Les maillons de la chaîne d’approvisionnement

De nouvelles avenues d’approvisionnement se profilent à l’international, mais on demande aussi aux entreprises québécoises qui le peuvent d’adapter leurs usines pour fournir une partie du matériel recherché.
Photo: Michael Monnier Le Devoir De nouvelles avenues d’approvisionnement se profilent à l’international, mais on demande aussi aux entreprises québécoises qui le peuvent d’adapter leurs usines pour fournir une partie du matériel recherché.

Il en reste pour trois jours, ou sept jours, ou un peu plus : chose certaine, les réserves d’équipement nécessaire pour combattre la COVID-19 sont basses au Québec. Acheter des masques N95 « va être une guerre dure », prévenait François Legault la semaine dernière. Qui sont donc les maillons de cette chaîne d’approvisionnement placée sous le signe de l’urgence ? Éclairage.

Qui travaille à l’approvisionnement à Québec ?

Selon le ministère, quelque 170 personnes sont actuellement mobilisées pour assurer l’approvisionnement d’équipement médical dans les différents établissements de la province. L’équipe est constituée d’employés du ministère de la Santé et de membres des trois « groupes d’approvisionnement en commun » (GAC) du réseau de la santé. En temps normal, ce sont les GAC qui s’occupent des achats pour les établissements qu’ils desservent.

Qui supervise les opérations pendant la crise ?

Pour gérer le dossier, c’est une direction du ministère qui est « responsable de l’approvisionnement stratégique en équipement de protection individuel [EPI, comme les masques] et équipements médicaux », mentionne-t-on. Le décret de l’état d’urgence sanitaire permet aussi à la ministre de la Santé de « procéder sans délai à l’achat d’équipements ».

Mais acheter à qui ?

C’est le problème. Des dizaines de pays cherchent le même genre d’équipement en même temps : la lutte est féroce et force Québec à trouver de nouveaux fournisseurs, par de nouveaux intermédiaires, notamment en Chine. « Les chemins ne sont pas simples », dit une source impliquée dans le dossier.

Le ministère indique qu’il continue notamment à travailler avec les trois distributeurs habituels de son réseau. Mais ceux-ci sont touchés comme les autres par la crise et la rareté du matériel. Le fournisseur Dufort et Lavigne prévient par exemple qu’à cause des répercussions sur « les transporteurs avec lesquels [il travaille] », il ne peut « garantir les délais de livraison habituels ».

« Dans l’état actuel des choses, Québec prend tout ce qui se passe », dit une autre source. On a même acheté des centaines de milliers de masques que possédaient les pharmacies Jean Coutu.

De nouvelles avenues d’approvisionnement se profilent à l’international, mais on demande aussi aux entreprises québécoises qui le peuvent d’adapter leurs usines pour fournir une partie du matériel recherché.

Quel rôle joue Ottawa dans cette chaîne ?

Le gouvernement fédéral est à pied d’œuvre pour aider les provinces à mettre la main sur les équipements recherchés. Son rôle est d’abord diplomatique : encore lundi, le ministre des Affaires étrangères indiquait avoir échangé avec son homologue américain sur le « besoin crucial » de « maintenir les chaînes d’approvisionnement intactes pendant la crise actuelle, surtout en ce qui a trait au matériel médical et à l’EPI ».

Mais au-delà de cela, Ottawa dispose aussi d’une Réserve nationale stratégique d’urgence, où sont stockées des fournitures que les provinces peuvent demander en cas de besoin. Le gouvernement a reconnu qu’elle n’était pas assez garnie pour répondre à la crise actuelle, mais cela permet quand même un certain approvisionnement vers les provinces.

Le Québec n’a pas une telle réserve ?

Comme Le Devoir le révélait samedi, il n’y a pas de réserve provinciale de matériel comme les EPI. Cela n’empêche toutefois pas que des établissements de santé puissent avoir des réserves (comme le CHU Sainte-Justine le montrait la semaine dernière). Selon le ministère, le manque actuel de matériel s’explique en partie par le fait que le réseau consomme actuellement « en un mois les EPI qu’il consomme habituellement en une année ».