRAS ne se transmettait pas par les personnes asymptomatiques et il n’était pas aussi contagieux. Et c’est en grande partie pour ces raisons qu’il n’a pas engendré de pandémie.

Étant donné que le virus de la COVID-19 s’est répandu à l’échelle de la planète, il serait illusoire de croire que l’on pourra l’éradiquer, affirment les experts. Même si nous réussissons à arrêter l’épidémie actuelle, le SRAS-CoV-2 resurgira vraisemblablement de façon saisonnière, à l’instar des divers virus respiratoires, dont l’influenza, qui réapparaissent chaque hiver.

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Mais comment l’épidémie qui fait actuellement rage au Québec finira-t-elle par se dissiper ? L’épidémie ne peut se terminer que de deux façons, soit « en interrompant toutes chaînes de transmission, ce qui veut dire qu’avant de laisser sortir tout le monde, on doit attendre qu’il n’y ait plus de virus susceptibles de se transmettre. Or ce ne sera probablement pas réalisable parce qu’il y aura toujours une région de la planète où le virus continuera de circuler et il pourra réenflammer les chaînes de transmission. De plus, on ne pourra pas maintenir un confinement aussi sévère indéfiniment », affirme le Dr Tellier.

Une pandémie peut aussi se terminer quand l’immunité de la population franchit un certain seuil au-delà duquel il ne peut plus y avoir d’épidémie à large échelle. Or cette immunité peut être acquise de deux manières : en survivant à l’infection ainsi que par la vaccination.

Pour déterminer quelle proportion de la population doit être immunisée pour qu’on puisse espérer que l’épidémie s’arrête, on se sert du paramètre de reproduction de base du virus (Ro) qui correspond au nombre moyen de personnes qu’un malade peut infecter. Ainsi, en assumant que le Ro de la COVID-19 est de trois, ce qui veut dire qu’une personne atteinte de la COVID-19 est susceptible d’en contaminer trois autres, on a calculé qu’il faudrait que de 66 à 70 % de la population soit immunisée pour que l’épidémie se tarisse et ne se réenflamme pas. Or « nous sommes encore très loin de ça ! » lance le Dr Tellier.

« La stratégie qu’on semble vouloir appliquer en ce moment est de ralentir la propagation pour s’assurer que le système hospitalier ne soit pas débordé et qu’on puisse ainsi maintenir le taux de mortalité le plus bas possible en attendant la mise au point d’un vaccin et de médicaments antiviraux. Et jusqu’à maintenant, le Québec y est arrivé », résume le Dr Tellier.

Néanmoins, même avant l’obtention d’un vaccin, quand le nombre de cas aura grandement diminué au point où « notre système de santé sera à nouveau en mesure de s’occuper de tous les patients autres que ceux atteints de la COVID-19 — car il faut rappeler que les hôpitaux ont dégagé beaucoup de place pour les patients atteints de la COVID-19, parce qu’on ne voulait pas que se produise ici un scénario à l’italienne —, on pourra commencer le déconfinement », affirme la Dre Marie-France Raynault, de l’École de santé publique de l’Université de Montréal.

Comment se passera le déconfinement, et pourrons-nous éviter une seconde vague ? La Dre Raynault croit qu’il faudra « déconfiner par petites étapes et procéder à un monitorage » à chacune de ces étapes. « On va rouvrir un peu plus de commerces, comme les centres de jardinage et les minières, notamment, et on surveillera pour voir si notre système de santé est capable de l’absorber. Il y aura probablement une petite augmentation du nombre de cas, mais ce n’est pas mauvais, pour autant qu’on continue à protéger les personnes qui sont le plus à risque, car cela permet à la population de s’immuniser tranquillement. La dose de réouverture sera déterminée par la capacité de notre système de santé à remplir sa mission générale, et on devra se réajuster selon ce qui se passera. Si tout continue de bien aller, on continuera à rouvrir progressivement, les services de garde notamment, et éventuellement les écoles. Les plans de réouverture qui sont envisagés en Europe sont progressifs et combinés à une surveillance étroite de la situation. Si après trois jours ça flambe, on devra serrer la vis un peu plus », explique-t-elle.

« Lors du déconfinement, il va falloir suivre attentivement dans quelles circonstances les cas réapparaîtront, et c’est à partir des enquêtes qui seront menées que nous pourrons savoir quelles ont été les portes d’entrée du virus. On pourra alors déterminer quelles sont les situations les plus à risque et décider quelles sont les mesures les plus efficaces à garder en place ou à ajouter », ajoute le Dr Marc Dionne, de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ).

« Lorsqu’on procédera au déconfinement, il faudra maintenir plusieurs mesures de distanciation sociale pour amoindrir la seconde vague. On ne pourra pas revenir au statu quo d’un seul coup. Sinon, on devra revenir à des confinements très sévères si on s’aperçoit qu’il y a des chaînes de transmission qui se rétablissent », avance le Dr Tellier.

 

Si on veut éviter une seconde vague, il ne faut pas relâcher les mesures de distanciation trop vite, poursuit la Dre Raynault. « Tant qu’il n’y aura pas une proportion suffisante de la population qui a eu la maladie et qui possède des anticorps, on risque d’avoir une autre flambée. Il suffira de quelques cas pour que la transmission reprenne », précise-t-elle.

« Le danger est de lever trop de mesures en même temps. L’épidémie risquerait alors de repartir et on serait dans ce cas obligés de remettre en place des mesures sévères qui seraient très mal acceptées. Il est donc préférable d’y aller doucement plutôt que de risquer de paralyser l’économie encore longtemps », souligne-t-elle, tout en saluant « tout le travail qui est fait actuellement pour développer des recommandations de santé publique que les entreprises pourront appliquer lorsqu’elles rouvriront afin que leurs employés puissent se protéger ». Car « si nous changeons nos façons de travailler, cela nous protégera de la seconde vague. Travailler comme avant serait trop dangereux ».