La bataille s’intensifie dans les CHSLD

L’équipe de François Legault intensifie la bataille contre la COVID-19 dans les milieux d’hébergement pour personnes âgées sous le regard inquiet des usagers, du personnel et d’Ottawa.

Les ministres Danielle McCann (Santé) et Marguerite Blais (Aînés) ont chargé une escouade de six médecins et d’une infirmière de faire reculer le coronavirus dans les centres d’hébergement de soins de longue durée (CHSLD) et les résidences privées pour aînés (RPA).

Le médecin gériatre-interniste au Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM) Quoc Dinh Nguyen sera au poste de commandement.

« [La COVID-19], si on ne fait rien, risque de se propager. Il faut donc réajuster le tir », a lancé le Dr Nguyen, après avoir été nommé « conseiller spécial » du gouvernement.

L’épidémiologiste spécialisé en vieillissement a plus d’une idée pour stopper la progression du coronavirus dans les CHSLD et les RPA : « recruter, intégrer des gens qui ont fourni leurs candidatures jusqu’à maintenant, généreusement », « réorganiser le travail et les procédures de soins pour diminuer le nombre de contacts », « interdire le travail sur plus d’une unité ou plus d’un établissement », « [accroître] le nombre de dépistages de la COVID auprès des usagers et du personnel », « mettre en place une équipe d’experts en épidémiologie pour faire des investigations ciblées dans les milieux de vie touchés par le virus et augmenter le soutien à la formation du personnel en prévention et contrôle des infections »…

« Ce sont là le début d’une série de mesures », a prévenu le Dr Nguyen, aux côtés des ministres McCann et Blais.

La ministre de la Santé a promis de ne « faire aucune concession » contre la COVID-19 qui a arraché la vie à 241 personnes jusqu’à maintenant au Québec, dont des dizaines dans des milieux d’hébergement pour aînés.

À voir en vidéo

Le CHSLD privé Herron, à Dorval, et la RPA Manoir Liverpool, à Lévis, où des dizaines de résidents et d’employés ont été déclarés positifs à la COVID-19, ont été placés sous tutelle, a-t-elle poursuivi. « Le personnel a été aussi touché et il n’y avait pas assez de personnel pour continuer de s’occuper des personnes, des résidents », s’est-elle contentée de dire.

En vertu d’une nouvelle consigne ministérielle, les hôpitaux ne déplaceront plus de patients vers les CHSLD, a-t-elle aussi annoncé vendredi. Cette pratique visait à libérer des lits dans les hôpitaux pour accueillir d’éventuels patients atteints de la COVID-19. Or, elle a aussi eu pour effet d’exposer des centaines d’aînés au coronavirus.

« Il n’y a personne qui a subi les conséquences négatives de ces transferts », a soutenu le premier ministre François Legault.

De son côté, le directeur national de santé publique, Horacio Arruda, a reconnu avoir « sous-estimé » le nombre de porteurs asymptomatiques du coronavirus qui travaillaient dans les milieux pour personnes âgées au fil des dernières semaines.

« Certaines personnes ont pu contaminer d’autres personnes alors qu’elles n’avaient pas de symptôme. Maintenant, on le sait. On ne le savait pas, à une certaine époque, puis c’était comme ça dans tout le monde », a-t-il dit.

Approvisionnement déficient

Dans les CHSLD, la situation préoccupe au plus haut point le personnel soignant. « J’ai des appels de plusieurs établissements où on me dit : on n’a plus rien comme équipement » de protection personnel (ÉPI), indique en entrevue Sonia Mancier, présidente de la FIQP — qui représente notamment les infirmières dans les CHSLD privés conventionnés.

Comme le rapportait Le Devoir vendredi, l’établissement où travaille Mme Mancier — un des deux CHSLD du groupe Vigi-Santé en Montérégie — a vécu de plein fouet la pénurie. N’eût été la livraison in extremis de masques et de gants, vendredi après-midi, les infirmières et les préposés aux bénéficiaires n’auraient rien eu pour se protéger (et protéger leurs patients) en fin de semaine.

Durant la pandémie, c’est le CISSS de la Montérégie-Centre qui a la responsabilité de veiller à l’approvisionnement en EPI des ressources d’hébergement de son territoire. Mais plus largement, c’est le ministère de la Santé qui gère la distribution des stocks, indique-t-on.

Or, selon nos informations, c’est un coup de fil passé au cabinet de la ministre de la Santé, Danielle McCann, qui a permis de débloquer la situation à Vigi-Santé.

« C’est déjà réglé, a indiqué la ministre en conférence de presse à Québec.On a déjà envoyé le matériel, les gens ont tout ce qu’il faut » (pour quelques jours). Elle a souligné à quel point « la communication, la vitesse, la logistique » étaient importantes dans « une situation comme celle que l’on vit ».

Justement, répond Sonia Mancier : le message des travailleurs en CHSLD est clair.

« On est à court de matériel un peu partout. Alors, on met de la pression, parce que ça n’a aucun sens. »

Ottawa s’en mêle

Le sort des aînés préoccupe également les autorités fédérales. Le dernier bilan de la santé publique du Canada vendredi a fait état de 531 décès causés par la COVID-19, dont plusieurs survenus dans des résidences de soins de longue durée.

« Nous reconnaissons que les résidences pour personnes âgées et les résidences de soins de longue durée sont vulnérables à la propagation de la COVID-19, particulièrement pour nos aînés et ceux qui travaillent avec eux », a réagi le premier ministre Justin Trudeau.

« C’est pour ça qu’on est en train de regarder différentes propositions […] pour s’assurer que nos aînés restent le plus protégés possible pendant cette période difficile. »

La Santé publique du Canada s’apprête à faire des recommandations aux provinces.

Avec Isabelle Porter



À voir en vidéo