Les projections de la Santé publique ont rassuré les Québécois

Le pic de la pandémie arrive, selon les projections dévoilées mardi, mais les Québécois gardent le cap. Plusieurs personnes ont confié au Devoir qu’elles gardaient l’espoir de traverser la crise et de rester motivées à respecter les mesures de distanciation physique.

« Ça montre qu’on a un choix, déterminé par nos actes : est-ce qu’un peu plus d’un millier de Québécois décéderont ou est-ce qu’on va perdre le contrôle et en perdre plusieurs milliers d’autres ? » dit Carole-Ann Paul. Cette résidente de Mont-Saint-Hilaire a suivi avec une grande attention mardi la conférence de presse de la Direction nationale de la santé publique, qui estime que le pic de la pandémie être atteint vers le 18 avril.

Les experts ont aussi dévoilé les scénarios sur lesquels ils s’appuient pour prévoir l’évolution de la pandémie. Au mieux, le Québec compterait, d’ici le 30 avril, 29 212 cas de COVID-19 et 1263 décès liés au virus. Dans le pire des cas, 59 845 personnes pourraient contracter la maladie et 8860 en décéder. Ce scénario pessimiste, à l’image de l’expérience italienne, fait froid dans le dos, mais il semble exclu pour le moment, disent les experts. En ayant adopté une série de mesures dès le 13 mars, la province se dirigerait plutôt vers le scénario optimiste.

Ça fait du bien de se dire que nos efforts pour rester chez nous et respecter la distanciation sociale servent à quelque chose

 

Contribuer

Ni rassurée ni angoissée, Carole-Ann Paul se dit surtout satisfaite d’avoir été, comme citoyenne, mise au courant du champ des possibles. Elle espère que l’éventualité de perdre près de 9000 Québécois encouragera ceux qui ne prenaient pas les règles au sérieux à contribuer à l’effort.

De son côté, Frédéric Gagnon a trouvé la séance d’information du jour très encourageante. « Ça fait du bien de se dire que nos efforts pour rester chez nous et respecter la distanciation sociale servent à quelque chose », se réjouit cet enseignant de Saint-Zotique. Il est surtout apaisé par la perspective d’un pic prévu autour du 18 avril. « C’est dans 10 jours, mais ça donne une idée d’où on en est. On voit les chiffres augmenter chaque jour en attendant avec impatience qu’ils finissent par descendre. Maintenant, on sait que ça va bientôt arriver », confie-t-il. « Le fait de nommer une date, ça permet de s’accrocher à l’espoir qu’on aura bientôt passé “le pire” », renchérit Carole-Ann Paul.

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Même si le Québec semble sur la bonne voie, ils estiment tous deux essentiel de continuer à respecter les mesures recommandées par la Santé publique, pour justement « rester dans le bon scénario ». Le premier ministre, François Legault, a d’ailleurs prévenu lors de son point de presse de 13 h que ce n’est pas le temps de relâcher les efforts. « On est en train d’atteindre bientôt le fameux sommet. Mais la bataille n’est pas gagnée. Si on veut revenir progressivement à une vie normale au mois de mai, il faut rester disciplinés au mois d’avril. »

Rassurer la population

Aux yeux des expertes consultées par Le Devoir, les scénarios présentés mardi par le gouvernement ont permis de « donner une tape dans le dos » aux citoyens pour les encourager à continuer de respecter les mesures de la Santé publique. « Les chiffres du scénario du pire peuvent bouleverser des gens, mais le fait d’avoir précisé qu’on est dans la bonne voie va avoir pour effet de motiver les gens. Ça leur donnera un sentiment d’emprise sur la situation, ils ont entre les mains des solutions », explique Catherine Amiot, professeure de psychologie sociale à l’UQAM.

De son côté, la psychologue Geneviève Beaulieu-Pelletier croit que donner une date au pic de la pandémie permet d’offrir un repère aux citoyens dont le quotidien a été complètement bouleversé. La pandémie les a plongés dans l’inconnu, où il est difficile de voir plus loin qu’au jour le jour. Il faudra toutefois faire attention, une fois ce pic passé, que l’effort collectif se maintienne, prévient-elle. « Le 18 avril ne doit pas marquer les esprits comme étant le jour où tout redeviendra comme avant. Il faudra continuer le confinement et la prévention. »